Le photographe et réalisateur français Christian Poveda, qui venait de réaliser un documentaire sur la guerre des gangs au Salvador, dont la sortie était programmée au 30 septembre prochain, a été tué mercredi 2 septembre au Salvador. Il était âgé de 54 ans. La police salvadorienne a précisé dans la nuit de mercredi à jeudi que le corps de Christian Poveda a été retrouvé dans une voiture à Tonacatepeque, une région rurale au nord de la capitale salvadorienne. Il a été tué d'une balle dans la tête.



Acte criminel répugnant

Le président du Salvador Mauricio Funes s'est dit "dévasté" par l'assassinat du documentariste. Le ministre salvadorien de la Sûreté publique Manuel Melgar a déploré un "acte criminel répugnant" et affirmé que la police travaillera "sans relâche" pour retrouver les meurtriers de Poveda. Christian Poveda vivait au Salvador et avait récemment réalisé "La Vida Loca", un documentaire sur la vie des membres du gang "La 18". Ce docu-reportage dont la sortie était programmée le 30 septembre montre des images dérangeantes de membres de gang abattus en pleine rue, des membres de leurs familles pleurant sur leurs cercueils ou encore de jeunes femmes également membres d'un gang dont le visage est lourdement tatoué.

Un documentaire gênant

Mais ce film est également un plaidoyer contre les méthodes musclées de la police salvadorienne pour lutter contre ces gangs, Poveda soulignant que les autorités négligent les conditions socio-économiques qui poussent les jeunes Salvadoriens à se tourner vers la criminalité. Si le documentaire admet que les gangs "sèment la terreur", il s'attache aussi à décrire les membres de ces gangs comme représentatifs des ruptures de la famille au Salvador. "Nous devons comprendre pourquoi un enfant de 12 ou 13 ans rejoint un gang et donne sa vie pour lui", déclarait Poveda dans une récente interview au quotidien salvadorien en ligne El Faro. "Ces enfants ont des problèmes familiaux terribles ou viennent de familles pauvres qui n'ont pas le temps de prendre soin de leurs enfants".

16.000 membres de gangs

Poveda s'était rendu pour la première fois au Salvador en tant que photographe pour le magazine américain Time. Il a également couvert des guerres en Iran, en Irak, au Liban et d'autres pays. Il s'est tourné vers le documentaire dans les années 1990 en concentrant son travail sur les gangs du Salvador. Le Salvador, qui a l'un des taux de criminalité les plus élevés d'Amérique latine, compte plus de 16.000 membres de gangs. Nombre d'entre eux ont été extradés des Etats-Unis après y avoir purgé des peines de prison.

Source : Nouvelobs.com




"Christian Poveda était un type entier avec un coeur d'or"

La Vida Loca, dernier documentaire réalisé avant sa mort par Christian Poveda sortira dans les salles le 30 septembre. La productrice du film, Carole Solive, réagit à l'assassinat du réalisateur.

"Je suis effondrée, et tellement triste qu'il n'ait pas pu assister à cette sortie qu'il attendait avec tellement d'impatience. Je l'ai eu mercredi au téléphone, et pour la première fois depuis trois ans que nous travaillons ensemble, je l'ai senti inquiet. Il devait rentrer en France ces jours-ci mais il a décidé de rester quelques jours de plus au Salvador pour négocier la sécurité d'un journaliste de Elle qui s'apprêtait à faire un reportage sur son travail.

Il est parti seul dans le quartier de La Campanera, banlieue déshéritée de San Salvador, reprendre contact avec le gang de la 18 dont il avait filmé la chronique. Mais leur chef était en prison et il s'est retrouvé au milieu de jeunes capos très excités qui, pour la première fois, lui ont demandé de l'argent.

Christian s'était aussi beaucoup impliqué dans la lutte contre la violence qui gangrène le pays depuis des années. Ce film, il l'a fait pour que ça cesse. Depuis l'élection du nouveau président, Mauricio Funes, (un ancien journaliste de CNN en espagnol qui, comme lui, a couvert la guerre civile salvadorienne dans les années 1980 et a mis fin à 20 ans de règne de la droite en septembre 2007) il s'était impliqué dans la politique en se proposant comme médiateur entre les autorités et les bandes.

Christian n'était pas une tête brulée, il avait passé des accords avec les deux bandes rivales dont il avait gagné la confiance. Personne ne sait encore ce qui s'est passé: soit il a été la victime d'un gamin excité isolé, soit il a été abattu parce qu'il y avait un contrat sur lui. C'était un type entier, têtu comme une mule, avec un coeur d'or."

Source : L'Express

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