Le groupe public, qui se transforme parallèlement en entreprise unique, a prévu une campagne de communication pour avertir le public de ces changements, dont les conséquences sur le comportement des téléspectateurs seront observées à la loupe par les spécialistes des audiences. Le service public bénéficiera-t-il d'un effet d'aubaine en commençant ses programmes pendant que les écrans des chaînes commerciales seront occupés par des tunnels publicitaires? Les émissions culturelles, moins tardives, gagneront-elles un nouveau public ?

Ce qui est sûr, c'est que la réforme s'engage dans un contexte chahuté. Il est fort probable que le 5janvier la loi ne sera pas encore votée. Quantité d'amendements ont en effet été déposés et l'opposition a l'intention de batailler sans relâche contre une réforme qui, selon elle, affaiblit l'audiovisuel public remet en cause son indépendance.

A quelle heure va débuter la soirée ?

"Mettez-vous à l'heure de France Télévisions" : tel est le slogan des spots d'information que le téléspectateur découvrira à la mi-décembre sur le chaînes publiques. A l'écran, un réveil digital affichant 20 : 35, heure du nouveau "prime time". La deuxième partie de soirée débutera entre 22 h 15 et 22 h 30, la troisième tranche de programmes entre 23 h 30 et minuit. "Ce sera aux concurrents de s'adapter", a expliqué Patrick de Carolis, PDG du groupe public.

Les chaînes commerciales s'inquiètent de ce décalage horaire, qui risque de leur être défavorable, surtout en région. TF1 voit déjà d'un mauvais œil le succès de "Plus belle la vie" sur France3, face à son JT. A partir du 5 janvier 2009, ce feuilleton sera avancé à 20 h 10. Pas question non plus de voir se succéder une ribambelle de spots institutionnels après le journal. "On attend avec impatience qu'on nous demande de diffuser les bandes-annonces de TF1 et M6 entre 20 h 35 et 20 h 50", a ironisé Patrice Duhamel, mardi 2 décembre. De son côté, Arte a prévu de s'adapter à ces nouveaux horaires. Ses programmes du soir démarreront en janvier à 20 h 45 au lieu de 21 heures.

La pub disparaît–elle réellement?

La disparition de la publicité sera progressive. Le 5 janvier 2009, après 20 heures, les écrans publicitaires auront disparu. Ce passage à la trappe sera sensible entre 20 heures et 21 heures, période de forte audience et habituel carrefour publicitaire prisé des marques. Le téléspectateur matinal redécouvrira, lui, ses spots habituels à partir de 6heures. La régie publicitaire de France Télévisions, qui a baissé ses tarifs d'environ 10% pour 2009, espère encore séduire les annonceurs.

Les téléspectateurs devraient voir des campagnes publicitaires lors de la diffusion de «Télématin» sur France 2, pendant les tranches horaires de midi et du 19-20 heures, et le week-end à l'heure des rendez-vous sportifs. Cet état de fait durera trois ans. Puis, en novembre 2011, les spots publicitaires disparaîtront.

Pour autant, la publicité ne sera pas absente des chaînes publiques. Une marque pourra choisir de parrainer une émission, rendant ainsi visible son nom au début et à la fin du programme. Cette forme de promotion restera autorisée quelle que soit l'heure de diffusion de l'émission, à l'exception des journaux et magazines d'information.

Autre forme promotionnelle: le programme court, produit par une marque. Là aussi, le nom de cette dernière apparaîtra au début et à la fin de l'émission. En théorie, le contenu n'est pas dicté par la marque. Dans les faits, il est évident que ces mini-séries sont imaginées en accord avec le marketing de l'annonceur. Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, a estimé que les revenus publicitaires, y compris le parrainage, devraient atteindre de 250 à 260 millions d'euros en 2009. précédent : À quelle heure va débuter la soirée?

Verra-t-on autant de films sur France Télévisions?

Les chaînes de France Télévisions diffusent 420 films par an, dont la moitié en première partie de soirée. Ce volume ne devrait pas changer avec la réforme. De nouveaux rendez-vous seront consacrés au 7e art. En 2009, apparaîtra le "Ciné-club" de France 2, un nouveau rendez-vous diffusé tous les mardis en troisième partie de soirée. La case dévolue aux courts-métrages le vendredi sur France 2 se maintient en troisième partie de soirée, mais à un horaire moins tardif.

