Le projet était excitant. Le film est formidable. Pas de mais. Pas de néanmoins. Pas de réserve. Gainsbourg (vie héroïque) est ce que chaque long-métrage devrait être : l'oeuvre d'un créateur, fruit d'une mûre réflexion décomplexée. Joann Sfar n'en fait qu'à sa tête et qu'à son oeil, et cela se voit. Plutôt que de raconter sagement Serge Gainsbourg par le menu, il fantasme le mythe, mélange vérités et illusions, transcende la réalité pour mieux souligner les ambitions et les angoisses d'un être exceptionnel. Donner chair au double de Gainsbourg, le fameux Gainsbarre, grâce à une marionnette vivante affublée d'une gigantesque gueule de carnaval n'est pas la seule idée de génie du réalisateur. Il y a également cette volonté de montrer les femmes de Gainsbourg telles que l'inconscient collectif les désire (mention spéciale à Laetitia Casta en Brigitte Bardot) et la chance (il en faut aussi) d'être tombé sur Eric Elmosnino, suffisamment talentueux pour éviter le simple numéro mimétique. Et, de la décoration à la lumière en passant par les costumes, tout participe d'un élan artistique désignant Gainsbourg (vie héroïque) comme l'exemple parfait du vrai bon film français.

Source : L'Express




Pour ses premiers pas derrière la caméra, le dessinateur du Chat du rabbin griffe un coup de maître. Mêlant vraies anecdotes et fausse chronologie, Sfar trace un parcours inouï, celui d'un petit garçon contraint de porter l'étoile jaune qui, adulte, deviendra un artiste original. Gainsbourg avait fait de sa vie une légende. Le réalisateur la magnifie. Le conte est un ravissement pour les fans incollables qui se délecteront des détails comme pour les néophytes qui apprendront certains des secrets de fabrication de ses chansons.

Plusieurs idées de génie évitent au film d'être un banal biopic. D'abord, Sfar n'a pas cherché à nier qu'il venait du dessin, comme Gainsbourg, et le revendique dès le générique. Cette présence picturale se traduit par une autre création, une caricature en latex : la Gueule. Celle-ci permet de nourrir un dialogue Gainsbourg/Gainsbarre très réussi. Pour ne pas tomber dans le best of, Sfar fait réinterpréter les tubes par ses comédiens. Les duos avec Boris Vian (Philippe Katherine) et surtout avec la très sensuelle Brigitte Bardot (Laetitia Casta) sont particulièrement réussis.

Mais le film ne tiendrait pas sans l'incroyable interprétation d'Eric Elmosnino. Acteur de théâtre renommé (on l'a vu dans Le dieu du carnage), il a chopé l'élégance, le phrasé, l'ironie de Gainsbourg sans jamais tomber dans l'imitation. Du grand art.

Sortie en salles le 20 janvier 2010

Source : Sophie Benamon - Studio Ciné Live
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