Rapport de force… rapport de farce – l’édito d’Eric Libiot

Notre éditorialiste revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celle à venir.

Et à la fin c’est Donald Trump qui gagne… Dans le match qui l’opposait à Paramount Skydance pour racheter Warner Bros. Discovery, Netflix s’est donc mis hors-jeu par la voix de son patron Ted Sarandos, qui a pointé l’extravagance économique de la proposition de David Ellison, patron de Paramount Skydance. Sauf avis contraire de l’administration américaine, en l’espèce le ministère de la Justice, Warner Bros. Discovery devrait passer entre les mains d’une famille, David et Larry, le fils et le père, proches du maître de la Maison Blanche. Vu l’implication du Président des États-Unis, on voit mal ce qui pourrait faire capoter l’affaire.

En France, le secteur de l’audiovisuel public marche sur une ligne de crête pleines d’embûches et c’est tout à son honneur de maintenir le cap bon an mal an.

Si Netflix s’intéressait surtout au catalogue du studio de cinéma, Paramount Skydance récupère l’entièreté du groupe et donc sa branche télé, notamment la chaîne d’information en continu CNN que Donald Trump déteste pour cause d’indépendance et de regard critique à son endroit. De là à ce que David Ellison décide de faire de CNN une autre Fox News, il n’y a qu’un pas ; une chaîne peut-être moins radicale pour noyer le poisson trumpiste mais en l’état plus favorable au patron de MAGA, au grand dam des journalistes de la chaîne qui s’apprêtent sans doute à faire leurs cartons.

Où l’on voit qu’un système d’information aux seules mains des intérêts privés – et par la bande inévitablement politiques – est un danger pour la démocratie, quels que soient les engagements des uns et des autres. Un audiovisuel public fort répond à des exigences, un cahier des charges notamment, et pas seulement dans le domaine de l’info, que le secteur privé ignore. Et c’est très bien ainsi. Mais on le sait, en France, le secteur de l’audiovisuel public marche sur une ligne de crête pleine d’embûches et c’est tout à son honneur de maintenir le cap bon an mal an, même si parfois un pas de côté à droite ou à gauche, mais un seul et pas tout le temps, semble inévitable. Et c’est parce que le chemin est difficile que le secteur doit être observé, critiqué et questionné par la représentation nationale. Mais pas comme ça….

Depuis sa constitution le 12 novembre 2025, la “Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public” auditionne différents acteurs du secteur sous la présidence du député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons et Indépendants) et dont le rapporteur est le député Charles Alloncle (Union des droites pour la République). Lequel “devra rendre ses conclusions avant l’expiration du délai de six mois, prévu par l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958.” Soit mi-avril 2026. Or il semble bien que les conclusions de Monsieur Alloncle soient déjà coulées dans le béton avant même la fin des auditions, qui font une pause pendant la campagne municipale.

Il n’est pas un jour pendant lequel Charles Alloncle ne tweete pas sa détestation du service public. Il a parfaitement le droit de le détester, et même le droit de vouloir le supprimer comme son groupe politique d’extrême droite l’a déclaré. Mais le rôle d’un rapporteur n’est-il pas d’entendre et d’écouter les avis des uns et des autres avant de rapporter ? Et, partant, un rapporteur ne devrait-il pas s’astreindre au silence pour être crédible ? Or ici, les jeux sont déjà faits. Lors des auditions, Monsieur Alloncle ne cesse d’emballer ses reproches d’un ruban par trop usé : “tout est payé par l’argent des Français.”

Faut-il lui rappeler que les salaires des députés sont aussi payés par les Français ?

Source: Ecran total

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