Photo : Bruno Cyril/ABACA



Il aurait aimé mourir sur scène. Michel Galabru s'est éteint au petit matin, lundi, dans un hôpital de la région parisienne. Il avait 93 ans. Il avait été très affecté par le décès de son frère médecin et de sa deuxième femme, ancien juge d'instruction, qui avait lutté des années contre la maladie.

En novembre dernier, Michel Galabru avait dû annuler les représentions de deux spectacles. Le Cancre où, seul en scène dans son théâtre de Montmartre, il racontait son parcours, ainsi qu'un spectacle Pagnol, Jofroi, qu'il devait jouer en tournée.

Il y a deux ans à peine, Galabru était en tournée avec La Femme du boulanger, de son auteur fétiche, qu'il avait lui-même mise en scène. Le public plébiscitait le comédien dont la faconde et la truculence seyaient si bien au cocu magnifique. Galabru avait aussi prêté sa verve à Jules Raimu au côté de Philippe Caubère en Marcel Pagnol. «On est des intermittents du spectacle, nous ne savons jamais où on va tomber», philosophait-il. Sa devise était «tenir le coup!».

Né le 27 octobre 1922, à Safi au Maroc, d'un père ingénieur des ponts et chaussées et d'une mère au foyer, le jeune Michel est scolarisé dans un pensionnat religieux de Montpellier, mais rêve de devenir footballeur professionnel. À 15 ans, dernier de sa classe, il devient, grâce à une tante passionnée de théâtre, fan d'un autre cancre: Sacha Guitry.

C'est son admiration pour le dramaturge qui l'entraînera sur scène à Paris. L'adolescent s'habille comme son idole, porte des bagues de cuivre, marche avec une canne, rêve enfin d'être «auteur et acteur».

Michel Galabru n'était pas peu fier de rappeler qu'il avait décroché un premier prix au Conservatoire et avait eu Louis Jouvet pour professeur. Il l'imitait d'ailleurs parfaitement: «Bizarre, vous avez dit bizarre…», répétait-il, rigolard. Et plus sérieusement: «Il avait dit beaucoup de bien de moi.» En 1950, à 26 ans, Galabru entre à la Comédie-Française. Il y débute en interprétant George Dandin, de Molière. Sa prestation est saluée par Pierre Brisson, alors directeur du Figaro. Travailleur infatigable, Galabru passera sept années dans la Maison de Molière, qu'il quitte en 1957. Sans regrets. Suzanne Flon l'intègre dans sa troupe pour jouer La Mégère apprivoisée, avec Pierre Brasseur et Jean-Paul Belmondo.

Les années suivantes, le comédien, qui s'est toujours considéré avant tout comme «un homme de théâtre», s'illustre à la télévision, - en particulier dans le costume de Nestor Burma, dans de grandes dramatiques, et au cinéma. «Je préfère le cinéma car ça rapporte plus d'argent, le théâtre c'est correct, mais pas considérable», disait-il volontiers. Il se distingue ainsi dans La Guerre des boutons et surtout dans la tenue de Gerber, du mémorable Gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault, avec Jean Lefebvre et Louis de Funès (1964), premier opus d'une série qui marque les annales du 7e art. «À l'époque, on disait que nous étions des pitres, aujourd'hui, on offre les DVD des Gendarmes aux enfants!», avait-il constaté.

Michel Galabru regrettait souvent que le public le considère toujours comme le personnage de Gerber, qu'il confondait d'ailleurs avec celui de Cruchot (celui de Louis de Funès). «Je serai éternellement le ringard des gendarmes de Saint-Tropez, déplorait-il. Rien n'est jamais acquis… je ne suis pas Belmondo ou de Funès ; j'ai été le Poulidor du théâtre…».

Un acteur remarquable et remarqué

Pourtant, ce bourru profondément généreux, gourmet et gourmand, aurait aimé être un «auteur dramatique» et même créer une école pour former des jeunes pousses dans tous les domaines (théâtre, musique, peinture,…). Orgueilleux, il préférait attendre que son téléphone sonne plutôt qu'aller au-devant des rôles. S'il parlait souvent des nombreux «navets» qu'il avait tournés, il expliquait aussi qu'il dépensait plus qu'il ne gagnait et qu'il s'était «bien marré» sur les plateaux. Pour continuer à percevoir les cachets des Gendarmes, il refuse Le Nombril, la pièce de Jean Anouilh, dont il crée toutefois Les Poissons rouges. «On n'est jamais sûr de finir le mois», lançait-il, jovial.

Michel Galabru attendra vingt-cinq ans pour avoir un personnage à sa mesure sur grand écran: le meurtrier dans Le Juge et l'Assassin, de Bertrand Tavernier (1976). Un rôle d'abord destiné à Jacques Dufilho et qui lui vaudra le césar du meilleur acteur. François Truffaut ne s'était pas trompé: «Ce garçon, quand on lui donnera un beau rôle, il fera un malheur.»

Michel Galabru enchaîne ensuite avec un petit rôle dans Section spéciale, de Costa-Gavras (1975). Et plus tard, L'Été meurtrier, de Jean Becker (1983). À la télévision, il est remarquable dans Les Disparus de Saint-Agil, où il succède à Michel Simon (1991). Mais chassez le naturel comique et il revient au galop. Michel Galabru cumule de nouveau les comédies: Les Sous-doués, de Claude Zidi (1980), Papy fait de la résistance, de Jean-Marie Poiré (1983), La Cage aux folles, avec Michel Serrault (1978 et 1985). Impossible de les citer toutes!

Au théâtre, il casse la baraque avec Le Bourgeois gentilhomme, de Molière (1994), puis, déjà La Femme du boulanger. En 2004, il joue, avec sa fille Emmanuelle et son fils Jean, sa pièce fétiche, Les Rustres, de Carlo Goldoni, sous la férule de Francis Joffo. Une comédie qu'il avait créée dans une mise en scène de Roger Mollien et de Jean Vilar dans la Cour d'honneur du Palais des papes, au Festival d'Avignon, en 1961.

En 2008, à 85 ans, «à un âge où je pouvais ne plus rien espérer», confiait l'ex-pensionnaire du Français, Michel Galabru est couronné par le molière du meilleur comédien pour Les Chaussettes, opus 124, de Daniel Colas. La même année, Dany Boon pense à lui pour Bienvenue chez les Ch'tis et Laurent Tirard l'engage pour Le Petit Nicolas. Gérard Desarthe l'a comparé à Harry Baur, Raimu et Carette. Modeste, l'intéressé estimait qu'il n'était pas de leur trempe.

Source : Le Figaro - Nathalie SIMON
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