Claude Lelouch, qui l'a dirigée à plusieurs reprises, a rendu hommage à la comédienne, "peut-être la plus grande actrice du cinéma français d'après-guerre" selon lui. "Elle restera mon plus beau souvenir de réalisateur et d'homme", a-t-il ajouté.



Le cinéaste Bertrand Blier, qui l'avait dirigée dans Merci la vie, en 1990, s'est quant à lui souvenu avec émotion d'une personne "tellement drôle et douloureuse à la fois. Les Français s'en souviennent comme d'une actrice qui avait joué dans beaucoup de comédies. Elle avait pris un virage très populaire après Rocco et ses frères. Mais elle était pleine d'émotion et de souffrance. Elle craquait facilement, comme sur la scène des Césars".

Nicolas Sarkozy a aussi rendu hommage à "une des actrices les plus populaires de notre pays". "Ce n'est pas seulement une des figures les plus inoubliables du cinéma français de ces cinquante dernières années qui nous quitte, mais une comédienne qui a rayonné dans l'Europe entière depuis son incarnation de Nadia, l'héroïne de Rocco et ses frères", a déclaré le président dans un communiqué.

COMÉDIENNE DE THÉÂTRE ET DE CINÉMA

Née le 25 octobre 1931 à Paris, Annie Girardot entre au conservatoire de Paris après son baccalauréat et des études d'infirmière. Elle y remporte le premier prix de comédie en 1954, année où elle intègre la Comédie-Française pour interpréter notamment La Machine à écrire, de Jean Cocteau, en 1956. Ce dernier voit en elle "le plus beau tempérament dramatique de l'après-guerre". Sur les planches, Madame Marguerite, pièce avec laquelle elle connaît un triomphe en 1974, était son rôle fétiche, qu'elle reprend régulièrement jusqu'en 2002.

Parallèlement à sa carrière au théâtre, elle fait ses débuts au cinéma avec Treize à table d'André Hunebelle, en 1955. Après quelques films commerciaux, Rocco et ses frères, de Luchino Visconti (1960) lance véritablement sa carrière sur le grand écran. Jouant beaucoup, alternant grands rôles et films médiocres, elle s'illustre notamment Dillinger est mort (1969) de Marco Ferreri, Vivre pour vivre de Claude Lelouch (1967), ou encore "Mourir d'aimer" d'André Cayatte (1971).

La comédienne devient l'une des actrices françaises les plus populaires des années 1970, alternant comédies et mélodrames. Elle reçoit en 1977 le César de la meilleure actrice pour Docteur Françoise Gailland. Mourir d'aimer, l'histoire d'un jeune garçon amoureux de sa professeure Gabrielle Russier – jouée par Annie Girardot – déclenchera une polémique impliquant notamment François Truffaut.

UNE CARRIÈRE EN DENTS DE SCIE

Minée notamment pas des problèmes personnels et financiers, l'actrice a connu une traversée du désert avant de voir sa carrière relancée avec l'obtention en 1996 d'un César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Les Misérables de Claude Lelouch. La comédienne avait ému aux larmes le public de la cérémonie des Césars en 1996 en déclarant : "Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement… éperdument… douloureusement." En 2002, elle obtenait un troisième César pour son interprétation de mère étouffante dans La Pianiste de Michael Haneke.

En 2006, son avocat révélait qu'elle était atteinte de la maladie d'Alzheimer. Sa fille, Giulia Salvatori, qui a beaucoup témoigné sur la maladie de sa mère, a publié en 2007, avec le journaliste Jean-Michel Caradec'h, une biographie intitulée La Mémoire de ma mère, où elle consigne les souvenirs de l'actrice.

Source : AFP - Le Monde
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