Australia commence comme un western. Se poursuit en romance passionnée. Et se termine en film de guerre. Le tout enrobé d’un devoir de mémoire sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire australienne. Too much? Pas pour Baz Luhrmann (Moulin Rouge), pas vraiment réputé pour son minimalisme.

Le pitch? 1939. Nicole Kidman, aristocrate anglaise, rejoint son mari dans un coin paumé du nord de l’Australie pour sauver leur exploitation agricole. Elle le retrouve embroché sur une flèche. Heureusement, le cowboy Hugh Jackman est là pour l’aider à escorter un troupeau de 2000 têtes à un millier de kilomètres. Et il y a le petit Nullah, un métisse aborigène que les autorités veulent arracher à ses racines pour l’élever en bon petit australien, dans une mission chrétienne, alors que les bombardiers japonais ne sont pas bien loin.

Calibré pour les Oscars

Baz Luhrmann avait «envie de réaliser un film épique, avec une grande histoire d’amour, de l’action et du drame». Pari plutôt réussi. Les grands espaces australiens sont splendides. Nicole Kidman surjoue juste ce qu’il faut en aristo coincée. Hugh Jackman, l’homme le plus sexy de 2008, est parfait quand il s’ébroue sous un seau d’eau, les pectoraux luisants à la lumière du feu de camp.

Quant au jeune Brandon Walters, qui n’était jamais sorti de son petit village, il apporte ce qu’il faut d’humour et d’innocence pour narrer l’histoire de ces «générations volées». Ces enfants aborigènes (souvent métisses) ont été enlevés à leurs familles par le gouvernement jusque dans les années 60 pour mieux les assimiler (en février dernier, le premier ministre australien a présenté des excuses officielles).

Australia se perd parfois un peu entre les genres et souffre du syndrome «calibré pour les Oscars». Malgré tout, le réalisateur, qui cite le Magicien d’Oz et Lawrence d’Arabie comme références, retrouve avec un certain talent le parfum des films à l’ancienne.

Au forceps

Australia, c’est le gros bébé (2h40, 130 millions de dollars) de Baz Luhrmann, Il l’a coécrit, produit et dirigé. Après neuf mois de tournage et avoir shooté quatre fins différentes, il n’en termine le montage que quelques jours avant la première à Sydney. Mais son plus gros pari, Baz l’a fait en pleine pré production. Il quitte alors ses équipes pour aller passer du temps avec la famille aborigène de Brandon Walters.

Au coin du feu (et partageant quelques substances illicites), il établit un vrai lien qui se voit chaque seconde à l’écran. C’est lui qui le dit: «Brandon, 11 ans à l’époque, n’avait jamais joué. Il ne récite pas des lignes. Il regarde au-delà de la caméra et raconte une histoire». Et ca marche. Tout le monde prédit déjà un Oscar au jeune acteur.

Twentieth Century Fox ¦ Nicole Kidman et Hugh Jackman, dans le film Australia

Source : 20minutes.fr / Philippe Berry, à Los Angeles
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