Après deux ans de tempête, EuropaCorp sort la tête de l'eau et annonce des développements tous azimuts. Le studio profite d'abord d'une situation financière restaurée. Il y a un peu plus d'une semaine, son directeur général Christophe Lambert, qui tient désormais les rênes de la société, annonçait un résultat net de 20 millions d'euros après un simple timide équilibre l'année précédente. De plus l'augmentation de capital d'EuropaCorp lancée en février dernier pour 23,2 millions d'euros a été un succès «puisque sursouscrite de 147 % par le marché».




«Nos fonds propres ont augmenté de 48 %, soit 49 millions supplémentaires. Ces derniers s'établissent désormais à 151 millions d'euros», compte Christophe Lambert qui rappelle qu'«EuropaCorp a la caractéristique de ne pas être endetté.» Une situation qui, avec les bons résultats, salués en Bourse la semaine dernière, a permis de rétablir la confiance des neuf banques finançant la ligne de crédit nécessaire à la production des films. Le studio de Luc Besson dispose désormais d'une capacité d'investissement de 120 millions renouvelable automatiquement et ce pour une durée de quatre ans. De quoi lui permettre de tenir ses engagements d'une douzaine de films par an dont trois à quatre films de langue anglaise, autant de films français réputés à «fort potentiel», c'est-à-dire bénéficiant de budgets élevés, mais aussi des premiers films.

«Blockbusters»

Pour son année fiscale qui débute en juin, EuropaCorp prévoit ainsi des blockbusters très attendus: Lucy, avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman, un thriller d'anticipation «à très grand spectacle» réalisé à grands frais d'effets spéciaux et qui sera le film le plus cher jamais produit par l'enfant prodige du cinéma français ; Malavita, avec Robert De Niro et Michelle Pfeiffer dont le premier opus était sorti il y a deux ans, est attendu pour le mois d'octobre ; le prochain Tommy Lee Jones avec Meryl Streep notamment, The Homesman, est en tournage ; ainsi que Taken 3, le troisième épisode de la juteuse franchise dont le budget approche les 70 millions d'euros.

Mais l'embellie d'EuropaCorp lui permet surtout de mettre l'accélérateur sur d'autres activités très consommatrices de cash, comme l'exploitation de films en salle.

Développement d'une dizaine de multiplexes

En ligne de mire du studio, le développement d'une dizaine de multiplexes dits de nouvelles génération d'ici à dix ans. «Les deux premiers - ceux de Roissy et de Marseille - seront financés sur nos fonds propres à hauteur d'une quinzaine de millions d'euros grâce à l'augmentation de capital. Car il faut déjà être propriétaire de cinémas pour bénéficier des aides à l'exploitation. Les prochains pourront être financés par la dette, d'autant que cette dernière sera adossée à l'exploitation en salle dont les revenus ont la vertu d'être solides et récurrents.»

Fortement critiqué pour ce développement, et souvent raillé par ses concurrents historiques que sont Pathé, Gaumont ou UGC, Christophe Lambert estime lui qu'«il n'existe aucun studio stable sans activité de diffusion. Cette dernière permet de lisser la volatilité de l'activité de production de films qui restent nos vrais actifs». Le point mort est prévu pour Roissy dès la deuxième année d'exploitation et fixé à 700 000 entrées.

En attendant, la télévision constitue l'un des principaux relais de la rentabilité du groupe. EuropaCorp produit actuellement 4 séries dont Le Passager, No Limit, Taxi et La patrouille perdue, et en développe pas moins de six pour la plupart des grandes chaînes françaises y compris Arte.

EuropaCorp maintient son objectif de voir la télévision représenter, à l'horizon de deux ans, 30 % du chiffre d'affaires du groupe. Qu'il s'agisse du cinéma comme de la télévision, EuropaCorp cultive une seule obsession, celle de réduire l'écart qualitatif entre les productions françaises et américaines.

Source : Paule Gonzales / Le Figaro
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