Sortez vos habits de lumière et dépoussiérez vos boules à facettes car l'icône absolue du courant yéyé, notre Cloclo national a enfin droit à un biopic à lui, rien qu'à lui.

En effet, l'auteur survolté de "Magnolia Forever" et pape incontesté du disco à la française s'est éteint il y a déjà près de trente ans, mais continue de fasciner, et pour cause : qu'il s'agisse des ses cultissimes chansons populaires, de son brushing canin, de son caractère volcanique et obsessionnel ou de ses pas de danse défiant la gravité, tout ou presque est inscrit dans l'imaginaire collectif hexagonal.




Un personnage complexe et lumineux

Son destin, tragique et flamboyant méritait amplement sa transposition filmique, car Claude François était plus que le chanteur sautillant des années Pompidou, il était un personnage complexe et lumineux, comme les aime le grand écran.

Ainsi et même si le cinéma s'est déjà rappelé à son bon souvenir, avec l'hommage potache et diablement inspiré qu'était le "Podium" de Yann Moix, il paraissait, de fait, compliqué d'aborder le mythe Cloclo au premier degré, tant l'aura kitch qui entoure son œuvre le poursuit outre tombe. Pourtant, c'est la mission qu'a accepté le réalisateur Florent Emilio Siri ("Nid de guêpes", "Otages"), ordinairement catalogué aux productions musclées.

Dire qu'il était casse-gueule d'évoquer Cloclo et ses Clodettes sans sombrer dans le ridicule le plus total serait un euphémisme. Pourtant, Siri parvient habilement à contourner cet écueil et implique son spectateur de la première à la dernière minute. Pour ne rien gâcher, le ton employé par le film est d'une telle justesse qu'il rend vraiment justice à la complexité du chanteur, avec le recul nécessaire.

Un mythe égratigné

Au rayon des défauts, on notera, certes, quelques facilités scénaristiques, une distribution pas très inspirée et de petites longueurs (2h30 quand même) mais l'essentiel n'est pas là. Si Cloclo reprend à son compte les codes du biopic, avec, comme d'habitude, le passage obligé sur l'enfance de l'artiste jusqu'à sa consécration, il n'hésite pas à égratigner le mythe.

Ainsi, le personnage est présenté comme un individu finalement assez antipathique mais dont le charisme, les névroses et la "voix de canard" provoque une fascination sans bornes. En d'autres termes, Claude François est dépeint tel qu'il était : maniaque, mégalomane, misogyne, colérique, impulsif et fragile. A ce sujet, l'interprétation de Jérémie Renier, constamment sur le fil du rasoir, est troublante de mimétisme, et on a peine à croire qu'il s'agisse de cinéma.

De prime abord, ce qui surprend le plus, c'est la mise en scène. En effet, rarement on aura vu sur notre territoire une telle maîtrise des cadres (Siri évoque les scopes de Carpenter) et une telle virtuosité des mouvements. La photographie, aux petits oignons, renvoie, elle, au technicolor, dans son utilisation très pop des couleurs, qui vient magnifier des plans déjà proches de la perfection.

Une reconstitution historique globale bluffante

Si on pense au "Boogie Nights" d'Anderson (un autre biopic), c'est parce que les plans-séquences qui jalonnent cette œuvre sont, à l'instar du film précédemment cité, simplement ahurissants et jamais gratuits, d'autant qu'ils participent au propos portés par le métrage. En outre, le film ne laisse aucun répit et, bien aidé par un budget confortable, enchaîne les péripéties, les décors titanesques et les destinations à la vitesse de la lumière.

A ce titre, la reconstitution historique globale est bluffante, si bien qu'il nous arrive de nous demander si l'on regarde un biopic ou bien un documentaire intimiste sur la star. Car dans Cloclo les références pleuvent, le film se permettant même de piocher dans différents genres cinématographiques pour offrir une expérience inédite au public. Même la fameuse scène de la douche est parcourue d'un vrai malaise et vous glacera le sang à coup sûr.

Néanmoins, ses talents de showman, son charisme magnétique et sa compréhension avant-gardiste du star system forcent évidemment l'admiration car ils ont fait sa renommée, mais c'est son existence, faite de grandeurs et de décadences, qui méritait bien les honneurs du grand écran. Or, quand c'est Siri qui s'en charge, l'hommage se transforme en louanges.

Conclusion

Artiste maudit mais certainement pas mal aimé, Claude François hérite, trente ans après sa mort, d'une retranscription cinématographique à sa démesure. Film ambitieux et petit chef d’œuvre du genre, ce "Cloclo" ravira les fans de la première heure, comme les néophytes du chanteur. Cloclo, l'homme qui voulait rester dans la lumière, y restera désormais pour l'éternité, avec une belle paire d'ailes blanches dans le dos. A quand le biopic de Mike Brant ? En tout cas, on a déjà trouvé le titre du film : Fais comme l'oiseau !

Source : Lucas MARIN - http://leplus.nouvelobs.com
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