Grâce à la publication, le 30 novembre, du décret assouplissant les conditions de diffusion de films de cinéma à la télévision, France 3 ouvrira, le samedi soir dès le 20 décembre, en troisième partie de soirée, une nouvelle case dédiée au cinéma d'auteur. En revanche, sur les chaînes privées, le 7eart ne sera pas à la fête, en raison de la seconde coupure publicitaire autorisée dans les films dès janvier 2009. De quoi donner envie de zapper ou de regarder les fictions en DVD ou VOD.

Y aura-t-il de nouvelles émissions ?

"Il y aura un maximum de programmes inédits", a promis Patrice Duhamel, bras droit de Patrick de Carolis. Ces nouveautés s'étaleront tout au long du premier trimestre 2009, a-t-il précisé, "contraintes de gestion obligent". Pas de précision pour l'instant sur les fameux "programmes culturels", que devrait favoriser la fin de la publicité. En janvier, "Une surprise peut en cacher une autre", émission produite par Alexia Laroche-Joubert, diffusée en avant-soirée sur France 2, s'arrêtera faute d'avoir trouvé son public et sera remplacée par un autre programme. Julien Courbet, lui,devrait conserver la case du 19-20 heures avec son "Service maximum", qui ne fédère pourtant pas un large public. Le magazine "Les mots de minuit" sera rénové.

Le divertissement «Panique dans l'oreillette», présenté par Frédéric Lopez, quitte l'avant-soirée le samedi pour s'installer le mercredi en seconde partie de soirée, en alternance avec l'émission de Jean-Luc Delarue "Ca se discute". Sur France 5, le directeur Claude-Yves Robin promet un nouveau magazine en début de soirée, vers 19 heures, à la suite de «C dans l'air» qui réalise de très bonnes audiences.

Quels moyens pour le sport ?

Les chaînes publiques pourront-elles toujours «jouer en première division sur le marché de la retransmission sportive», pour reprendre la formule de Daniel Bilalian, directeur des sports de France Télévisions ? Le discours officiel reste plutôt policé. «Si le financement de l'Etat est au rendez-vous comme il l'affirme, et nous n'avons aucune raison d'en douter pour le moment, alors rien ne sera changé dans notre politique sportive», martèle DanielBilalian. «Le moment venu, nous verrons si le compte y est.» Entre les Jeux olympiques d'hiver et d'été, le Tour de France, reconduit jusqu'en 2013, Roland-Garros, et la volonté de retransmettre les disciplines moins médiatiques (ski, escrime, etc.), le budget annuel des sports s'élève à 150millions d'euros. Les derniers Jeux de Pékin ont coûté 70millions d'euros à France 2.

A l'heure où les négociations sont engagées pour ceux de 2016, et alors que le CIO souhaite une rallonge de quelque 40% sur les droits, l'incertitude est un handicap pour France 2. «Nous sommes obligés de travailler comme si les choses allaient perdurer», précise Daniel Bilalian. Dans L'Equipe du 26 novembre, il a reconnu que les incertitudes liées à la réforme avaient pesé sur la décision de ne pas répondre à l'appel d'offres sur la Ligue des champions de football.

Vers une hausse de la redevance ?

UNE HAUSSE DE LA REDEVANCE? L'hypothèse d'une augmentation de la redevance, qui avait été un temps envisagée pour compenser, en partie, le manque à gagner généré par l'arrêt de la publicité, n'a pas été retenu.

Le contribuable ne verra donc pas sa redevance augmenter au-delà d'un simple ajustage en fonction de la hausse annuelle des prix. "La redevance, c'est symbolique. Aujourd'hui, afficher l'augmentation de la redevance, c'est afficher le symbole de l'augmentation des impôts. On ne peut pas faire ça", a déclaré le ministre du budget, Eric Woerth, dimanche 30 novembre sur Europe 1.

Sur la base d'une inflation de 2 % inscrite dans le projet de loi de finances en 2009, la redevance devrait osciller entre 118 et 119 euros l'année prochaine, contre 116 euros actuellement, montant resté inchangé depuis 2002. C'est l'une des plus faibles d'Europe, loin derrière l'Islande (363,6 euros), l'Allemagne (204,36 euros) ou le Royaume-Uni (195,36 euros). Seuls les Italiens (99,60 euros) et les Polonais (50,60 euros) versent moins d'argent que les Français pour leur télévision publique.

Source : Le Monde
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