Voleur d’économies, voleur de passeport, voleur en somme à qui le destin a aussi volé sa chance. « L’odeur de la France » une odeur de réussite et de « Pigalle » son cousin Farid la porte à sa place, lui dont le père est parti au bon moment, lorsque la main d’œuvre ouvrière faisait tourner la machine des trente glorieuses.

Depuis pour les algériens, les visas ont laissé place aux « regrets ». « Regrets » en référence à la tournure de phrase choisie par l’administration française pour notifier aux candidats à l’immigration le refus auquel se heurtent leurs demandes. « Nous avons le regret de vous informer que votre demande n’a pu... » … Aboutir ? Qu’à cela ne tienne, ils rejoindront la France clandestinement. Ils, ce sont les hommes du village attablés pour certains au Café Secteur, une échoppe qui devient sous le regard du réalisateur Hamidi un laboratoire.

Le voleur (parti en France avec l’identité du cousin Farid, venu sauver la maison familiale) y côtoie l’intello, qui « sait tout de la politique », les muets, statiques sur leurs chaises ou encore le rigolo, Fatah (Fatsah Bouyahmed) ; personnage secondaire dont l’insignifiance contient l’essence du film ; traduire l’exil, la fêlure par l’anecdote. Plus vraie qu’un grand discours, plus acerbe que les petites piques, elle envahit la trame dans un éclat de vérités.

Manifester ? En Algérie c’est dans la cuisine que ça se passe, avec sa femme et ses enfants mime Fatah. Comment on dit « intimité » en arabe ? C’est simple, « ça n'existe pas » poursuit le réceptionniste du Café Secteur avant de faire l’unanimité avec son « plaquage de mouton » parmi les spectateurs du cinéma André Malraux de Bondy (93), lors de la dernière projection du film en présence des comédiens.

Dans la salle tous rient aux éclats. Tous attendent Jamel. Nordine Nabili, qui anime la soirée de joyeux youyou, promet quant à lui une surprise. L’actuel président du Bondy Blog - fondé par Mohamed Hamidi, lorsque des journalistes suisses de l’Hebdo se sont installés en banlieue pour couvrir de l’intérieur l’embrasement de nombre d’entre elles en 2005 – rappelle les nombreuses «casquettes à l’envers» du réalisateur ; professeur d’économie à Bobigny, musicien dans un groupe de funk, animateur de l’association Alter-Egaux etc.

Acclamé par les jeunes, les mères, les bondy blogeurs dont les chemins ont pour la plupart croisé le sien, Hamidi, l'enfant de Bondy est sur scène, chez lui, aveuglé par les projecteurs, assourdi par les applaudissements. Sa réussite fait du bruit, son engagement sert de modèle comme le rappelle Malik Bentalha, l'un des comédiens du film : « Mohamed Hamidi me parle plus de Bondy que de ses enfants » raille l’humoriste avant de rendre hommage à un « amoureux » de sa ville.

Lui bien sûr « n’est pas énormément touché » par le film, étant « brésilien ». Ironique, mordant, il rappelle la spontanéité d’un Jamel. Ce dernier se cache-t-il derrière la porte qui s’ouvre ? La surprise arrive enfin.

Justin « Hamilton », Justin « Hmidou » fait son entrée. Né quelque part est quant à lui sorti en salles depuis le 19 juin.

Source : Marianne / Patricia NEVES
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