Comment sont nées « Les Lionnes » de Netflix ?

Cinq femmes, des braquages, et une nouvelle création française pour Netflix. Avec Les Lionnes, Olivier Rosemberg (réalisateur et créateur) et Carine Prévot (créatrice) s’emparent d’un vieux fait divers pour le transformer en fable sociale moderne entre comédie décalée et thriller dramatique. Dans cet entretien croisé, ils racontent la genèse de la série, leur travail sur les dialogues, la mise en scène, et leur volonté de filmer, en faisant un pas de côté, une sororité en résistance.

Derrière Les Lionnes, il y a un fait divers comme point de départ. La série est-elle une adaptation du réel ?

Carine Prévot : Nous avions cette envie de réaliser une série autour d’un gang de femmes. Et parmi toutes ces histoires, il y avait celle du gang des Amazones, qui ont dévalisé des banques dans le Vaucluse, en 1989, déguisées en hommes. Mais très vite, nous nous en sommes détachés. En revanche, nous sommes restés sur l’idée de femmes qui prennent l’identité d’hommes pour exister. Elles tombent dans un engrenage et elles deviennent les ennemies publiques de leur région.

Olivier Rosemberg : Avec Carine, nous avions déjà travaillé ensemble, notamment sur Family Business. Elle avait entendu l’histoire du gang des Amazones dans un podcast. Et elle est venue me la raconter. Nous nous sommes d’abord dit que nous allions pouvoir faire une série sur des femmes en grande précarité, qui se retrouvent à braquer des banques pour nourrir leurs enfants. Mais ces femmes créent un désordre, aussi bien sur le plan politique que social. Donc nous avons voulu remettre leur histoire dans notre monde actuel, pour parler de ce que c’est que d’être une mère célibataire de nos jours. Tous ces mélanges de sujets sociaux nous intéressaient.

« Les Lionnes » créée par Olivier Rosemberg et Carine Prevot
« Les Lionnes » créée par Olivier Rosemberg et Carine Prevot ©Fanny Nairi/Netflix

Une réalité augmentée, mais avec beaucoup de sincérité dans les émotions.

Carine Prévot, Créatrice

La série va de la comédie au thriller social. Comment avez-vous équilibré le mélange des genres ?

Olivier Rosemberg : Nous aimons prendre des situations pour les tordre dans tous les sens. Nous aimons nous aventurer sur des chemins différents, des contre-pieds, jouer avec les codes et les genres…

Carine Prévot : Nous créons des personnages très réalistes, mais en faisant toujours un pas de côté sur ce que nous avons l’habitude de voir à l’écran. La cité que nous avons créée n’est pas celle que nous voyons d’ordinaire dans les séries françaises. Elle est plus colorée, plus vivante. La bande d’Ezekiel, le chef de gang qu’interprète Olivier, ne ressemble pas tout à fait aux bandes de voyous que nous voyons d’habitude. Nous avons filmé une réalité augmentée, mais avec beaucoup de sincérité dans les émotions. Nous ressentons toute l’humanité. Que ce soit dans la comédie, le drame ou l’action, nous y croyons.

Olivier Rosemberg : Dans la mise en scène, nous créons des situations extravagantes, mais nous les jouons avec une sincérité folle, au premier degré. Pour que les personnages ne soient pas burlesques, mais se retrouvent pris dans des moments ubuesques.

Éviter le mélodrame était-il votre objectif ?

Carine Prévot : C’est exactement ça. Notre première envie était de faire une comédie. Une comédie sur un groupe de femmes en galère. Que ce soit une femme battue ou une femme endettée, elles sont toutes invisibilisées à leur façon. Sur le fond, c’est très dramatique. Mais nous avons toujours envisagé d’aborder ce sujet à travers la comédie, en nous décalant de cette réalité. Cela permet de parler de beaucoup de choses en poussant les curseurs plus loin et en appuyant encore davantage les messages.

Olivier Rosemberg : Lorsque le postulat est déjà dramatique, il n’y a pas besoin de montrer une galerie de personnages qui ne sourient pas. Ce n’est pas nécessaire. En France, dès que nous parlons de drame, il faut que ce soit très lourd et très intense. Mais ce n’est pas forcément la vraie vie. Moi qui ai grandi dans un milieu précaire, je peux vous dire que les gens rigolent quand même.

