Les amateurs de foot français avaient comme date de référence le 12 juillet 1998, date de la première victoire de notre pays en Coupe du Monde. Pour le cinéma français, c'est celle du 26 février 2012 qui rentrera dans l'histoire, celle de The Artist. On se souviendra en effet longtemps que ce jour-là un film français s'est hissé sur le toit du monde cinématographique en remportant cinq Oscars: film, réalisateur, acteur, musique et costumes. Notre pays est ainsi le premier, non anglo-saxon, a décroché la statuette du meilleur film. Cette soirée prouve que décidément le septième art est le lieu de tous les rêves et de tous les renversements de situation.





Les rêves? Ceux de Michel Hazanavicius, l'amoureux du cinéma, l'homme du Grand Détournement qui a eu l'idée de cet hommage au Hollywood des années 30. Les renversements de situation? Celles qu'il a rencontrées pour que ce film puisse voir le jour, les refus de producteurs qui ont jugé impossible la viabilité d'un film en noir et blanc et muet (on se demande encore comment Mandarin, producteur des pourtant déjà gonflés deux épisodes d'OSS 117, a pu ne pas foncer tête baissée dans ce projet) jusqu'à ce que Thomas Langmann y mette toute son énergie puis sa foi suivi plus tard par Harvey Weinstein et porté par un fabuleux accueil cannois couronné d'un prix pour Dujardin.

Dujardin mieux que Depardieu, Boyer et Chevalier

Favori des bookmakers, The Artist offre donc à Hazanavicius le doublé film- réalisateur pour lequel il a battu des pointures comme Scorsese, Spielberg et Malick et a résisté au retour de l'outsider La couleur des sentiments. Il est le deuxième metteur en scène française à recevoir la récompense suprême de meilleur réalisateur après Roman Polanski pour Le Pianiste en 2003. Mais pour son interprète principal, son George Valentin, il s'agit bel et bien d'une première. Maurice Chevalier, Charles Boyer et Gérard Depardieu avaient déjà été nommés dans la catégorie du meilleur acteur. Mais celui qui a dû s'incliner vendredi aux César face à Omar Sy, n'a pas déjoué les pronostics et repart avec une statuette qui, là encore, salue un parcours atypique.

Entre les Nous C Nous, Un gars, une fille et autres Brice de Nice, Jean Dujardin (à la manière d'une Marion Cotillard passée par les Taxi avant son Oscar pour La Môme) a fait à peu près tout ce qu'on déconseille aux apprentis comédiens pour réussir une noble et grande carrière au cinéma : de la scène en bande, une série télé populaire, une comédie regardée de haut à l'époque de sa sortie (mais mon petit doigt me dit que cette histoire va être réécrite et que Brice de Nice va soudain devenir un must)... Sa victoire cette nuit est la preuve que tous les chemins peuvent mener à ce jour de gloire. Espérons, comme l'itinéraire dingue de ce film hors norme, que cela change les mentalités françaises. We have a dream...

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Source : L'Express - Thierry CHEZE
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