Ecoprod a eu le plaisir d’échanger avec Sébastien Tasch, chargé du développement et des nouvelles initiatives au Film Fund Luxembourg.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre rôle au sein du fonds de soutien du Luxembourg ?
Après des études de cinéma à l’ESEC à Paris, j’ai travaillé en tant que régisseur général, assistant réalisateur et directeur de production sur des productions internationales. En parallèle, j’ai coorganisé le festival des Très-Courts à Luxembourg, réalisé le court métrage Derrière la tête et fait quelques apparitions en tant que comédien. En 2014, j’ai rejoint le Film Fund Luxembourg, où j’occupe aujourd’hui la fonction de Chargé du développement et des nouvelles initiatives. Pendant plusieurs années, j’ai également assuré le secrétariat du Comité de sélection du Film Fund. Aujourd’hui, j’accompagne les professionnel.les du secteur à intégrer les principes de l’éco-production dans les pratiques professionnelles. Je suis convaincu que la transition écologique constitue un enjeu majeur pour l’avenir de notre industrie,qu’elle doit être pensée comme un principe fondamental basé sur la responsabilité et qu’elle sera un levier d’innovation et de compétitivité.

Pourquoi avoir fait le choix d’introduire les questions d’éco-production dans la stratégie du Film Fund Luxembourg ?
La transition écologique est devenue un enjeu pour l’ensemble du secteur audiovisuel européen. En tant que Fonds de soutien au secteur audiovisuel luxembourgeois, notre mission est d’accompagner la création et le développement économique du secteur, mais aussi d’encourager des pratiques plus responsables et durables. De plus en plus de fonds de soutien intègrent des critères environnementaux dans leurs dispositifs de financement. Il est donc essentiel que le Film Fund Luxembourg suive cette évolution afin de préserver la compétitivité du secteur audiovisuel luxembourgeois.
Comment cette ambition se traduit-elle concrètement ?
L’objectif n’est pas d’ajouter une contrainte supplémentaire aux producteur.rices, mais de les accompagner. L’éco-production permet de repenser les méthodes de travail, d’optimiser l’utilisation des ressources pour être finalement plus efficace. Le Film Fund sensibilise les professionnel.les et met des outils adaptés à l’audiovisuel à leur disposition. Nous devons accompagner le secteur audiovisuel luxembourgeois dans une transition adaptée aux spécificités de notre écosystème qui est dépendant des coproductions avec nos pays voisin et européen en général. L’ambition n’est pas de faire de l’éco-production juste une obligation administrative, mais un véritable levier de compétitivité pour notre filière.
À qui s’adressent ces formations et quelles compétences cherchez-vous à développer chez les producteur.rices et professionnel·les du secteur ?
L’objectif principal de cette initiative est de sensibiliser tous les professionnel.les du secteur audiovisuel luxembourgeois aux enjeux environnementaux. La formation a également permis aux participant.e.s de se familiariser avec les calculateurs carbone et les règles en vigueur dans les pays partenaires de coproduction comme la France, l’Allemagne et la Belgique. Elle a également aidé à comprendre comment développer des compétences pratiques pour intégrer des critères de durabilité dans toutes les étapes de la production audiovisuelle.
Vous avez fait le choix de rendre obligatoire la formation des producteurs.rices dans le cadre de votre dispositif de financement. Quels étaient les objectifs de cette démarche ?
Cette obligation s’inscrit dans une volonté d’accompagner le secteur audiovisuel luxembourgeois tout en garantissant que l’ensemble des bénéficiaires de nos aides disposent des mêmes connaissances sur les enjeux que nous considérons comme essentiels. En 2024, nous avions déjà rendu obligatoire une formation consacrée à la prévention des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie cinématographique luxembourgeoise. L’objectif était de sensibiliser l’ensemble des professionnel.les, de promouvoir une culture de respect et de prévention. Nous avons appliqué cette même logique à l’éco-production. L’objectif est d’accompagner les producteurs.rices dans la transition écologique en leur donnant accès aux mêmes outils, aux mêmes connaissances et aux mêmes bonnes pratiques. L’ambition du Film Fund Luxembourg est de faire de ces formations un acquis de compétences, de favoriser une culture sensible aux enjeux environnementaux et sociétaux, et de préparer l’ensemble du secteur aux évolutions des pratiques et des obligations européennes.
