Après cinq semaines de préparation et dix-huit semaines de tournage en deux saisons, hiver et été, enfin, ce 11 septembre, nous avons fini le film de Belkacem Hadjadj en Algérie dans le territoire Kabyle.

Il s’agit d’une grosse production algérienne, subventionnée par l’Etat, sur une figure historique de ce pays, la résistante kabyle Lalla Fadhma N’soumer. Il s’agit d’une femme qui a organisé et mené la résistance face à l’invasion française en 1840 que les historiens surnomment la " Jeanne d’Arc kabyle ".

C’était un long tournage dans des décors magnifiques mais dans des conditions très dures, identiques à celles que mon collègue Yves Cape a si bien décrit dans son carnet de bord.

L’organisation était chaotique, nous mangions très mal, il y avait peu de techniciens expérimentés, donc tout devenait très dur à mettre en place et surtout cela demandait un effort supplémentaire constant. Sans parler de l’escorte militaire qui nous suivait partout. Nous avons eu le droit à vingt véhicules et deux fois plus de Kalachnikovs, plus un déploiement de forces spéciales pour les dix Français de l’équipe… Autant vous dire qu’en fin de journée, il ne fallait pas être trop pressé pour rentrer chez soi. Cependant, faire des images là-bas était un pur bonheur. Les décors étaient superbes, il y a eu un très bon travail sur les costumes malgré mes constantes railleries quant à la patine, et nous avons eu de bons acteurs très coopératifs.

Mon plus grand souci sur ce film concernant la lumière était bien évidemment le matériel. Il a été certes plus facile pour nous de ramener le matériel de France, que de le monter sur nos décors souvent à grande altitude et dans des lieux très peu accessibles, tout comme le courant électrique. Autant vous dire que les mulets ont désormais une phobie des pieds en aciers, du bras Aérocrane et de la tête Mosys ! Heureusement pour eux que nous n’avions pas de gueuses, même si on les réclamait depuis le deuxième jour du tournage, nous ne les avons jamais eues ! Nous avons fait quelques branchements mais parfois la tension dépassait à peine les 200 V.

Dans un film où les 80 % sont des extérieurs et avec des contrastes souvent très importants, je devais me battre constamment avec mes panneaux réflecteurs et le cadre 4 x 4, d’autant plus que mon 6 kW ne voulait jamais s’allumer ! Cependant, dans ce film, il y a quelques scènes intérieures ambiance bougies. Où là, j’ai utilisé beaucoup les boules chinoises comme à mon habitude (et en tant que fan de Philippe Rousselot).

Ma méthode de travail sur ce film est celle de la simplicité, car les problèmes autour sont nombreux ! J’ai eu la chance d’avoir avec moi un très bon chef électro, Pierre Bonnet, qui arrivait tant bien que mal à faire face à cette jungle à laquelle nous étions confrontés le plus clair de notre temps. Pour ce qui est de la caméra, je suis parti dans cette aventure avec une Sony F3 en LOG et un enregistrement sur Gemini 444 non compressé. J’ai été agréablement surpris par le S-log qui me donne une très bonne aisance avec les hautes lumières et aussi par la sensibilité de la caméra dans les basses lumières.

J’ai été aussi très content du rendu des peaux que j’ai obtenu dans cette configuration. Pour les optiques, j’ai utilisé une vieille série russe Lomo ainsi qu’un très beau zoom Lomo. J’ai eu aussi avec moi une série Zeiss GO que je pensais utiliser pour les nuits mais les 800 ISO de la caméra les ont fait rester au camion. Là aussi, j’ai été très bien aidé par mon premier assistant caméra qui n’est autre que mon fils et c’est un soulagement pour moi de faire un film dans de telles conditions avec lui.

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