Donner toute sa place à l’éditorial dans l’éco-production
Si l’éco-production est souvent abordée sous l’angle des tournages et des choix techniques, elle commence pourtant bien plus tôt : dès l’écriture et le développement. C’est là que se dessinent les récits, les formats et les imaginaires qui façonneront les œuvres de demain.
Anticiper les enjeux environnementaux dès l’écriture permet de concilier vision artistique, contraintes de production et sobriété et de reconnaître pleinement l’éditorial comme un levier structurant de l’éco-production.
L’éco-production commence dans les récits
Elle ne se limite pas à l’optimisation des moyens techniques ou logistiques : elle interroge ce qui est raconté, montré et valorisé à l’écran. C’est dans cette perspective que le Label Ecoprod, porté par l’ADEME et audité par AFNOR Certification, accompagne les professionnel·les du cinéma, de l’audiovisuel et de la publicité dans la réduction de l’impact environnemental de leurs œuvres.
Dans sa version actuelle (2.1), le référentiel du Label Ecoprod reconnaît le rôle essentiel de l’éditorial et de l’écriture en invitant les équipes à intégrer les enjeux environnementaux dès la conception des projets. Les critères C1 et C2 ouvrent ainsi un premier cadre de réflexion autour des récits et des choix narratifs :
● C1 : La production a-t-elle intégré un dialogue, une action ou un élément d’arrière-plan qui défend la responsabilité environnementale et/ou un mode de vie durable ?
● C2 : Avez-vous réalisé une lecture environnementale du projet et mis en place des alternatives pour limiter les impacts inhérents au concept (scénario, brief, format, etc.) ?
Aller plus loin que le cadre : repenser les imaginaires
Les récits façonnent nos représentations, normalisent des comportements et rendent visibles – ou invisibles – certaines pratiques. À ce titre, les scénarios et les choix éditoriaux constituent un levier puissant pour accompagner l’évolution des modes de vie. C’est dans cette perspective que s’inscrit le Guide des métiers de l’écriture et de l’éco production, auquel CITEO a contribué aux côtés du Festival Atmosphère, L’Observatoire de la Fiction, Imagine 2050, Nouvelle Séquence et L’cran d’Après. Destiné aux scénaristes, auteur·ice·s, chargé·e·s de développement et consultant·e·s, il propose des outils concrets pour intégrer les enjeux écologiques dès la phase de conception, sans brider la créativité. Il rappelle que chaque projet est unique et qu’une lecture environnementale du scénario permet d’anticiper les impacts liés aux choix d’écriture : formats, décors, déplacements, narration ou caractérisation des personnages.
Des récits qui rendent visibles d’autres normes
La deuxième partie du guide est consacrée aux récits et à la manière dont ils construisent nos représentations du monde. Elle invite à interroger ce qui est montré comme désirable ou normal, à travers les personnages, leurs trajectoires et leur rapport au vivant. On y explore les transformations environnementales, les nouveaux récits possibles, la diversité des figures engagées et la remise en question des marqueurs traditionnels de réussite.
L’objectif n’est pas de transformer chaque histoire en manifeste écologique, mais d’ancrer les personnages dans une réalité où les comportements responsables et vertueux sont normaux.
Par exemple, intégrer au quotidien des personnages des gestes simples, comme le tri des déchets ou la réparation d’objets, permet de les normaliser. Représenter des individus ordinaires et imparfaits, mais engagés à leur niveau, peut suffire à donner aux spectateurs le sentiment qu’ils peuvent agir.
Le nudge : influencer sans injonction
Le guide mobilise la notion de « nudge » ou pédagogie clandestine, une méthode d’incitation douce qui oriente les comportements sans les contraindre. Il s’agit d’inscrire des gestes responsables dans la trame du quotidien des personnages (covoiturage, réparation plutôt que remplacement, choix alimentaires) sans discours explicatif ni mise en avant narrative.
Le principe de saillance y est central : plus un comportement est visible dans les récits, plus il tend à devenir une norme sociale. L’exemple explicité dans le guide du « designated driver » (ce personnage créé pour contrer l’image banalisée de la consommation d’alcool au volant avant les années 1980) l’illustre clairement. En intégrant ce personnage de manière répétée dans de nombreuses séries américaines à la fin des années 1980, sans message pédagogique explicite, les fictions ont contribué à en faire un réflexe culturel durable. Par leur pouvoir de diffusion, les récits audiovisuels constituent ainsi un levier majeur de transformation des imaginaires.
Une boîte à outils créative pour les auteur·ices
Pour traduire ces principes en scènes concrètes, le guide propose en annexe 50 situations éco-responsables à intégrer dans les récits de fiction. Il ne s’agit pas d’un cahier des charges, mais d’une boîte à outils créative : des situations à piocher, détourner et adapter selon les personnages, les genres et les univers, afin de faire de ces gestes une texture du quotidien, un détail qui sonne juste.
Écriture et éco-production : un dialogue essentiel
Loin de prescrire une norme, le guide défend une création plurielle, où la transition écologique devient une opportunité de renouvellement narratif. En écho avec le Guide pratique de l’éco réalisation, il souligne le rôle clé de la collaboration entre scénaristes et coordinateur·ices d’éco-production. Ce dialogue permet d’analyser finement l’impact environnemental d’un scénario, d’anticiper certaines contraintes et d’identifier des alternatives, tout en restant fidèle à la vision artistique du projet.
En attendant la prochaine évolution du référentiel du Label Ecoprod, ces ressources permettent dès aujourd’hui d’embarquer pleinement l’éditorial dans les démarches d’éco-production.

Source: Ecoprod