Questions pour des champions – l’édito d’Eric Libiot

L’année est à peine commencée, les sapins à peine ensachés, les cadeaux à peine revendus que déjà la géopolitique mondiale vient rayer les bonnes résolutions et rendre anecdotique ce qui s’annonce dans l’univers cinématographique et audiovisuel. Et pourtant il faut faire la part des choses même si l’ambition trumpienne, aussi perturbante qu’inconcevable, aura des conséquences, plus ou moins visibles, plus ou moins importantes, sur nos vies quotidiennes. Le cinéma américain, par exemple, a longtemps joué les gros bras, sauveurs de la planète et gendarmes du monde, et chacun s’en satisfaisait sans doute pour s’en laver les mains. On sait le 7ème art de l’autre côté de l’Atlantique capable de filmer quasi en direct ce qui arrive aux États-Unis. D’où la question (1) : Hollywood racontera-t-il un jour le même pays devenu voleur du monde ?

En attendant, il faut bien passer 2026.

Le réveillon s’est achevé sur une fréquentation des salles de cinéma en baisse. C’était attendu et même quasi- annoncé il y a un an. Comme sont déjà annoncés des mois radieux à venir ; ce qui n’est guère surprenant vus les noms des (grands) cinéastes qui vont s’afficher : Almodovar, Östlund, Farhadi, Spielberg, Nolan, Villeneuve, Inarritu, Nemes, et, côté français, Giannoli, Tolédano/ Nakache, Harari, plus quelques titres qui valent succès à eux seuls : Le Diable s’habille en Prada 2, Toy Story 5, Les Misérables, La Bataille De Gaulle, Evil Dead Burn… Ça fait plus d’un carton potentiel par mois. Il faut s’en réjouir évidemment. Pour s’en tenir au cinéma tricolore, il faudra alors observer une tendance qui prend d’ampleur et qui pose questions (2, 3, 4) : comment va se tenir le blockbuster français, très présent en 2026, et a-t-il de l’avenir ? ; comment vont résister les films du milieu qui font habituellement le sel et les couleurs de la production nationale ?

Le budget de France Télévisions est acté, reste à sabrer un peu partout, notamment dans la production d’émissions de flux et de créations.

Si un coin de ciel bleu se dégage sur le grand écran, les nuages stagnent sur le petit, notamment à France Télévisions. À l’Assemblée nationale, les auditions de la commission sur « la neutralité, et le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » vont reprendre après la suspension voulue par son président, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, pour tenter de remettre d’équerre les débats dirigés par le rapporteur, le député ciottiste Charles Alloncle, qui mène ouvertement une croisade politique contre France Télévisions et Radio France. Que le secteur public soit contrôlé, rien de plus normal. Qu’il soit voué aux gémonies avant même de pouvoir se défendre fait tache dans un débat démocratique. Question (5) : ne faudrait-il pas interdire à tous les rapporteurs de toutes les commissions de s’exprimer dans les médias avant la fin de leurs travaux. Il y a quelque chose de nuisible dans ce déballage d’opinions, certes viables, mais déplacées en l’espèce.

Mais FT a d’autres soucis (euphémisme) : réaliser 140 M€ d’économies en 2026. Le budget est acté, reste à sabrer un peu partout, notamment dans la production d’émissions de flux et de créations (fiction et docs). Ça va tanguer, ça tangue déjà. Qu’il y ait des réformes à faire, sans doute. Qu’elles soient accolées à un budget fluctuant les rend difficiles à mener. Dernière question (5) : ne faut-il pas envisager le retour d’une redevance pérenne ?

Pour les réponses : écrire au journal qui transmettra.

Source: Ecran Total

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