Un fonctionnement clanique
L’avance sur recettes est un milieu fermé. Les nominations aux postes clés (présidence et vice-présidence des trois collèges qui distribuent les aides), mais aussi les vingt-six membres des collèges sont majoritairement issus de la famille du cinéma français, descendante de la Nouvelle Vague. Actuellement, la présidente de l’avance sur recettes est Florence Malraux, fille d’André Malraux, qui fut la collaboratrice de François Truffaut et l’ex-épouse d’Alain Resnais. L’une des vice-présidentes est la productrice Michèle Ray-Gavras, épouse du réalisateur Costa-Gavras. « Ces gens aiment un type de cinéma. Ils ont un préjugé favorable sur certains réalisateurs au détriment d’autres », estime Dominique Crèvecoeur, productrice, membre du Syndicat des producteurs indépendants. « Ils ont un mode de fonctionnement clanique », ajoute Emmanuel Torregano, rédacteur en chef du site Electronlibre.info, spécialisé dans le multimédia et la production audiovisuelle.

Les vieux amis avantagés
Le producteur Paolo Branco a reçu l’avance sur recettes quarante-deux fois en dix ans, pour des films réalisés par Manoel de Oliveira, Jacques Rivette, Raul Ruiz ou Catherine Breillat. L’homme, connu pour son talent aussi bien que pour son carnet d’adresses, « sait faire jouer ses relations », raconte Pierre Héros, directeur des productions cinéma sur France 2. « C’est vrai que certains membres du CNC ont un préjugé très favorable sur des grands auteurs qu’ils connaissent », renchérit Jean-Claude Lamy, ancien président de l’avance sur recettes. La directrice du CNC, Véronique Cayla, estime pourtant que la période des avantages accordés aux amis est révolue : « Nous avons fait beaucoup d’efforts pour diversifier les membres de nos collèges, afin de renouveler les générations et les choix », dit-elle.

La bataille du chiffrage
Une fois que l’avance sur recettes est attribuée (d’un montant moyen de 500 000 € ), s’engage un épisode, appelé la « bataille du chiffrage ». En fonction des règlements du CNC, l’avance est évaluée « en fonction des besoins des financements de chacun ». Des réunions en comité restreint se tiennent alors au CNC, uniquement avec les président, vice-président de commission, sans les membres des collèges, et le producteur du film. « C’est à ce moment que les producteurs qui ont du talent et un bon réseau le mettent en action en déployant tout leur entregent auprès de la commission de chiffrage. Les différences d’un film à l’autre peuvent aller de 300 000 € à 500 000 € », indique Pascal Rogard. « Chaque film a ses contraintes que nous tentons d’apprécier en toute objectivité », se défend Marie Masmonteil, une responsable de cette commission.

Des avances peu remboursées
Les 25 millions d’euros distribués par le CNC le sont pratiquement à fonds perdus. En théorie, l’avance sur recettes doit être remboursée, mais en réalité une majeure partie ne l’est pas. Dominique Cayla, la directrice du CNC, le reconnaît : « Soit des films ne génèrent pas du tout de recettes et ils ne peuvent pas rembourser. Soit ils en font très peu et ne peuvent en rembourser qu’une partie. Il y a enfin quelques producteurs qui oublient de faire des chèques, et que l’on doit régulièrement relancer. » D’après le producteur Antoine Rain, le ratio est le suivant : « On vous octroie 100, vous devez rembourser théoriquement 80, mais dans les faits vous remboursez 10. »

Source : Marc Payet / Le Parisien
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