Cette année, La Vénus électrique de Pierre Salvadori ouvrira la 79e édition du Festival de Cannes. L’auteur de En Liberté !, Hors de prix ou encore Les Apprentis, revient avec une nouvelle comédie irrésistible, qui réunit Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche et Vimala Pons. Comme à son habitude, arnaques et quiproquos sont au rendez-vous, à travers une fausse voyante, un peintre en deuil, un galeriste opportuniste et… un fantôme, le tout dans le Paris de 1928 ! Entretien avec un cinéaste marionettiste.
Un thème revient fréquemment dans vos films : le mensonge. Pour quelle raison ?
Disons qu’avant tout, c’est depuis toujours un puissant ressort de comédie, parce que ça crée un lien direct avec le spectateur. Ça donne de l’énergie au récit. Il y a un principe d’ironie dramatique où le spectateur sait quelque chose que les personnages ignorent. Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait quelque chose d’assez intéressant chez les menteurs quand ils sont désespérés et veulent s’inventer une autre vie ou se sortir de leur propre existence. Quand un personnage est prêt à tout pour s’en sortir, ça le rend attachant.
Filmer un quiproquo, c’est aussi une question de rythme, une chorégraphie. Est-ce que vous mettez en scène le mensonge comme une mécanique comique ?
Oui, le mensonge crée du chaos, et la comédie, c’est un chaos organisé. Dès lors, le rythme est primordial. Quand vous avez une histoire hilarante, et qu’elle ne prend plus quand vous la racontez à nouveau, c’est qu’au fond, elle a manqué de rythme. On court toujours après le rythme idéal. Pour moi, une comédie est réussie quand elle constitue un pur mouvement. Et à l’intérieur de ce mouvement, il y a des personnages dans des situations parlantes, qui en disent beaucoup sur la condition humaine.
Le film met en scène une fausse médium dans un Paris des années 20, fasciné par le spiritisme. Est-ce que cette époque vous semblait plus propice aux illusions que la nôtre ?
J’avais besoin que le personnage principal [Pio Marmaï, ndlr] puisse croire à cette possibilité de parler avec la femme qu’il a perdu, sans paraitre trop crédule. Cette période est celle où l’au-delà apparaît comme une alternative à la religion pour répondre à des questions comme : où vont les âmes ? Donc, si je le situe à cette époque-là, c’est que je veux qu’il passe pour quelqu’un d’ouvert d’esprit. Il a un désir fou d’y croire qui n’a rien d’absurde, à cette époque.
C’est votre premier film d’époque : est-ce que la notion de déguisement, de travestissement vous parle ?
Si on l’aborde comme ça, oui, ça m’intéresse beaucoup. Parce que ça renforce l’idée de fiction. Et moi, je suis amoureux de la fiction. Le vérisme au cinéma m’intéresse peu. La fiction autorise le décalage, l’ironie. Ce que j’aime, c’est la vérité vue à travers des récits plus ou moins loufoques, plus ou moins fabriqués.
« L’équipe et moi, on rêvait de l’ouverture ! D’ouvrir la fête, d’être à un endroit de joie, de célébrer cette liberté au cinéma. »
Pour vous, le Festival de Cannes est-il davantage un lieu de vérité ou… la plus belle des illusions ?
La vérité, tout le temps ! Ce qui est magnifique à Cannes, c’est que c’est un des derniers endroits où on célèbre avec le plus de vitalité le cinéma d’auteur, comme une expression encore libre. Quand vous travaillez avec des plateformes, vous devez tenir compte de leur opinion. C’est inscrit dans le contrat d’emblée. Vous n’aurez pas le final cut. Je n’ai jamais autant fait apparaître l’amour que j’ai pour mon métier que dans La Vénus électrique. L’équipe et moi, on rêvait de l’ouverture ! D’ouvrir la fête, d’être à un endroit de joie, de célébrer cette liberté au cinéma.
Finalement, pour qui avez-vous le plus d’empathie : les arnaqueurs ou les arnaqués ?
Je n’ai jamais filmé quelqu’un que je n’aimais pas. Mentir à quelqu’un qu’on aime, parfois, c’est douloureux. Suzanne [Anaïs Demoustier, ndlr] est endettée. Elle a besoin d’autre chose. Et elle va devoir trahir l’homme dont elle est amoureuse. De même, quand Armand [Gilles Lellouche, ndlr] manipule Antoine pour le faire peindre, c’est horrible. Mais à un moment, je pense qu’il en prend conscience. J’ai une tendresse pour les personnages qui se compromettent, puis reviennent à leur humanité fragile. Je ne filme pas des saints. Heureusement, parce que sinon, je me serais offert des films très ennuyeux.
Votre film d’arnaque préféré ?
Pour moi, un des plus beaux films qui tourne autour de la manipulation, du mensonge, c’est Indiscrétions [The Philadelphia Story, 1940, ndlr] de George Cukor. Une comédie de remariage avec Katharine Hepburn, Cary Grant, et James Stewart.
Source: Festival de Cannes