Le Cinéma est en France un secteur de pointe, d’un dynamisme qui n’existe chez aucun de nos voisins. Si la création cinématographique française est aussi forte et diverse c’est en grande partie grâce au service public de la télévision.

Le film Palme d’Or à Cannes en 2008, « Entre les murs » de Laurent Cantet, n’aurait pu voir le jour sans France 2. De 2000 à 2007, France Télévisions a coproduit 409 films, pour un montant de 388,5 Millions d’euros, qui ont réalisé 187,8 Millions d’entrées, soit plus de 35% de part de marché en France. Ces films ont obtenu 21 nominations et 5 prix aux Oscars, 61 nominations et 10 prix au Festival de Cannes, dont 2 Palmes d’Or, 14 nominations et 11 prix au festival de Berlin, 18 nominations et 7 prix au festival Venise.

Désormais, vous avez annoncé qu’une part importante des ressources de France Télévisions, la publicité, allait être pour l’essentiel supprimée à compter du 1er janvier 2009. C’est la chronique d’une mort annoncée pour des pans entiers de notre Cinéma !

La volonté que vous avez exprimée est que la création cinématographique et audiovisuelle non seulement n’en soit nullement affectée mais qu’au contraire elle bénéficie d’un regain d’investissement dans une optique de qualité et de diversité. Dont acte !

Il n’empêche que la situation actuelle d’incertitude quant au soutien de France Télévisions à la création cinématographique et audiovisuelle française est extrêmement grave et destructrice.

Les producteurs membres de l’Association des Producteurs de Cinéma (APC) poussent un cri d’alarme ! Ils sont en effet au regret de constater que les garanties que la création soit sauvegardée dans le cadre de la réforme de la télévision publique que vous avez annoncée n’existent pas. Le maintien de la capacité de créer, gage des libertés, n’est pas assurée. Dorénavant, pour que les annonces soient crédibles et que leur mise en œuvre soit pérenne, l’APC demande solennellement que l’Etat :
– garantisse par écrit que le montant total qui sera investi par France Télévisions en 2009 dans la production cinématographique indépendante soit de 55 millions d’euros, correspondant au montant nécessaire au respect des engagements pris, et ce quel que soit le « chiffre d’affaires » de France Télévisions en 2008 ;
– dans la perspective du développement de programmes de qualité sur France Télévisions, établisse sans délai dans son Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM) un engagement pluriannuel en valeur absolue prévoyant notamment que les investissements de France Télévisions dans la production cinématographique indépendante atteignent 80 millions d’euros par an d’ici 5 ans, et ce quels que soient les modes de financement de France Télévisions fixés par l’État ;
– verse la nouvelle taxe sur le chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunications dans un fonds spécifique, géré sous l'égide du Centre National de la Cinématographie ou de la Direction du Développement des Médias, et dédié aux investissements, d’une part, dans la production cinématographique et, d’autre part, dans la production audiovisuelle ; il permettra aux différentes filiales de production et directions de France Télévisions d’assurer une grande partie de leurs obligations dans ces domaines, via un droit de tirage.

En complément, il est désormais indispensable d’oeuvrer au renforcement du lien entre les citoyens et leur télévision publique, y compris ses moyens financiers.

Dans ce cadre, il faut sans plus tarder mettre en route une réforme de la redevance audiovisuelle, afin d’accroître son produit d’une manière qui soit adaptée au nouveau contexte technique et sociologique. De nombreuses pistes de réflexion ont déjà été largement évoquées à cet égard, notamment :
• l’indexation de son montant à l’inflation ;
• l’élargissement de son assiette : ordinateurs, résidences secondaires ;
• le possible lien avec les ressources des redevables et l’exonération éventuelle des bas revenus qui pourrait en découler ;
• le paiement effectif de la redevance par les entreprises. Le Cinéma français a d’urgence besoin de réponses précises et concrètes. Nous sommes convaincus de votre action en ce sens et sollicitons en conséquence un rendez-vous avec vous. Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Éric ALTMAYER Président de l'APC
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