Le nouveau dispositif de financement de la filière production-distribution-exploitation a le mérite d'être clair : Canal Plus se recentre sur ce qu'elle considère être son cœur de métier, la production des films, et s'apprête à réduire très nettement son soutien aux distributeurs et aux exploitants de salles.

Le volet production est donc conforté : la part du chiffre d'affaires de la chaîne consacrée au financement d'œuvres européennes passe de 12 % à 12,5 %. Sur ces 12,5%, le taux consacré à la production française est porté à 10 %, contre 9 % auparavant (soit 170 millions.d'euros en 2008, pour 142 films préachetés). Cette enveloppe intègre une prime au succès (0,5 % du chiffre d'affaires), qui récompense les films ayant réalisé plus de 500 000 entrées en salles, ou les préachats français et européens "de diversité" qui rencontreront leur public.

Les organisations de cinéma ont dû batailler pour obtenir ce résultat, comme le raconte un participant : "Canal Plus nous expliquait qu'il était fragilisé, avec la VOD (video on demand) et l'arrivée d'Orange dans le paysage, qui a signé un accord avec des organisations du cinéma en novembre dernier. On leur a répondu que Canal doit sa bonne santé au cinéma français, et que la chaîne achète les droits du football toujours aussi cher."

UNE VOLONTÉ AFFICHÉE DE "PROMOUVOIR LE CINÉMA FRANÇAIS"

Le dispositif prévu pour les distributeurs et les exploitants reste à construire. Au départ, Canal Plus souhaitait supprimer les 20 millions d'euros d'aides actuelles (13,5 millions d'euros pour les exploitants de salles et 6, 5 millions d'euros pour la distributeur). "Mais on a été sensibles aux arguments des plus fragiles. Nous allons créer une fondation d'entreprise, qui serait dotée de 7 millions d'euros ", a déclaré au Monde Bertrand Méheut, président du groupe.

Comment expliquer ce revirement ? "Notre volonté est de promouvoir le cinéma français. On diffuse 400 films par an. Aujourd'hui, c'est la production qui a beaucoup de mal à financer ses projets", plaide-t-il, en soulignant que la fréquentation en salles, en revanche, se porte bien : "Le CNC annonce 200 millions de spectateurs pour 2009", un record depuis 1982.

Vendredi, Canal Plus se félicitait que l'accord ait obtenu la signature de la plupart des producteurs (ARP, APC, SPI, UPS, mais pas l'API), de deux distributeurs indépendants (SDI et le DIRE), etc. La profession ne va-t-elle pas sortir divisée de cet épisode ? "Avant de signer, on a obtenu l'assurance qu'il y aurait bien un dispositif de soutien aux distributeurs et aux exploitants", souligne Françoise Gastaud, déléguée générale de l'ARP.

Autre question : pourquoi des distributeurs indépendants s'inscrivent dans la démarche de Canal Plus, qui leur est pourtant à première vue défavorable ? Ces professionnels comptent notamment faire reconnaître dans la future fondation leur qualité de distributeur indépendant, "c'est-à-dire non affilié à un groupe d'exploitation, à une chaîne de télévision, à un fournisseurs d'accès à internet, ni à une major américaine", explique un responsable. L'idée serait qu'à l'avenir, les aides soient strictement réservées aux distributeurs qui répondent à cette définition. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Clarisse Fabre

Source : Le Monde
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