Le "Club des 13" doit remettre son rapport à la ministre de la Culture Christine Albanel jeudi 3 avril. Le Club, qui mêle réalisateurs et professionnels du cinéma, avance dans son document qu'il faut "refonder le modèle français de soutien" au 7e Art afin d'instaurer une vraie "solidarité". Ce rapport affirme que le système d'aides piloté par le Centre national de la cinématographie (CNC), conçu pour instaurer une "solidarité entre les films", ne fait aujourd'hui qu'"accentuer la violence des lois du marché et la bipolarisation de la production" entre les œuvres à gros et petit budget. Il décrit également les difficultés croissantes rencontrées par les acteurs indépendants de l'industrie cinématographique, à chaque étape de la vie d'un film (écriture, production, distribution, exploitation, exportation).

Dépendance croissante envers les chaînes de télévision

Au stade de la conception, le rapport dénonce le sous-financement chronique de l'écriture du scénario et la dépendance croissante des projets envers les chaînes de télévision -tenues d'investir 2,5% de leur chiffre d'affaires dans des films français.

En exigeant la présence d'acteurs "cotés sur le marché télévisuel", mais aussi la réécriture d'un scénario qui devra être "consensuel et divertissant" afin que le film fasse le maximum d'audience lors de sa diffusion télévisée, les chaînes de télévision imposent un "formatage des projets dès leur conception".

Au niveau de la production, le "Club des 13" note que l'émiettement des financements fragilise les sociétés indépendantes, à l'origine des projets les "moins solubles avec les lois du marché télévisuel".

"Une stricte économie de survie"

Car, désormais, les producteurs indépendants ne maîtrisent plus ni des délais de réalisation devenus aléatoires, ni l'aide publique versée par le fonds de soutien automatique du CNC, captée par d'autres: chaînes de TV co-productrices et groupes audiovisuels détenteurs des droits (vidéo, TV, export). "Au final, un producteur de film d'auteur ne conserve en moyenne qu'entre 20% et 60% du soutien généré par le film qu'il a porté de bout en bout".

Enfin, les producteurs indépendants voient fondre leurs recettes, en partie englouties par les filiales des groupes de TV qui commercialisent les films en DVD, sur le petit écran et à l'export. Acculés à une "stricte économie de survie", par cette "complète dépendance économique aux financiers", le moindre échec peut les faire tomber dans la spirale de l'endettement, estime le Club des 13.

Les distributeurs indépendants ont pour leur part vu "exploser" les frais de promotion et de sortie des films, pour une durée de vie raccourcie, en particulier dans les multiplexes qui captent 52% des entrées en France et imposent un "rapport de force déséquilibré" en leur faveur.

Soutenir producteurs, distributeurs indépendants et cinémas Art et essai

Là encore, les aides à la distribution versées par le CNC sont "dévoyées" car plus d'un tiers profite aux grands groupes et aux filiales de télévision.

Parmi ses douze propositions, le Club des 13 suggère de modifier le système d'aides piloté par le CNC afin de mieux soutenir producteurs, distributeurs indépendants et cinémas Art et essai, ou encore de taxer les écrans publicitaires et les confiseries vendues dans les salles.

Outre Pascale Ferran, le Club des 13 comprend les réalisateurs Claude Miller et Jacques Audiard, la scénariste Cécile Vargaftig, les producteurs Denis Freyd, Arnaud Louvet, Patrick Sobelman et Edouard Weil, les exploitants Stéphane Goudet, Claude-Eric Poiroux et Jean-Jacques Ruttner, ainsi que la distributrice Fabienne Vonier.

Au total, 73 réalisateurs, artistes et professionnels du cinéma se sont associés au rapport. Le rapport doit être publié chez Stock à la mi-avril.

Source : www.challenges.fr
directeur de production producteur cinema television productrice tournage plateau comedien directrice