Hugo Willocq : « Un été à la ferme raconte ce moment de bascule de l’enfance vers les premières responsabilités d’adulte »

Hugo Willocq : « Un été à la ferme raconte ce moment de bascule de l’enfance vers les premières responsabilités d’adulte »

Diplômé de l’INSAS à Bruxelles, Hugo Willocq plonge, pour son premier long métrage documentaire, dans le quotidien d’une ferme située dans le nord de la France. Le cinéaste revient sur le processus créatif de cette histoire de transmission entre un père et son fils.

« Un été à la ferme » réalisé par Hugo Willocq

Comment naît Un été à la ferme? De l’envie de faire un film sur le monde agricole ou de raconter une histoire de transmission ?

Hugo Willocq : J’avais envie de raconter le passage entre une enfance totalement innocente et le temps des premières responsabilités. Or il se trouve que j’ai grandi pas très loin du monde agricole, à proximité des fermes. Dans ma jeunesse, j’avais remarqué une vraie précocité chez certains enfants d’agriculteurs. Cela m’a donné envie de raconter ce moment particulier, le temps des vacances d’été, où ces enfants sont à la fois totalement enfants, et en même temps déjà des adolescents, voire presque des adultes.

Comment avez-vous trouvé la famille dont vous avez filmé le quotidien ?

Ce fut le fruit d’un long travail de repérages que j’ai commencé près de l’endroit où j’ai grandi, dans le nord de la France. Je prenais ma voiture et j’allais de ferme en ferme rencontrer des agriculteurs en expliquant ce que je recherchais : une ferme avec au moins deux enfants d’une douzaine d’années. Ce repérage a duré sept ou huit mois. Petit à petit, j’ai élargi mes recherches car je ne trouvais pas ce que je cherchais. J’ai contacté des personnes que je connaissais : des agriculteurs, des ostéopathes animaliers, des gens qui travaillent dans les fermes… J’ai essayé d’élargir mon réseau. Tout au long de ce processus, j’ai rencontré beaucoup de familles, fait quelques essais filmés… mais il n’y avait pas forcément matière à faire un film. Et puis un jour, j’ai rencontré la famille Halle.

De quelle manière ?

Quelqu’un qui les connaissait m’a donné le contact de Grégory, le père de famille. Je lui ai envoyé un message pour lui parler de mon projet ; je l’ai senti tout de suite très touché. Il y avait chez lui un vrai souci de la transmission, sans doute exacerbé par le fait que son exploitation avait traversé des difficultés et qu’il vivait une période un peu particulière. Il m’a d’ailleurs tout de suite expliqué qu’il s’était toujours dit qu’un jour quelqu’un viendrait dans sa ferme filmer ses enfants ! Son accord a été immédiat.

Tous les membres de cette famille ont-ils tout de suite été à l’aise avec l’idée d’être filmés ?

J’ai commencé par faire quelques essais pour le vérifier. Très vite, j’ai senti que ça fonctionnait. Les deux enfants ont été un tout petit peu réservés la première semaine, mais très rapidement, ils se sont montrés incroyablement naturels. J’étais surpris de voir à quel point ils devenaient presque des acteurs. Je pouvais être à cinquante centimètres d’eux et ils ne regardaient jamais la caméra. Je pense que c’était aussi lié à leur âge à ce moment-là. Aujourd’hui, ils seraient sans doute plus soucieux de la caméra. En tout cas, ces essais m’ont convaincu que le film était possible.

Avez-vous filmé seul ou entouré d’une équipe ?

Le tournage s’est déroulé sur deux étés. Le premier a surtout été consacré aux repérages, avec quelques séquences filmées – par exemple la communion, qu’on ne pouvait pas reconstituer. Là, j’étais vraiment seul. Mais ça a été aussi la règle quasiment tout au long du deuxième été. C’est ma manière de travailler.

Au terme du premier été, étiez-vous certain que vous teniez un film ?

Il y a toujours l’incertitude liée à la forme documentaire. Mais oui, je pensais que ça valait le coup. J’en ai parlé avec mon producteur, Richard Copans, qui était aussi convaincu que moi. Et c’est avec tout ce que j’avais pu filmer qu’on est parti en recherche de financement.

