Il y avait du monde, lundi 16 février, dans une des salles de l’Assemblée Nationale pour la table ronde réunissant “des producteurs audiovisuels” orchestrée par la “Mission d’information sur l’intelligence artificielle” : des représentants de la Procirep, du SPECT, de l’UPSA, du SPI et quelques autres organisations répondaient aux questionnements, plus qu’aux questions, du président Roger Chudeau et de la rapporteure Céline Calvez. En face, les députés étaient venus en nombre pour entendre ces professionnels faire état de leur expérience sur l’utilisation de l’IA, ses dangers, son intérêt et son avenir. Quoique “en nombre” est peut-être un brin exagéré puisqu’il n’y avait aucun député… Zéro. Cero. Null. Nolla. Ils avaient certainement mieux à faire que de s’intéresser à ce qui préoccupe de nombreux secteurs – le cinéma et l’audiovisuel en l’occurrence – et nul doute qu’ils se rendront sur le site de l’Assemblée Nationale, ouvert à tous, pour s’informer sur le sujet.
L’I.A. va trop vite, s’améliore constamment, et avance sans regarder derrière.
Depuis qu’Écran total traite du sujet, chacun sait l’importance que l’IA a pris dans le travail quotidien des sociétés de productions, des scénaristes et des techniciens de post- production. Mais les mains dans le moteur n’empêchent pas de voir un peu plus loin que le bout de son ordinateur et c’est Jérôme Caza, président du Syndicat des producteurs créateurs de programmes audiovisuels (SPECT) qui a sans doute le mieux résumé le débat philosophique : “Le savoir est souverain. Nous devons décider de qui va façonner nos imaginaires. (…) Le monde du réel devient un marqueur de confiance.” Vous avez deux heures.

On pouvait s’en douter : les prises de paroles des unes et des autres ont beaucoup tourné autour des droits d’auteurs et de la façon dont l’IA les évite soigneusement ; elle va trop vite, s’améliore constamment, avance sans regarder derrière, et fait peu de cas de toutes ces images et tous ces mots inventés par d’autres qu’elle utilise pour les recracher en feignant de s’étonner qu’elle n’a pas inventé grand-chose. Pour un peu elle imposerait un © à son boulot et en avant la musique. Et c’est ici que les politiques doivent intervenir.
Les députés n’étaient donc pas là mais les sénateurs avaient (heureusement) pris les devants. Ça n’a pas fait le Une des journaux ni des 20 heures mais le moment était important. Le 12 décembre dernier les rapporteurs de la “Mission de contrôle sur l’intelligence artificielle (IA) et la création”, Agnès Evren, Laure Darcos et Pierre Ouzoulias, déposaient une proposition de loi “relative à l’instauration d’une présomption d’explication des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle”
Si la loi était adoptée, elle obligerait les utilisateurs de l’IA à négocier automatiquement et à priori avec les ayants- droits, partant du principe que toutes les oeuvres sont susceptibles d’être modifiées par l’IA.
Ça change évidemment tout et les acteurs présents à la table ronde de l’Assemblée nationale s’accordaient pour soutenir cette proposition. D’autant, comme le soulignait Amanda Borghino, déléguée générale adjointe de l’Union syndicale de la production audiovisuelle (UPSA) et d’AnimFrance, que “la France est très regardée”, par les instances politiques de tous bords et de tous lieux, dès qu’il s’agit de protéger les auteurs. Qui décide de nos imaginaires ? Il serait préférable que ce soit nous.
Source: Ecran Total