Octobre 2015 : "Dix pour cent", récit du quotidien de l'agence artistique ASK, de ses luttes de pouvoir, de ses conflits intimes, de ses démêlés avec ses poulains (François Berléand, Nathalie Baye, Françoise Fabian ou Julie Gayet dans leur propre rôle), scotche devant leur écran 5 millions de téléspectateurs sur France 2. Le chiffre et la critique, dithyrambique, entraînent aussitôt la validation d'une saison 2 et d'une saison 3 déjà en cours d'écriture. "Quand je pense que les chaînes redoutaient que la série ne fasse trop “boutique”, se souvient son producteur Dominique Besnehard, ex-figure d'Artmedia, qui a piétiné huit ans avant de parvenir à monter le projet. Aujourd'hui, il ne se passe pas un jour sans qu'on m'arrête dans la rue pour me demander : “Elle revient quand ?” Et les plus “ferrés” ne sont pas les bobos du Marais mais la ménagère de moins de 50 ans... Le public s'identifie au boulot des agents [héros ordinaires qui, entre coups de bluffet petits arrangements avec la vérité, jonglent avec l'ego, les caprices, les doutes de leurs clients, NDLR] mais aussi aux préoccupations des stars : une actrice confrontée au vieillissement [Cécile de France dans la saison 1] ou un acteur en train de perdre la mémoire [Guy Marchand dans la prochaine saison diffusée au printemps] , ça touche un peu tout le monde, non ?"

Des scènes classées "secret défense"

Une virée hivernale sur le plateau de la saison 2, dans le studio d'Aubervilliers qui abrite les bureaux d'ASK (moquette à motifs géométriques, salle de réunion, piles de scénarios entassés fournis par Besnehard), suffit à évaluer le degré d'attente. Sept journalistes de médias différents se pressent derrière l'écran de contrôle pour voir Andréa (Camille Cottin), toujours agent, toujours lesbienne et plus que jamais accro au boulot, jouer nerveusement avec son stylo. Puis envoyer aux pelotes son pote Gabriel, capable de se gaver de Yop à la moindre contrariété (Grégory Montel). Les scènes du jour étant classées "secret défense", c'est Fanny Herrero, créatrice de la série, qui éclaire nos lanternes . Elle explique en guise de zakouski :

"Sans prétendre se mesurer au nombre qu'elles atteignent dans “Game of Thrones”, il y aura davantage de séquences de sexe dans la saison 2, plus centrée sur le couple, plus de scènes de larmes aussi. Arlette [Liliane Rovère] , imprésario à l'ancienne toujours flanquée de son chien Jean Gabin, aura aussi son propre épisode et fumera des joints.

Il faudra, enfin, compter avec l'arrivée d'un nouveau personnage, Hicham Janowski, self-made-man qui a fait fortune dans les sites de rencontres à Londres et importe ses méthodes managériales chez ASK. Non, la saison est incontestablement plus dense. Nous nous autorisons davantage de choses. Avec le succès, notre rapport à France 2 a changé. Il y a, de son côté comme du nôtre, moins de fébrilité."


Côté guests, les candidatures spontanées ont afflué. "Des acteurs comme Charles Berling ou Gérard Lanvin, et cela m'a particulièrement touché de la part de Gérard, comédien très discret et tout sauf démonstratif, m'ont appelé, avoue Dominique Besnehard. J'espère les avoir dans la saison 3, tout comme Béatrice Dalle et Sandrine Bonnaire." La saison 2, elle aussi, aligne quelques pointures : Fabrice Luchini, Isabelle Adjani, Juliette Binoche, Virginie Efira, Julien Doré (personnage récurrent dans trois épisodes), Christophe Lambert (pour une apparition) ou Norman Thavaud, star du Net et du stand-up. Dominique Besnehard concède avec une certaine malice :

"Bon, Norman, on s'en doute, n'appartient pas à ma culture, mais il est drôle et sait faire preuve d'autodérision puisque nos “pensionnaires” jouent avec leur image ou l'image que le public se fait d'eux."

Dominique Besnehard a approché Isabelle Adjani au Festival d'Angoulême qu'il dirige :

"Il nous fallait une icône. Or elles ne sont que trois en France : Isabelle Huppert, Isabelle Adjani et Catherine Deneuve."

Isabelle Adjani, qui a débarqué sur le tournage sans assistant, a tout de suite accepté d'incarner son rôle, celui d'Adjani, donc, qui rêve de travailler avec un jeune réalisateur oscarisé. Ce dernier la recale au motif qu'elle aurait refusé son premier film. "Fabrice Luchini, qui a beaucoup aimé la première saison, nous a dit : “Pensez à moi”, poursuit Besnehard. Nous avons un attachement mutuel. Je l'ai connu dans ses périodes difficiles quand il sortait des bureaux de son agent Serge Rousseau, déprimé, et nous avons tourné ensemble un téléfilm de Maurice Dugowson. Il a accepté d'incarner un acteur que l'équipe d'ASK tente de capter et a magnifiquement joué le jeu en rajoutant des répliques sur les agents qui, à mon avis, resteront dans les annales."
Guy Marchand ? "C'est Jean-Louis Trintignant, avec lequel je discutais, qui m'a suggéré son nom. Il est de la trempe des Vittorio Gassman et des Ugo Tognazzi, m'a-t-il dit."

