Le cinéma n'est pas globalement dans une phase très inspirée. Pourtant, parfois, contre toute attente, on tombe sur une bien jolie surprise. C'est le cas pour le premier film de Kheiron, "Nous trois ou rien", qui sort ce mercredi 4 novembre.





Entre blockbusters formatés, films de super-héros à la chaîne, énièmes resucées de franchises dont on attend plus grand chose, reboots de retours de fils de la vengeance, films dit "d'auteurs" ennuyeux à mourir ou comédies lourdingues, peu de pellicules donnent vraiment envie de payer sa place dans une salle obscure. Surtout si c'est pour finir entouré d'ados qui gloussent, d'enfants qui chouinent et d'adultes qui machouillent du popcorn bruyamment entre deux appels sur leurs portables.

Le cinéma français n'échappe pas à la règle. On ne sait qu'inventer, entre de pâles copies de polars américains, des films tellement intimistes qu'on les croirait filmés avec un portable par nuit de brouillard, ou un Kev Adams en sarouel. "Nous trois ou rien" n'est pas de ces films.

Humour et vivre-ensemble

Il vous faut d'abord complètement oublier ce que vous avez vu ou pu lire sur Kheiron. Rien à voir avec son rôle de double maléfique de Kyan Khojandi dans la série "Bref "ou ses performances de stand-uper.

Kheiron s'est attaqué à un sujet et une histoire très personnelle : celle de sa famille.

Il raconte dans le film le trajet d’un petit village du sud de l’Iran, en passant par la résistance anti-Shah, puis anti-Khomeyni, jusqu'aux cités parisiennes de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels idéalistes et optimistes, jusqu'au bout.

Le tout, dans une comédie douce-amère aux airs de conte universel sur la tolérance, la résilience, l'humour et le savoir vivre tous ensemble.

Émouvant sans être pathos

Je ne vais pas vous livrer une analyse technique du film car il se regarde avec les yeux et surtout avec le coeur.

C'est drôle, toujours drôle, formidablement drôle, même dans les moments les plus lourds.

Émouvant sans jamais tomber dans le pathos, bien reconstitué avec vêtements et ambiance des années 70 dans un Iran mal connu des "occidentaux". Le stylisme rappelle un peu celui du film "Argo" de Ben Affleck si on peut les mettre en parallèle. Même période, même pays mais situation traitée de façon totalement différente. Reconstitution historique pour l'un, souvenirs de famille pour l'autre.

Avec une pléiade d'acteurs connus et moins connus, toujours justes, même si Gérard Darmon dans le rôle du beau-père d'Hibat cabotine un peu, mais c'est parfaitement raccord avec son personnage.

Et quelques apparitions particulièrement savoureuses comme Alexandre Astier incarnant un Shah d'Iran décalé, Kyan Khojandi ou encore la surprenante Camélia Jordana qu'on attendait pas du tout dans ce registre.

Les deux acteurs principaux Kheiron et Leila Bekhti, sont, quant à eux, parfaitement juste et crédibles dans les rôles d'un couple amoureux fous et prêts à tout pour vivre leur idéal, quelques soient les difficultés sur leur route.

Un coup de maître

Dans ces temps d'actualité lourde sur les réfugiés à travers le monde, ce film est une bulle de fraîcheur et une magistrale claque à tous les rageux qui voudraient fermer les frontières. Il enseigne que la richesse vient de l'ouverture et non du repli sur soi qui n'est jamais, et n'a jamais été, une solution.

On peut peut-être juste lui reprocher une vision un peu "angélique" des banlieues. Mais, comme le disait l'auteur dans sa conférence post-projection :

"C'est ma vision, c'est ce que je ressens, c'est ce que j'ai vécu."

Si je n'ai qu'un avis cinématographique à donner cette année, c'est celui de courir voir ce film qui vous fera sortir de la salle le sourire aux lèvres (et peut-être une petite larme au coin des yeux).

Il est du même gabarit – et on lui souhaite le même avenir – que "Guillaume et les garçons" voire "Intouchables".

Mister Kheiron, merci et félicitations. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître.

Source : Le Nouvel Obs - Emanu124 Manu * Chroniqueuse médias people
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