L’anniversaire est pour bientôt. cette même date, en 1895, il y a donc 135 ans, le “Salon indien” du Grand Café, à quelques mètres de l’Opéra de Paris, se transformait en salle de cinéma. La première au monde à accueillir des spectateurs payants – ils étaient 33 – venus assister à la projection de dix films des frères Lumière, dont La Sortie des usines Lumière (version 3), Le Jardinier (plus connu sous le titre L’Arroseur arrosé), Le Repas de bébé ou Le Débarquement du congrès de photographie à Lyon, comme un hommage à celles et ceux qui en étaient encore à fixer une image immobile.
Deux mois plus tôt, le 12 octobre 1895, des notables triés sur le volet assistent, dans la belle demeure de la famille Lumière, à La Ciotat, à “quelques expériences de Cinématographe”, comme indiqué sur le carton d’invitation. La soirée est un fiasco mais le lieu devient ensuite L’Eden, labellisé première vraie salle de cinéma au monde. Les cinéphiles se souviennent évidemment que l’un des films Lumière les plus célèbres, L’Arrivée du train en gare de La Ciotat, provoqua la fuite des spectateurs assistant à la projection, à Lyon en 1996, qui pensaient que la locomotive fonçait sur eux – l’illusion était parfaite et elle continue à faire le boulot, chaque jour, partout dans le monde, dès lors qu’un grand écran s’anime des histoires que racontent les cinéastes.
Le grand écran, le travail des exploitants, la salle de cinéma elle-même, sont les plus beaux cadeaux pour emballer un film.

Le cri du cœur s’impose : Joyeux anniversaire à la salle de cinéma, même si la période n’est pas des plus festives. La fréquentation de 2025 fait la gueule et l’avenir s’annonce chaotique. On ne sait pas encore si Netflix va racheter Warner Bros. Discovery – Paramount est revenu dans le jeu et Donald Trump joue les arbitres – mais Ted Sarandos, codirecteur de la Narque rouge, a toujours déclaré que les salles de cinéma ne l’intéressaient pas, ses productions étant prioritairement destinées au streaming donc au petit écran, et parfois tout petit, voire tout petit petit. Ce qui ne fait pas honneur à ce 7ème art qui s’échine à inventer des personnages, des récits et des intrigues hors-normes pour mieux dessiner le monde. Ou d’autres mondes, comme le fait James Cameron avec sa saga Avatar, dont le troisième du nom débarque sur grand écran et devrait redonner quelques couleurs aux exploitants. Le cinéaste canadien a toujours dit sa préférence, sous-entendu leur amour, pour la salle. Merci à lui.
En 2024, la France, selon le CNC, comptait 2053 “établissements cinématographiques actifs”. Certains d’entre eux, comme le rappelaient les intervenants du Congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français, en septembre, sont dans des situations économiques fragiles, et le CNC s’obligeait à les aider. Merci à lui.
Bien sûr, la fréquentation des salles est liée à l’offre cinématographique. Mais ce qui agace ici, c’est que le grand écran ne soit pas (plus ?) le premier critère pour se rendre au cinéma. Et pourtant… Puisque le dernier édito de l’année s’achève dans quelques lignes, il faut dire et redire, écrire et réécrire aussi, que le grand écran, le travail des exploitants, la salle de cinéma elle-même, sont les plus beaux cadeaux pour emballer un film. N’importe lequel. Un drame intimiste ou une fresque romanesque. Parce que l’art, le 7ème et les autres, doit pouvoir nous absorber tout entier pour échapper aux petitesses du repli de l’entre-soi. Que vive la salle de cinéma. Merci pour elles. Belles fêtes à toutes et à tous.
Source: Ecran Total