« In Waves » : Silex Films adapte un roman graphique en film d’animation

In Waves est un roman graphique personnel : AJ Dungo y raconte son histoire d’amour avec Kristen, qui va lui transmettre sa passion pour le surf et l’océan avant d’être brutalement rattrapée par la maladie. Un récit intime que Phuong Mai Nguyen adapte au cinéma aux côtés de Priscilla Bertin, cofondatrice de Silex Films. La productrice revient sur ce premier long métrage, initié il y a plus de cinq ans et passé par les festivals des Cannes et d’Annecy.

Comment avez-vous découvert le roman graphique d’AJ Dungo ?

Priscilla Bertin : Passionnée de surf et de l’océan, je gardais dans un coin de ma tête le rêve de produire un film sur cet univers. Lors de la parution de la BD [juin 2019 aux États-Unis, août en France, NDLR], avec ce titre In Waves, j’étais obligée de l’acheter ! La lecture m’a bouleversée, j’ai été frappée par la poésie et la grâce qui émanaient de cette histoire tragique. C’était une évidence : il fallait l’adapter au cinéma, à travers un film d’animation, afin de garder le dessin au cœur.

J’ai envoyé des lettres à l’éditeur Flying Eye Books Limited, mais c’était un peu comme la « petite Frenchie » qui contactait le géant américain, d’autant plus qu’ils avaient reçu plusieurs offres de studios pour des projets en prises de vues réelles. À l’automne, j’ai finalement eu l’opportunité de leur parler pour exposer ma vision, qui leur a plu. Puis, alors que le roman commençait à avoir du succès en France, sa sélection à Angoulême début 2020 m’a permis de rencontrer AJ Dungo. C’était le seul vrai décisionnaire : il a eu confiance et il a accepté de me céder les droits.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de Phuong Mai Nguyen à la réalisation ?

Nous avions déjà collaboré ensemble sur Culottées [série de 30 épisodes diffusés en 2019 sur France Télévisions, adaptée de la bande-dessinée de Pénélope Bagieu, NDLR]. Je souhaitais une animation réaliste pour In Waves. Au début du confinement, Phuong Mai Nguyen a publié un dessin empreint de poésie : je me suis alors dit que c’était elle. Elle avait lu et apprécié le roman et, après avoir un temps hésité, elle a accepté de se lancer dans l’aventure. Je connaissais ses dessins et sa manière de travailler, et j’étais admirative de son talent, de son style graphique et de sa palette de couleurs.

L’une des principales différences entre le roman et le film, c’est que ce dernier suit un récit chronologique…

Nous avons fait le choix de nous concentrer sur la relation amoureuse entre AJ et Kristen, plutôt que d’avoir deux films dans le film avec la partie historique sur le surf. De ce point de vue, c’était intéressant de faire travailler les scénaristes Fanny Burdino et Samuel Doux, en couple dans la vraie vie, sur cette histoire. AJ a pu échanger à maintes reprises avec eux pour préciser certains aspects des personnages. Le film est construit comme des vagues autour de trois temporalités : le récit amoureux est ainsi jalonné de scènes où AJ dessine son livre – avec ses propres croquis à l’écran – et de passages métaphoriques où c’est davantage son esprit qui s’exprime, lors de ses recherches sur les légendes hawaïennes et l’origine du surf.

Autre changement : la bichromie du roman laisse place aux couleurs du film. Pourquoi ?

Nous voulions rendre l’histoire accessible à travers une animation réaliste pour les personnages [dans le roman, certains n’ont pas de visage, NDLR] et mettre en avant les couleurs vibrantes de la Californie. Phuong Mai Nguyen a rapidement réalisé des premiers essais graphiques, qui se révélaient encore plus beaux que ce que j’avais imaginé. Nous échangions sur ses pistes et ses réflexions : elle avait comme inspiration David Hockney et Raymond Pettibon ; j’avais en tête J’ai perdu mon corps (2019) de Jérémy Clapin.

Et puis, surtout, Phuong Mai Nguyen a réalisé plusieurs voyages à Los Angeles et San Francisco, grâce à la Villa Albertine entre autres, pour découvrir, aux côtés d’AJ, les véritables lieux de l’histoire – les plages, le lycée, les maisons, l’hôpital – que nous voulions intégrer fidèlement dans le film. Lors de ses visites à Hawaï, elle a pu discuter avec des experts à propos des légendes locales, afin d’être le plus proche possible dans le film. AJ lui a fourni beaucoup de photos et de vidéos – notamment de Kristen, car il tenait à une représentation la plus réaliste. Comme tous les deux sont d’origine philippine, Phuong Mai Nguyen avait également à cœur de représenter cette communauté.

« In Waves » réalisé par Phuong Mai Nguyen
« In Waves » réalisé par Phuong Mai Nguyen Silex Films

Quels ont été les principaux défis de l’animation ?