L'amour de tous les cinémas

Retour sur le plateau à l'heure du déjeuner. Au menu, crudités et discussion à bâtons rompus avec Camille Cottin, Grégory Montel et Assaâd Bouab (gueule d'ange repérée dans "Homeland" et "Braquo") qui incarne le diable : Hicham Janowski. Dans la première saison de "Dix pour cent", les deux premiers étaient inséparables, dînant ensemble et descendant une bouteille de vin pour se remonter le moral le soir. "Dans la deuxième saison, Gabriel connaît une période plus sombre et Andréa, mon personnage, le supporte mal. La perspective qu'on puisse se montrer moins performant pour des raisons extérieures au boulot la crispe", explique Camille Cottin. "Gabriel, qui entre dans une rivalité amoureuse avec Julien Doré, évolue en effet vers quelque chose de plus retors et ça me plaît", confirme Grégory Montel (trois films au compteur cette année et la série "Loin de chez nous", depuis la diffusion de "Dix pour cent"). Les agents d'ASK feront tout de même front commun contre Janowski que Fanny Herrero décrit comme "un personnage transgressif, caractériel et phallique qui se heurte à l'autre personnage phallique de la série : Andréa". Janowski, actionnaire majoritaire de l'agence, pragmatique, sans affect, privilégie le profit aux dépens de l'artistique mais il décomplexe aussi l'agence en matière de déontologie. Quant aux seconds rôles - Laure Calamy et Nicolas Maury, les assistants d'ASK -, ils s'étoffent. Les deux acteurs viennent du cinéma d'auteur (Philippe Garrel ou Alain Guiraudie). Ce brassage montre l'amour du cinéma, de tous les cinémas, à l'œuvre dans "Dix pour cent", qui sait juxtaposer des visages, des corps, des énergies variés et anticiper l'actualité : l'an dernier, les lignes de force ont bougé parmi les agents français, notamment à Artmedia, la plus grande écurie française, qu'Elisabeth Tanner, dont le personnage d'Andréa est largement inspiré, a quitté.

On reproche parfois à "Dix pour cent" sa bienveillance, sa valorisation du métier, voire son art de l'évitement - la série se tient à distance des sujets qui fâchent : salaires des acteurs, violence du métier. "Mais si on le faisait, cela effraierait les guests, souligne Fanny Herrero, et la personnalité de Dominique Besnehard donne un ton empathique au projet. Cela ne nous empêche pas de prendre le temps de chercher la pépite, la petite saillie, la réplique qui mord."

"Dix pour cent" a été vendue à Netflix. Le Québec en a acheté les droits de remake sous le titre "Call My Agent". Les Etats-Unis s'y intéressent. "Directeurs de casting, scénaristes, producteurs... Il y a derrière cette aventure, où tout le monde a su s'asseoir à la même table, un travail de démocratie participative formidable, conclut Dominique Besnehard. Comme si ce que l'on n'avait pas fait avec Ségolène [Royal, dont il tomba amoureux, qu'il coacha dans sa campagne électorale pour la présidentielle de 2007 avant qu'elle ne le liquide dans un communiqué cinglant, NDLR], nous l'avions réussi avec “Dix pour cent”."

Virginie Efira : "“Dix pour cent” joue sur le réel"

TéléObs. Quand avez-vous découvert "Dix pour cent" ?

Virginie Efira. Après tout le monde. Mais j'ai avalé la série d'une traite. Evidemment drôle, elle trimbale aussi une mélancolie, sait créer des moments "de rien" entre les moments de vie. Le spectateur adopte très vite ces agents doués d'une passion commune. Il a pour eux un attachement qui ne reste jamais extérieur.

Avez-vous demandé à "en être" ?

- Non, j'ai juste croisé Dominique Besnehard qui m'a fait cette proposition. Je me suis alors demandé si l'idée n'était pas un peu trop "banale" : j'avais déjà tenu mon propre rôle dans "Off Prime", une série diffusée sur M6, et courais le danger de me répéter. Le comique de situation m'a convaincue, et puis c'était assez chouette de travailler l'interprétation avec Fanny Herrero qui est une amie d'amis. Si les auteurs gardent la maîtrise du scénario, ils ont une grande capacité d'écoute. On sait qu'on peut y aller. On se sent libéré.

Quel est votre rôle ?

- Mariée à Ramzy Bédia, cantonnée à des comédies romantiques et dépressives, je pète les plombs lors d'une interview où je profère des choses assez épouvantables sur le film que je suis censée défendre. J'adore Ramzy, je voulais qu'il soit mon partenaire. J'aime interpréter les scènes comiques le plus sérieusement du monde, épuiser leur efficacité. Et Ramzy a le don de dépasser les dialogues.

Cette Virginie Efira-là vous ressemble-t-elle ?

Oui et non, "Dix pour cent" joue sur un réel existant, même si la façon dont les autres vous perçoivent vous échappe toujours un peu. Mais mettre en avant l'intime au profit d'une notoriété commune, comme nous le faisons avec Ramzy dans l'épisode dont nous sommes les guests, m'est parfaitement étranger. Mon agent ne gère pas les événements d'ordre privé, seulement mes contrats. Je revendique une certaine autonomie [elle sourit] et il n'est pas mon papa.

Source : Sophie Grassin / L'Obs
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