Produire sous censure : Tarik Saleh et les défis de sa trilogie du Caire

Les Arcs 2025 – Dans le cadre de l’Industry Village du Festival des Arcs, le réalisateur suédois Tarik Saleh et le producteur-distributeur Alexandre Mallet-Guy ont partagé les coulisses de production de la trilogie du Caire.

Les aigles de la république

Le réalisateur suédois Tarik Saleh était l’invité ce 15 décembre de l’Industry Village du Festival des Arcs pour évoquer, lors d’un temps d’échange, la réalisation de films dans un contexte de censure. Il était accompagné d’Alexandre Mallet-Guy, directeur général de Memento, producteur et distributeur du film.

Le réalisateur est revenu sur l’histoire du premier film de sa fameuse trilogie du Caire, « Le Caire confidentiel », sorti en salle en 2017. Le long métrage est inspiré du meurtre d’une célèbre chanteuse libanaise, Suzanne Tamim, par un magnat égyptien, Hicham Talaât Moustafa, proche du clan du président Hosni Mubarak. Après une réécriture du scénario pour intégrer le nouveau contexte politique lié à la révolution de 2011, il décide de concrétiser le projet et s’apprête à tourner en 2015 : « Nous prévoyions alors de tourner le film en Égypte. Nous avions une équipe égyptienne de tournage et le casting était au complet. Nous allions tourner dans une semaine ». Finalement, le réalisateur doit quitter le territoire égyptien : « J’ai réuni l’équipe pour lui annoncer que nous devions partir », poursuit-il. La décision est alors prise de déplacer le tournage à Casablanca. « Je leur ai dit que nous ne pouvions pas utiliser l’excuse de la difficulté pour justifier un mauvais film, le public se fiche de cela. Il fallait que nous fassions le même film que nous prévoyions de faire », explique Tarik Saleh.

Le film suscite l’engouement critique avec une sélection au festival de Sundance, puis l’obtention du grand prix de la sélection « World Cinema Dramatic Competition ». Le public est également au rendez-vous, puisque le film attire près de 400 000 spectateurs en salle en France. À l’époque, ce succès choque le réalisateur, surpris de l’engouement pour un film de genre qui se déroule au Caire.

Les difficultés de financement des Aigles de la République

Pour « La Conspiration du Caire », sorti en France en 2022, Tarik Saleh voulait initialement tourner au Maroc : « Mais c’était juste impossible en termes de budget. Nous avons réfléchi et avons donc décidé de tourner à Istanbul ».

Vient ensuite son dernier long métrage, « Les Aigles de la République », sorti en 2025: « Je n’étais pas naïf. Je savais qu’avec ce film je touchais à quelque chose d’encore plus sensible que la religion, c’est-à-dire l’armée égyptienne », estime le réalisateur. « L’armée détient 30 % de l’économie du pays ». Le réalisateur souhaitait encore tourner au Maroc, mais le pouvoir l’a finalement prié de quitter le pays : « J’ai eu peur, car habituellement le Maroc est l’endroit où vous pouvez faire quasiment tout. L’armée égyptienne, encore une fois, était très puissante ».

Le budget de ce dernier film est relativement conséquent, puisqu’il s’élève à 9 millions d’euros. Au départ, l’équipe souhaitait bénéficier de financements de pays arabes. « Mais le scénario du film était trop sensible », explique Alexandre Mallet-Guy, directeur général de Memento, producteur et distributeur du film. Ils comprennent finalement qu’il va falloir financer le film ailleurs : « C’est un gros budget. C’est assez difficile de trouver ce financement pour un film en langue arabe sans pour autant bénéficier d’argent de la région ». Finalement, le projet obtient des financements des pays scandinaves, mais également de la France, qui finance le film à hauteur de 30 %.

Source: Ecran Total

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