...qui ont débarqué pour l’occasion sous les masques des Anonymous. C’est dire combien la prudence est de mise quand il s’agit de discuter des éventuels dysfonctionnement des préachats de films par Canal +, soupçonné de favoriser une certaine surconcentration des financements.

Selon Manuel Alduy, l’accusation est fausse. "L’élément nouveau, c’est qu’il y a énormément de projets et de nouveaux entrants producteurs et réalisateurs pour un nombre de préachats assez stable. Nous recevons plus de projets chers et moyennement chers car il y a une concurrence plus forte sur les films ambitieux et certains distributeurs ont envie d’avoir des films plus événementiels. La pression sur les films les plus fragiles parmi les plus chers est donc plus forte. Depuis quelques années, nous avons privilégié la revalorisation des montants de préachats quelle que soit la taille des films. Une partie de la profession nous dit que ce serait mieux d’augmenter le nombre de préachats, mais cela aurait de l’impact sur le niveau moyen des préachats. Il est plus facile de dire oui que de dire non, mais il ne faut pas paupériser."

Le responsable du cinéma de Canal + qui a souligné que "les producteurs habitués à produire cher ont du mal à le faire à moins" a aussi pointé la création d’une bulle inflationniste sur une trentaine de projets susceptibles d’intéresser TF1 et M6. Il a également rappelé que tous les films ne supportent pas le choc du prime-time et que préacheter pour diffuser la nuit ne rendrait service à personne. "Chaque année, Canal + a besoin d’une douzaine de films événementiels. Certains ne sont pas chers, mais la plupart sont très chers. Mais nous n’avons pas d’alternative car il ne faut pas se voiler la face : nous avons besoin de ces affiches pour concurrencer le cinéma américain."

Sur la question précise des films à moyen budget et d’un certain type de cinéma dont les projets seraient moins bien accueillis chez Canal + d’après les représentants des associations de producteurs indépendants présents à Dijon, Manuel Alduy a rejeté fermement l’argument sur le plan du nombre de préachats (stable selon les catégories de budgets) et souligné que les films à budget moyen sont aussi les plus fragiles sur d’autres sources de financement. Il a néanmoins rappelé quelques vérités incontournables : "l’historique de box-office des groupes ou des distributeurs indépendants est un facteur très favorable dans la valorisation du projet apporté par le producteur", "les rapports producteurs - chaînes TV sont nécessairement différents entre les producteurs qui ont trois projets dans l’année et ceux qui en ont un tous les deux ans, mais aussi avec les producteurs qui vont prendre le risque de faire sortir les films en salles."

Le sujet d’une éventuelle surconcentration des financements n’a donc pas livré tous ses secrets. Comme l’énonce l’adage, il n’y a sûrement pas de fumée sans feu, mais la stratégie de Canal + est également à prendre en considération étant donné son rôle moteur dans le financement du cinéma français. Le simple fait d’avoir fait émerger le débat sur la place publique fera certainement réfléchir les différents protagonistes.

Source : Fabien LEMERCIER / CINEUROPA
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