Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a pris connaissance, jeudi 26 mars, des déclarations publiques de la streameuse Ultia, très récemment nommée membre de la commission du nouveau « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales », relatives à l’esprit dans lequel elle entendait exercer sa future mission.
Ces propos contrevenaient manifestement à l’obligation de neutralité, d’indépendance et d’impartialité qui s’impose à tous les membres des commissions appelées à formuler un avis sur l’attribution des soutiens financiers du CNC, obligations notamment rappelées aux articles 9 à 12 du règlement intérieur de cette commission (ci-joint).
En conséquence, le CNC a immédiatement mis fin aux fonctions d’Ultia, qui n’avait encore jamais siégé au sein de cette commission.

Au-delà de cette mesure d’évidence, relative à la déontologie d’un membre de commission, le CNC souhaite expliciter, d’une part, les particularités de l’aide expérimentale « CNC Talent », abrogée depuis le 1er janvier 2026 et remplacée par le « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales » et, d’autre part, les modalités d’attribution de ses aides en général.
1. Les particularités de l’aide expérimentale « CNC Talent » et les dérives observées
Depuis sa création en 1946, le CNC a vocation à accompagner tous les champs de l’image animée, c’est-à-dire à soutenir des œuvres destinées à tous les canaux de diffusion. Ainsi, le soutien aux films de cinéma a été progressivement élargi aux œuvres audiovisuelles (1986), à la création multimédia (2001), aux jeux vidéo (2008), puis à la création sur les plateformes de partage de vidéos et sur les réseaux sociaux (2017).
L’aide à la création vidéo sur internet, plus connue sous le nom de « CNC Talent », est ainsi née en 2017. Il s’agissait alors de reconnaître l’existence d’un nouvel espace de création et de diffusion, qui avait pour particularité de supprimer tout intermédiaire entre le créateur et son public.

Expérimental par les projets soutenus, ce fonds était également expérimental dans son mode de fonctionnement. En effet, « CNC Talent » comportait non seulement une aide aux œuvres mais également une « aide à la chaîne », portant sur un projet éditorial général, là où toutes les autres aides à la production du CNC concernent des œuvres précises, bien déterminées, pour lesquelles la commission se prononce sur la base d’éléments précis tels qu’un scénario.
Cette « aide à la chaîne » conduisait à soutenir des projets présentés de manière générale autour d’une ligne éditoriale et d’un créateur, sans que le détail des œuvres mises en ligne puisse être connu du CNC ou de la commission au moment de l’attribution de l’aide.
Plus généralement, pour répondre au caractère très émergent de la création en ligne, les critères d’éligibilité du fonds « CNC Talent » étaient moins précis que ceux des autres aides du CNC.
Au cours des dernières années le CNC a pu constater que certains des contenus aidés, qui s’apparentaient des magazines (en nombre réduit si on les rapporte aux 700 projets soutenus par CNC Talent de 2017 à 2025) s’éloignaient de la ligne éditoriale du projet soumis, d’une manière qui n’était ni connue ni prévisible au stade de l’examen de la demande, et n’entraient plus dans le champ de la mission du CNC.
En effet, la mission du CNC, sur les plateformes de partage de vidéo comme sur les médias traditionnels, n’est pas de soutenir financièrement des contenus de nature informationnelle, mais de défendre la création française. En d’autres termes, la mission du CNC est d’assurer la diversité de la création, et non d’intervenir dans le champ de l’information.
C’est pour cette raison que par une délibération du 26 juin 2025, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, le CNC a abrogé le fonds « CNC Talent » pour le remplacer par un dispositif plus classique, présentant davantage de garanties en ce qui concerne l’utilisation des aides accordées.
S’agissant des projets passés, le CNC engagera des procédures de sanction ou de récupération des aides lorsqu’il constatera que les conditions posées à l’octroi de l’aide, ou le projet initialement présenté à la commission, n’ont pas été respectés par la suite.

