Sans attendre tous les chiffres de fréquentation de la fin de l’année, il est maintenant certain que 2025 fera moins bien que 2024 ; le dernier trimestre commence avec un retard de 20 millions de tickets vendus. Il est aussi certain que la sortie d’Avatar : de feu et de cendres, le 17 décembre, redonnera quelques couleurs aux exploitants, en tout cas ceux des grands circuits. Les deux précédents numéros de la saga de la famille Sully ont chacun rassemblé 14 millions de spectateurs. Celui-là fait le (même) boulot : courses-poursuites, bastons, méchants et méchantes, écho écolo, entre-aide… James Cameron, aux manettes, creuse le sillon de son univers fantasy coloré (en bleu surtout). Le gars sait faire et le succès sera au rendez-vous évidemment, peut-être à la hauteur de deux premiers volets, mais pas suffisant pour sabler le champagne dans toutes les salles.

L’année dernière avait sonné en grandes pompes le retour du cinéma français, à la fois en format XXL (Le Comte de Monte Cristo, L’Amour ouf) et en films moins bruyants sur le papier (Un p‘tit truc en plus, Vingt Dieux, L’Histoire de Souleyman…). L’absence de gros titres américains a fait le reste. Ce ne sera pas la même bière l’année prochaine : Hollywood annonce son retour avec fracas et il est fort à parier que la bannière étoilée va claquer haut sur le toit des cinémas : Le Diable s’habille en Prada 2, L’Odyssée, Spider- Man : Brand New Day, Avengers : Doomsday, Scream 7, Toy Story 5… Et quelques autres du même calibre. Il n’est question ici que de potentiel quantitatif ; pour la qualité il faudra attendre mais le regard porté aux films se déplacera régulièrement de l’autre côté de l’Atlantique. La frustration liée au manque de blockbusters ces derniers mois va, de fait, profiter aux Studios. Aussi parce que le traitement médiatique va plutôt favoriser ces films-là.
Il ne faudrait pas non plus s’emballer et ne penser qu’à signer des chèques de 40 M€. Les films du milieu (entre 4 et 7 M€) ont toujours leur mot à dire.
Dans cette catégorie, le cinéma français tente de se faire une place. 2026 portera notamment à l’écran une nouvelle version du Marsupilami (4 février), un De Gaulle en deux parties, Les Misérables avec Vincent Lindon en Valjean (9 décembre), et pourquoi pas Des rayons et des ombres de Xavier Giannoli. Des gros budgets et de l’ambition en long et en large pour faire le plein : ça peut payer (Le Comte de Monte Cristo), mais pas toujours (Chien 51). Le risque financier est gros et les films pas forcément exportables. Quand ce n’est pas la culture et la tradition françaises du 7ème art qui plombent les envies des cinéastes et/ou qui empêchent les spectateurs d’applaudir à ces grosses productions tricolores.
Il faut bien sûr convenir qu’aller sur ce grand terrain de jeu est une bonne chose ; on a les atouts et les artistes pour le faire. Mais il ne faudrait pas non plus s’emballer et ne penser qu’à signer des chèques de 40 M€. Les films du milieu (entre 4 et 7 M€) ont toujours leur mot à dire. Mais une étude l’UPC (Union des producteurs de cinéma), dévoilée en novembre lors des Rencontres de l’ARP, a montré la fragilité de ces films du milieu, de plus en plus déficitaires. La profession va s’attacher à trouver des solutions. Espérons qu’elle y parvienne. Après tout, c’est ce cinéma-là qui dessine le mieux, et depuis plus longtemps, la production française. Ces films vont évidemment animer l’année prochaine. On ne sait pas (encore) lesquels. C’est ce qu’il y a d’excitant. Et qui devrait donner le plus envie de retourner régulièrement au cinéma.
Source: Ecran Total