Peut-on parler d’une série de « potes » ?

Olivier Rosemberg : J’aime bien l’idée que le public puisse penser que nous nous sommes amusés comme ça sur le plateau. Entre « potes ». Certes, l’ambiance était cool, mais en réalité, ce fut un long tournage exigeant et éprouvant. Nos « lionnes », à la fin de la journée, avaient les bras ankylosés d’avoir porté ces armes très lourdes pendant des heures. Ça reste épuisant.

Carine Prévot : Il y avait une vraie alchimie entre tous les comédiens. Et c’est Olivier qui a impulsé ça en tant que metteur en scène et chef d’orchestre du plateau. Il donne beaucoup et ça crée une envie d’adhérer au projet comme une bande.

Nous aimons prendre des situations pour les tordre dans tous les sens. Nous aimons nous aventurer sur des chemins différents, des contre-pieds, jouer avec les codes et les genres…

Olivier Rosemberg, Créateur et réalisateur

Comment avez-vous écrit ces dialogues très percutants ?

Olivier Rosemberg : Nous avons essayé de conserver un langage parlé. Quand nous sommes scénariste, nous nous disons parfois qu’il faut bien soigner chaque mot pour montrer qu’il y a eu de la réflexion. Mais plus nous nous y appliquons, plus nous nous éloignons de la vie. C’est ma façon de voir les choses. Or, ce n’est pas si facile que ça d’écrire comme nous parlons.

Carine Prévot : Nous avons une technique de travail avec Olivier qui repose sur l’échange. Nous parlons tout le temps. Même pour la simple écriture des arches. Nous sommes dans la collaboration en permanence. Nous relisons chacun de nos épisodes ensemble et nous nous donnons la réplique à voix haute. Ainsi, nous voyons tout de suite les dialogues qui fonctionnent et ceux qui ne fonctionnent pas. Quelque chose qui sonne bien à l’écrit peut ne pas marcher à l’oral. Et nous allons même plus loin, puisque pour chaque personnage, nous adoptons un langage différent, avec son propre champ lexical. Qui s’ajuste ensuite avec le casting. Tout est affiné ainsi au fur et à mesure.

Olivier Rosemberg : Jusqu’au tournage d’ailleurs. Quand je sens qu’une phrase ne va pas dans la bouche d’une actrice, que je la sens trop récitée, je préfère la supprimer et la remplacer. À force de mâcher les mots, les dialogues deviennent naturels. Nous sommes vraiment dans le sur-mesure.

Quel message souhaitez-vous transmettre avec cette série ?

Carine Prévot : L’intention, c’est de mettre en avant la sororité. Et même la solidarité. Les individualités en galère ont plus de chances de s’en sortir ensemble que seules. Je crois aussi qu’il ne faut pas hésiter à transgresser les règles pour exister, quand le système vous enfonce trop. Évidemment, je ne dis pas qu’il faut braquer des banques. Ce n’est pas un appel à la révolution, mais un appel au réveil. À ne pas accepter ce que nous impose parfois la société.

Olivier Rosemberg : La série montre aussi qu’en se rassemblant, nous pouvons réussir des choses. Partager ses problèmes, ça fait du bien. Rester isolé, ce n’est pas la solution. Ensemble, ces femmes sont plus fortes.

Affiche de « Les Lionnes »
Les Lionnes ©Netflix

LES LIONNES, SAISON 1 EN 8 ÉPISODES, À VOIR SUR NETFLIX

Créée par Olivier Rosemberg, Carine Prevot
Écrite par Olivier Rosemberg, Carine Prevot et Mahault Mollaret
Réalisée par Olivier Rosemberg
Produite par Benjamin Bellecour, Jonathan Cohen, Jean-Toussaint Bernard
Sociétés : Les Films entre 2 et 4, Bob Story

Soutiens sélectifs du CNC : Fonds de soutien audiovisuel (FSA), Aides à l’écriture et au développement de projets d’œuvres audiovisuelles (FAIA)

Source: https://www.cnc.fr/series-tv/actualites/comment-sont-nees-les-lionnes-de-netflix_2539738

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