Un tournage marqué par un moment fort: aux côtés des acteurs se sont mêlés des initiateurs de la marche, l'originale, de 1983. Au mois d'avril, ils se sont rassemblés à Lyon pour tourner des scènes du film. «C'est émouvant de les voir là, et motivant de reprendre le flambeau», confie Olivier Gourmet. L'acteur, récemment à l'affiche de La Tendresse, campe le rôle de Christophe Dubois. Ce prêtre, qui accompagne les jeunes dans le cortège, est un personnage inspiré du père Christian Delorme. Figure véritable de la marche de 1983, il a joué un rôle moteur dans l'aventure.

Acteurs et marcheurs réunis

La rencontre a marqué tant les acteurs que les marcheurs «Ils ne s'attendaient pas du tout à ce qu'on fasse un film sur eux», s'étonne Nader Boussandel, qui interprète l'un des premiers marcheurs. Charlotte Le Bon, dont le personnage est embarqué dès le départ dans le cortège, a été marquée par les photos d'archives conservées par les marcheurs. «C'était complètement dingue le bain de monde qui se déplaçait pour pouvoir soutenir les marcheurs», explique-t-elle. Quant à Tewfik Jallab, l'un des rôles principaux, il a rencontré Toumi Djadja, celui qui a inspiré son personnage: Mohamed, jeune pacifiste de la banlieue lyonnaise qui cite Gandhi et Luther King, et est à l'origine de la marche. «C'est fantastique qu'on puisse coucher sur la pellicule cette histoire», estime Toumi Djadja. Pour lui, cette épopée pour l'égalité «rentre forcément dans l'Histoire de France».

«Ils se sont vus il y a trente ans»

Dans le film de Nadil Ben Yadir, les acteurs recréent la «Marche des beurs».

Du côté des marcheurs historiques, militants lambda devenus personnages de film, la rencontre a suscité de l'émotion. «C'est plein de petites choses qui reviennent», explique Patrick Henry, ému de voir ce groupe autour de lui. «Pour eux, ça a été aussi un grand moment», résume l'acteur Philippe Nahon. «Ils se sont peut-être vus il y a trente ans.» La Marche raconte l'histoire d'un groupe de jeunes, énervés par la montée du racisme. Après un affrontement sanglant avec des policiers dans la banlieue de Lyon en 1983, ils décident de réagir. Accompagnés par le prêtre Christian Delorme, il se lancent dans un périple pacifique. Deux mois et mille kilomètres plus tard, ils se retrouvent à Paris. D'une dizaine, ils sont passés à cent mille personnes.

Un mouvement qui préfigure la création de SOS Racisme

Un succès au-delà des espérances pour la «Marche des beurs», qui permettra à une délégation d'être reçue par François Mitterrand. Ils obtiendront du président la création d'une carte de séjour et de travail d'une durée de dix ans. Leur mouvement, aussi embryonnaire soit-il, préfigure la naissance de SOS Racisme, un an plus tard. La main en avant présente sur les affiches rappelle d'ailleurs celle de «Touche pas à mon pote».

Parmi les acteurs à l'affiche, Jamel Debbouze incarne un personnage facétieux. Celui qui présente le film comme une «très belle, triste et joyeuse histoire vraie», s'est fait l'ambassadeur du long-métrage, tout en refusant de dépeindre une France xénophobe et hostile. «Il y a du racisme en France, mais la France n'est pas raciste», déclarait-il récemment à l'AFP. «En 1983, les immigrés, ou en tout cas les Maghrébins surtout, mouraient tous les deux-trois jours à cause de crimes racistes, ce n'est plus le cas aujourd'hui», ajoute-t-il, jugeant important de mettre l'accent sur «ces gens qui ont fait un acte d'amour et de fraternité pour la France absolument dingue».

Source : Le Figaro
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