Il était évident dès le départ qu’il n’y aurait ni voix off ni interview face caméra. Je voulais me confronter à cette idée que les enjeux allaient se raconter d’eux-mêmes.

Comment s’est construit ce financement ?

On n’est pas passé par une phase d’écriture classique car cela n’a pas de sens pour ce type de film. La matière première a vraiment été les images. C’est avec elles qu’on est allé démarcher la Région Hauts-de-France qui nous a soutenus. L’obtention de l’Avance sur recettes du CNC a été décisive pour nous, tout comme le fait qu’ARP se positionne en amont pour distribuer le film. Dès lors, on savait qu’Un été à la ferme allait exister.

Avez-vous échangé avec la famille Halle entre les deux étés de tournage ?

Oui, je passais les voir régulièrement. Pas tous les jours car c’était important de garder de la distance. Mais on a entretenu des liens. Et surtout, je veillais à savoir où en étaient les enfants dans leur apprentissage. Quelque chose devant se jouer pendant le tournage, je ne voulais pas, par exemple, que Paul, l’aîné, apprenne à conduire sans que je puisse le filmer. Mais tout cela s’est fait naturellement. Il y a moins de choses à faire sur la ferme en hiver. Les enfants sont à l’école, ils ont moins d’activités, y compris le week-end. Et puis je m’étais couvert sur certains points dès le premier été pour capter des choses qui ne pourraient pas être reproduites.

Quand avez-vous commencé le montage ?

Tout au long du tournage, je tenais à garder une forme d’« innocence documentaire », donc je m’efforçais de ne pas trop regarder les images. Je me suis vraiment lancé dans le dérushage une fois le tournage terminé, au même moment que le monteur.

Pourquoi avoir fait appel à Emilio Anatriello à ce poste ?

On a fait la même école, l’INSAS, dans la même promotion, et on avait créé des liens d’amitié et de cinéphilie. Et puis on avait déjà travaillé ensemble sur un premier film que j’avais réalisé et autoproduit durant mes études. J’avais aimé notre collaboration.

Comment avez-vous construit ce montage ?

On connaissait dès le départ le début et la fin du film, puisqu’on raconte un été. Mais pour le reste, il n’y avait pas de narration écrite. Pour la trouver, on a travaillé quinze semaines. Avec beaucoup d’allers-retours, d’ajustements. On est parti de l’idée de séparer deux mondes – celui de l’enfance et celui du travail – puis de les faire se rejoindre progressivement. Je ne voulais pas d’un discours explicite sur « qu’est-ce que tu vas faire plus tard ? ». Je ne voulais pas que les enjeux du film – notamment pour Paul – soient forcément nommés. Tous ces enjeux existent mais ils devaient passer par des attitudes, des regards, des gestes. C’est pour cela qu’il était évident dès le départ qu’il n’y aurait ni voix off ni interview face caméra. Je voulais me confronter à cette idée que les enjeux allaient se raconter d’eux-mêmes.

Comment la famille a-t-elle réagi quand elle a découvert Un été à la ferme?

Je leur ai montré le film une première fois en toute fin de montage. Je voulais m’assurer qu’ils étaient d’accord sur ce que je montrais d’eux. Ils ont été très touchés. Un an s’était écoulé depuis la fin du tournage. C’était devenu un souvenir pour eux et ils ont été un peu surpris en découvrant les images. Là, on vient de faire une semaine d’avant-premières dans le Nord. Ils étaient présents à chaque projection. Et plus ils voient le film, plus je sens qu’ils l’aiment. Ils sont totalement investis dans sa sortie.

UN ÉTÉ À LA FERME

Affiche de « UN ÉTÉ À LA FERME »

Un été à la ferme ©ARP

Réalisation : Hugo Willocq
Production : Les Films d’Ici
Distribution : ARP Sélection
Sortie le 25 février 2026

Soutiens sélectifs du CNC : Avance sur recettes avant réalisation, Aide sélective à la distribution (aide au programme 2025)

Source: https://www.cnc.fr/cinema/actualites/hugo-willocq-un-ete-a-la-ferme-raconte-ce-moment-de-bascule-de-lenfance-vers-les-premieres-responsabilites-dadulte_2546589

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