Pendant ses voyages, Phuong Mai Nguyen a passé de nombreuses heures à observer les nuances du ciel, les teintes à différents moments de la journée, les reflets sur l’océan. Avoir un rendu cohérent et fluide de l’eau, des vagues, de l’écume reste l’un des défis majeurs s’agissant d’un film d’animation. Nous avons collaboré avec le studio Autour de minuit, qui a un expert de Blender [logiciel de modélisation, NDLR] et mis au point plusieurs outils pour ce type de textures. Après plusieurs mois de recherche et développement, nous avons abouti à un résultat qui nous permettait de manipuler cet océan à notre guise pendant le film, alliant 2D et 3D, avec un effet de peinture.

Ma passion pour le surf rend mon regard plus sévère et critique sur la représentation des vagues, comme celle des surfeurs et de leurs positions, afin qu’elle soit la plus respectueuse et crédible possible. Et, sur ce point, je suis très fière du rendu. Au total, plus de deux ans et demi ont été nécessaires pour le développement, l’écriture, le storyboard et la recherche technologique, puis environ deux ans consacrés à la fabrication avec quelque trois cents personnes mobilisées, via Silex, mais aussi Gao Shan, studio d’animation français fondé à La Réunion, et Panique! en Belgique.

Comment s’est déroulé le financement du film ?

Financer de l’animation ado-adulte reste compliqué en France, donc cela a pris du temps. D’emblée, je souhaitais un positionnement international et Charades a été le premier partenaire, permettant par la suite de recevoir le soutien d’Anonymous Content. C’est à ce moment que le distributeur Diaphana, que j’avais en tête pour la qualité de leur accompagnement des films d’animation, s’est engagé. Pour financer la phase de développement, nous avons obtenu des aides régionales, du CNC dont l’Avance sur recettes avant réalisation et l’Aide aux techniques d’animation, et de partenaires privés ; le prix au MIFA en 2021 puis la présentation d’un teaser 2D au Cartoon Movie ont offert de la visibilité au projet.

Ensuite, tout l’enjeu a reposé sur le financement de la production. Obtenir l’accord des chaînes est long et fastidieux. Et puis, il y a un paradoxe : les montants alloués à l’animation, pourtant chère à produire, restent nettement inférieurs à ceux pour les œuvres en prises de vue réelles. Cela nous a donc contraints à trouver d’autres sources d’investissement, d’autant que le film a coûté plus cher que prévu – le budget oscille autour des 9,5 millions d’euros. Pour me donner du courage, je regardais le travail de Phuong Mai Nguyen. Finalement, tous les partenaires nous ont suivis et tous ont été touchés par la force du film.

« In Waves » réalisé par Phuong Mai Nguyen
« In Waves » réalisé par Phuong Mai Nguyen Silex Films

Une force qui réside également dans la voix des personnages : comment a été composé le casting vocal ?

Nous avons organisé un casting pour choisir Lyna Khoudri, qui possède un grain magnifique et une assurance que nous cherchions pour Kristen. A contrario, pour le personnage d’AJ, il nous fallait davantage de douceur, que nous avons trouvée chez Rio Vega. Et puis nous avons choisi Paul Kircher, Birane Ba et Gauthier Battoue. L’enregistrement s’est déroulé chez Piste Rouge, sur storyboard animé, ce qui a ensuite permis à l’équipe de synchroniser l’animation des personnages avec les voix. Pour la version américaine, avec Stéphanie Hsu et Will Sharpe, Phuong Mai Nguyen s’est rendue aux États-Unis pour réaliser un travail d’adaptation du texte, en choisissant des mots qui correspondent le plus possible aux mouvements des lèvres déjà créés pour le film.

Un mot également sur la musique du film, créée par Oklou et Rob ?

Ils sont arrivés très tôt dans l’aventure : dès le premier teaser, ils ont commencé à expérimenter. Phuong Mai Nguyen avait des envies particulières, mais cela a été un travail collaboratif. Ils ont effectué des recherches sur les instruments hawaïens, tout en évitant de tomber dans la facilité. Ils mêlent leur style, entre électro et piano, tout en composant avec des morceaux existants mais synchronisés différemment, pour accompagner le film, la jeunesse californienne, le surf, comme les moments plus sombres. Le résultat est à la hauteur, jouant sur une base instrumentale, mais aussi la voix de Oklou qui se marie avec les orchestrations de Rob.

IN WAVES

Réalisation : Phuong Mai Nguyen
Scénario : Fanny Burdino et Samuel Doux
Production : Silex Films
Coproduction : Gao Shan Pictures, Charades
Distribution : Diaphana Distribution
Ventes internationales : Charades
Sortie le 1er juillet 2026

Soutiens sélectifs du CNC :  Avance sur recettes avant réalisation, Aide au développement d’œuvres cinématographiques de longue durée, Aide aux techniques d’animation, Aide à la création de musiques originales, Aide à l’édition vidéo (programme éditorial)

Source: « In Waves » : Silex Films adapte un roman graphique en film d’animation

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