Quels premiers retours avez-vous pu observer auprès des producteur.rices ayant bénéficié de cet accompagnement ?
Les premiers retours des producteurs et productrices sont globalement très positifs. Nous constatons que, dès lors que les professionnel.les ont accès à une information adaptée à la réalité de leur métier, ils réagissent de manière très ouverte et proactive.
Selon vous, en quoi la formation constitue-elle un levier pour accélérer la transition écologique du secteur audiovisuel ?
Cette formation leur permet de mieux comprendre les enjeux de la transition écologique, de découvrir des outils concrets et d’identifier des actions qu’ils peuvent mettre en œuvre progressivement à leur niveau. Nous favorisons ainsi l’émergence d’une culture commune autour de l’éco-production. C’est cette appropriation collective qui permettra, à terme, de faire évoluer durablement les pratiques du secteur audiovisuel luxembourgeois.
L’éco-production implique une collaboration entre de nombreux métiers et parties prenantes. Comment le Film Fund Luxembourg encourage-t-il cette dynamique collective entre les équipes artistiques, techniques et les productions, ou entre les productions et les autres parties prenantes ?
Nous avons choisi de commencer avec les producteur.rices car ils occupent une position centrale et sont en mesure d’impulser des changements au sein de leurs équipes. Au-delà de ces formations obligatoires, le Film Fund Luxembourg dispose également d’un mécanisme de soutien à la formation professionnelle. Celui-ci permet de financer des formations plus spécialisées, adaptées aux différents métiers de la chaîne de production – qu’il s’agisse des équipes techniques ou artistiques. Nous réfléchissons également à l’introduction progressive de critères d’éco-conditionnalité dans l’octroi des aides financières. Cette évolution doit toutefois être pensée avec pragmatisme car le secteur audiovisuel luxembourgeois repose largement sur les coproductions internationales et les producteurs doivent déjà composer avec les exigences et les réglementations des différents pays partenaires. Il est donc essentiel de construire un dispositif cohérent, harmonisé avec les pratiques européennes, afin de ne pas créer un désavantage pour les productions luxembourgeoises.
Observez-vous une évolution des attentes ou des pratiques des producteur.rices et des porteurs de projets sur ces questions ?
Je pense qu’il est un peu tôt pour pouvoir mesurer une évolution.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux freins à une généralisation des démarches ? À l’inverse, quels sont les signaux qui vous rendent optimiste ?
La mise en œuvre de principes d’éco-production peut parfois être perçue comme une contrainte supplémentaire, notamment dans un contexte où les équipes travaillent déjà avec des budgets et des calendriers très serrés. Il existe également des défis liés à la nature même du secteur audiovisuel luxembourgeois, qui repose largement sur des coproductions internationales. Les producteurs.rices doivent composer avec les exigences, les outils et les réglementations de plusieurs pays, qui ne sont pas harmonisés. À l’inverse nous avons constaté une réelle volonté de s’engager de manière constructive dès lors qu’ils disposent d’informations concrètes et de solutions adaptées à leur réalité car l’éco-production devient progressivement un standard au niveau européen, que ce soit au niveau des fonds de soutien ou des diffuseurs.
Comment imaginez-vous l’évolution du rôle du Film Fund Luxembourg dans l’accompagnement de la transition écologique du secteur ?
Le rôle du Film Fund Luxembourg va continuer à évoluer, en passant progressivement d’un rôle de sensibilisation à un rôle d’accompagnement. Les premières étapes ont consisté à informer et à créer une culture commune autour de l’éco-production. Il s’agit maintenant d’aller plus loin en intégrant progressivement ces enjeux dans l’ensemble de nos dispositifs, tout en tenant compte des réalités économiques de notre secteur.
Notre ambition est d’accompagner cette évolution de manière pragmatique. Cela passera par le développement de nouveaux outils, le renforcement de l’offre de formation, le partage des bonnes pratiques et avant tout un dialogue permanent avec les professionnel.le.s. Je pense également que nous pouvons avoir un rôle à jouer au niveau européen car le Luxembourg est un pays de coproduction. Il est essentiel que nous poursuivions nos échanges avec les autres fonds de soutien pour favoriser une harmonisation des pratiques et des critères. La transition écologique ne peut être pleinement efficace que si elle s’inscrit dans une dynamique collective entre les différents partenaires européens.
Source: Ecoprod