On ne les connaît pas et, cependant, 20 millions de Français ont vu leur travail.





Les Ch'tis , ce sont eux, Alexandre Charlot et Franck Magnier, qui l'ont écrit pour moitié avec Dany Boon, qui a fait appel à eux après avoir rédigé 40 pages de scénario. "Dany Boon en était à l'arrivée de Kad Merad à Bergues. Après, il bloquait." Magnier est nordiste et Charlot, comme Kad Merad, dans le film, avait vécu, pour ses études, la transplantation dans le Nord. Ils ont fait l'affaire et, pourtant, on n'a pas souvent entendu leurs noms. Dure condition du scénariste en France, considéré, à la différence des États-Unis, comme le sous-homme du septième art. "Le scénariste se sent méprisé par les producteurs et, comme il est méprisé, il travaille mal, c'est un cercle vicieux." Charlot et Magnier, qui opèrent en binôme depuis leurs années aux Guignols de Canal+, ont parfois joué les pompiers de service. Un script est en panne, on les appelle. "Au départ, on nous demande juste de peaufiner les dialogues et puis on s'aperçoit que le film n'est pas fini ou que tout est à refaire."

Ils décortiquent leurs scripts et ceux des autres.

C'est ce qui s'est passé avec RTT (sortie le 9 décembre), où Kad Merad, amoureux plaqué à la poursuite de la femme de sa vie, croise Mélanie Doutey, voleuse de tableaux qui va se servir de lui. Arrivé en simple nettoyeur, le couple Charlot-Magnier s'est transformé en réanimateur : "On a proposé vingt versions différentes, avec l'envie d'alterner les tons, comédie, aventure, sentiments." Si RTT , malgré une musique lourdingue, dépasse la moyenne, c'est en partie (avec l'énergique Mélanie Doutey) grâce à leur travail rigoureux, qui s'inspire des bibles américaines du scénario. "Qu'il s'agisse de la théorie du film, divisé en trois tiers ou en 12 actes, on s'aperçoit que depuis Aristote, on n'a pas renouvelé grand-chose dans l'invention et le rythme d'une histoire." Trame apparente, intrigue inconsciente, mise en place des protagonistes, souci des personnages secondaires qui ne doivent pas tout parasiter : ils vous décortiquent leurs scripts et ceux des autres (les derniers Jeunet ou Judd Apatow) avec un plaisir évident. "Le spectateur a une horloge interne très précise dont il ne se rend pas vraiment compte. Après vingt minutes de film, il faut que l'enjeu de l'histoire soit clairement défini. Puis arrive le moment où l'on se demande comment le héros va s'en sortir. C'est le début du dernier tiers."

Cette rigueur portée par un véritable enthousiasme explique la montée en puissance d'un duo qui, avec Une affaire d'État (en salles), vient aussi de démontrer son savoir-faire en matière de thriller politique. Mais leur premier fait d'armes aura été Astérix aux Jeux olympiques : si l'expérience leur a permis d'être repérés par Dany Boon, elle leur a laissé un goût amer. "Le film ne correspond pas au scénario qu'on avait écrit, une trahison avec un grand T." Figure trahie, occultée, frustrée, le scénariste est un réalisateur en puissance. Le duo vient d'ailleurs de franchir le pas en adaptant pour UGC le premier volume des aventures d'Imogène (avec Catherine Frot), l'OSS 117 écossaise inventée par Charles Exbrayat au début des années 1960 : "Cette fois, on n'a pas lâché le bébé. On veut être jugés sur notre vraie valeur." Rendez-vous pris au printemps.

Source : www.lepoint.fr
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