Riot/Girl marque une nouvelle étape pour Arman T. Riahi, cinéaste d’origine iranienne. Présenté au Coproduction Village des Arcs, le long métrage, actuellement en développement, est porté par Golden Girls Film (Autriche) et coproduit par Les Contes Modernes (France), en équilibre entre cinéma de genre et large public.
Le film suit Nika, 17 ans, adolescente iranienne envoyée officiellement en Europe pour se remettre d’une opération du nez. Accueillie chez des membres de sa famille, sa présence fait rapidement émerger des tensions. Hengameh, sa tante, comprend peu à peu qu’il est impossible de continuer à dissimuler les véritables raisons de l’exil de sa nièce. À travers cette situation, Riot/Girl aborde la question du courage, de la révolte et du prix à payer lorsqu’une jeune femme refuse les injonctions imposées dans son pays d’origine.
Une rencontre source d’inspiration
Arman T. Riahi, réalisateur issu d’une famille iranienne réfugiée en Autriche, s’est fait connaître pour son travail, notamment avec Fox Hole (2020), qui raconte le quotidien d’un professeur au sein d’une prison pour adolescents. Avec Riot/Girl, il puise son inspiration dans une rencontre marquante. Comme le raconte Patrice Nezan, producteur chez Les Contes Modernes, le cinéaste a croisé le parcours d’une jeune Iranienne arrêtée pour avoir manifesté, chanté et refusé le port du voile, puis soumise à ce qu’il décrit comme une “torture blanche”, un enfermement prolongé sous lumière artificielle. “Arman a senti que c’était de son devoir de raconter le courage de cette jeune femme, et de toutes celles qui lui ressemblent”, explique le producteur. Par ailleurs, cette histoire entrait en résonance avec celle de ses parents : son père avait été incarcéré pendant cinq ans dans une prison iranienne.
Riot/Girl se distingue par une approche non frontale, pensée pour toucher un jeune public. “L’idée n’était pas de faire un simple constat politique, mais d’utiliser une autre grammaire pour faire ressentir émotionnellement au spectateur ce qu’a pu vivre cette jeune femme à l’origine de ce récit”, précise Patrice Nezan. Le film convoque ainsi, qui emprunte les codes du cinéma de genre et du body horror, convoque également diverses références comme la figure des djinns, démons présents dans les croyances musulmanes. Une manière, selon le producteur, de faire ressentir au spectateur les conséquences psychologiques et physiques de la répression, sans jamais basculer dans le film de genre pur.
À la recherche d’un équilibre
En coproduction sur le projet avec Golden Girls Filmproduktion, Les Contes Modernes revendiquent un travail tourné vers l’international, avec une expertise forte dans le développement de projets. “Nous avons une approche similaire à celle du cinéma britannique et asiatique, relève Patrice Nezan. En France, la tradition littéraire est importante, mais le cinéma n’est pas du texte illustré. Comme en danse contemporaine, nous nous attachons à faire ressentir les choses, à ce que les gens se révèlent par leurs actions et non par des dialogues. Nous apportons ainsi notre aide au réalisateur sur le scénario pour qu’il trouve un juste équilibre entre le film d’art et essai et le film de genre, et pour le rendre plus sensoriel qu’intellectuel. Au final, il s’agit de trouver une grammaire accessible à n’importe qui et de parler des choses essentielles de la vie d’un être humain, d’où notre nom.”
La société de production, basée à La Cartoucherie à Bourg-lès-Valence, a notamment coproduit par le passé La Communion (Corpus Christi), film polonais de Jan Komasa sorti en 2020, nommé aux Oscars 2020 dans la catégorie du meilleur film international, ainsi qu’aux Césars 2021 en tant que meilleur film étranger.
Déjà financé à 75%, Riot/Girl bénéficie de la reconnaissance de son réalisateur en Autriche. “Nous n’avons malheureusement pas réussi à obtenir des financements du CNC via l’aide aux cinémas du monde, rappelle le producteur. Nous sommes passés deux fois en plénière, en concurrence avec des réalisateurs très connus comme Michael Haneke.” Le studio de VFX français The Firehouse accompagne également le projet dans son développement.
Aux Arcs, l’équipe est venue à la rencontre de vendeurs et de distributeurs afin de compléter le financement du film. “Les retours ont été au-delà de nos espérances”, observe Patrice Nezan. Un constat qui, selon le producteur, s’explique en partie par un long travail de développement de trois ans, mais aussi par l’intérêt croissant du marché pour le cinéma iranien, à commencer par Un simple accident de Jafar Panahi, Palme d’or de la 78ᵉ édition du Festival de Cannes.

Source: Ecran Total