2. Depuis le 1er janvier 2026 : l’abrogation du fonds « CNC Talent » et son remplacement par le « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales »
Le « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales », en vigueur depuis le 1er janvier 2026, acte la maturité acquise par le secteur de la création sur internet. Ses objectifs et son fonctionnement sont détaillés sur la page de présentation consultable sur le site du CNC .
Ce nouveau fonds poursuit d’abord un objectif de professionnalisation, de structuration et de responsabilisation des créateurs dans un contexte de convergence des médias, alors que l’activité de production est désormais majoritairement portée par des entreprises (et non plus des individus) et que les professionnels issus de l’audiovisuel traditionnel s’emparent de plus en plus de ces nouveaux espaces créatifs. La marque « CNC Talent », disparaît donc à cette occasion, le fonds n’ayant plus seulement vocation à repérer des talents émergents.
Ensuite, cette réforme est motivée par un besoin de clarification et de recentrage sur des œuvres de création patrimoniale. Les projets éligibles sont désormais exclusivement des œuvres présentant une forte valeur ajoutée culturelle et artistique. Dans ce cadre, sont ainsi exclus les jeux, les variétés et les retransmissions sportives, mais aussi les journaux et émissions d’information : c’est-à-dire à la fois les reportages, les analyses factuelles et les commentaires de l’actualité, lesquels poursuivent principalement une finalité informative et non artistique. En outre, comme pour l’ensemble des aides du CNC, sont également exclus les contenus promotionnels, publicitaires et à vocation institutionnelle.
Les avis de la commission, composée d’une diversité de profils issus de la création sur internet et de l’industrie traditionnelle (producteurs, créateurs, éditeurs, spécialistes du financement), se fondent sur la qualité artistique du projet, son adéquation avec les formats et modes de diffusion visés, ses perspectives de diffusion et sa cohérence budgétaire. Les aides attribuées font l’objet d’une convention conclue entre le CNC et le bénéficiaire. En cas de manquement relatif à ces éléments éditoriaux ou financiers, ou encore en cas de non-respect des délais de réalisation, le CNC peut demander le remboursement de l’aide déjà versée.
Les premiers dossiers déposés dans le cadre de ce nouveau fonds d’aide sont encore en cours d’instruction et la première commission ne s’est pas encore réunie.
3. Les modalités générales des aides du CNC et la déontologie de ses commissions
Pour examiner les projets qui leur sont soumis, les commissions se fondent sur des critères définis par le règlement général des aides du CNC. Ce règlement est adopté par son conseil d’administration, composé de parlementaires, de membres indépendants des hautes juridictions et de représentants des ministères. Ces critères peuvent être, par exemple, la qualité artistique d’un projet, sa valeur ajoutée économique, la capacité d’une œuvre à atteindre le public visé, etc.
Les agents du CNC, qui assurent l’instruction des dossiers sur le plan technique (respect des conditions juridiques d’éligibilité, etc.) ne participent pas aux choix faits par ces commissions.
Le CNC veille à la diversité des membres de ces commissions, en sélectionnant des profils diversifiés (âge, sexe, profession, provenance géographique). Elles sont composées de quatre à vingt-cinq membres, le plus souvent autour d’une dizaine. Cette composition collégiale favorise le débat et participe à la prévention des conflits d’intérêt. Les membres sont nommés pour une durée d’un à trois ans, et donc très régulièrement renouvelés.
Les membres de commissions sont astreints à des obligations déontologiques détaillées, prévues par le règlement général des aides du CNC. Ce règlement rappelle notamment les obligations d’impartialité, de réserve et de confidentialité qui doivent être respectées par les membres des commissions. Il prévoit des obligations précises de déport en cas de conflit d’intérêt. Chaque commission peut par ailleurs, comme c’est le cas du « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales », se doter d’un règlement intérieur qui précise ou complète le règlement général des aides y compris sur le terrain de la déontologie.
Source: CNC