Un somptueux bouquet de fleurs blanches trône sur la table d'une brasserie de la place de la Bastille, où Claudia Cardinale a l'habitude de fixer ses rendez-vous parisiens. On n'apprendra pas le nom de l'admirateur ; on verra seulement qu'elle est touchée, infiniment, pas blasée pour un sou. Les lunettes à verres fumés laissent entrevoir un regard pétillant. « Excusez-moi, je fume juste une cigarette », glisse la comédienne avant l'entretien.





Les cheveux aussi libres que la belle sauvageonne qu'elle incarne dans Cartouche, un large collier de pierres aux transparences grises et bleutées sur un tailleur-pantalon blanc immaculé, sandales à talons, elle revient de Tunisie. Là où sont ses racines « depuis trois générations », là où elle a tourné le premier film de Medhi Ben Attia. « Je suis sicilienne, mais je suis née à Tunis », rappelle-t-elle.

Ce soir, elle est dans Hold-up à l'italienne, un téléfilm de Claude-Michel Rome avec ­Jacques Perrin, Astrid Veillon et Bruno Wolkowitch, diffusé sur TF1. « J'ai flashé ! J'ai trouvé le scénario bien écrit et l'histoire très inspirée des premiers films que j'ai tournés, comme Le Pigeon (de Mario Monicelli, 1958) et Hold-up à la milanaise (de Nanni Loy, 1959), des comédies avec des personnages de voleurs où le mensonge et le non-dit jouent un grand rôle », indique Claudia Cardinale.

Cinquante ans de carrière et cent films

Mais ce qui a surtout déterminé son choix, c'est la participation de Jacques Perrin, à qui elle donnait la réplique dans La Fille à la valise, de Valerio Zurlini. « Plus de quarante ans après, c'était chouette de se retrouver. Je lui ai remis un oscar, il y a longtemps, quand je présentai la cérémonie avec Steve McQueen. C'est un homme cultivé, intelligent, un acteur et un réalisateur brillant. Sur TF1, il campe un voleur de grande classe que j'aime en cachette de ma fille, Astrid Veillon. Je craignais le rythme de la télévision, mais Claude-Michel Rome a été extrêmement professionnel, ce n'était pas “Time is money !” »

L'actrice n'a aucun a priori envers le petit écran : « J'en ai fait peu, la dernière fois, c'était Élisabeth, sous la direction de mon compagnon, Pasquale Squitieri. » Et pour cause, Claudia Cardinale a vite été repérée par le cinéma. « J'ai eu le privilège d'avoir tourné avec les metteurs en scène les plus talentueux, j'ai toujours été choisie, je déteste appeler, c'est souvent moi qui ai dit non. »L'espace d'un ­instant planent les ombres de ses « étoiles » : Visconti, Fellini « J'étais sa muse » , Sergio Leone, Vittorio De Sica, Henri Verneuil ou encore José Giovanni, dont le fils coproduit Hold-up à l'italienne. « Cinquante ans de carrière et cent films », résume-t-elle en souriant.

Depuis 1999, le théâtre lui fait les yeux doux et elle devrait remonter prochainement sur les planches. À Paris, ses fans l'ont vue en princesse dans Doux Oiseaux de jeunesse, de ­Tennessee Williams, et en Italie, dans La Ménagerie de verre , du même auteur. Elle se souvient avec plaisir que la famille ­Chaplin lui a remis le prix charlot à cette occasion. Mais point de nostalgie chez la ragazza. Peut-être un constat : « Jouer m'a sauvé la vie. J'étais un garçon manqué, solitaire, introverti, je ne parlais presque pas. Le cinéma, la photogénie, a été comme une bouée de sauvetage pour moi. Quand tu tournes un film, tu ne dois pas faire semblant, tu dois être le personnage, transmettre l'émotion. Être belle n'est pas essentiel. » Pourtant, elle l'est quand elle rallume une cigarette. « Je suis toujours en mouvement, je suis toujours la fille à la ­valise. »

Source : LE FIGARO
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