«Certes, on n'a jamais rien vu de plus grand, majestueux, chaud, murmurant, soupirant, soufflant, fort, gracieux, élégant, érotique puissant et féminin qu'une locomotive à vapeur.» Michel Tournier aurait pu ajouter « inspirant » à cette liste de qualificatifs. Car depuis qu'il galope sur le rail, le train n'a cessé de fasciner les artistes. La SNCF a donc décidé de fêter son70 e anniversaire en consacrant une grande exposition au Grand Palais, à Paris, à ces liaisons voyageuses entre l'art et le fer.

La Société nationale des chemins de fer français, qui a vu le jour le 1er janvier 1938, transforme pour l'occasion le monument parisien et sa grande voûte de verre en gare, avec ses quais, mais aussi ses trains. Pour L'Art entre en gare, quatre motrices y sont entrées pour deux semaines d'arrêt, à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 6 janvier, avant de reprendre les rails jusqu'à la fin janvier pour s'arrêter dans 18 villes.

«Pour cet anniversaire, nous avons voulu ne pas être simplement techniques. Nous cherchions à susciter de l'affection, de l'émo tion », explique Anne-Marie Idrac quipréside la SNCF. «Or, tout le monde a eu des histoires d'amour ou de départ dans une gare.» Tant et si bien que les artistes se sont emparés de ce magnifique terrain d'aventure humaine, les poètes, les peintres, les photographes et évidemment les cinéastes. SergeGarcin, spécialiste de l'image, et Emmanuelle Nobécourt, réalisatrice, ont ainsi visionné 160 films et presque autant de scènes mythiques. Ils en ont retenu une trentaine qu'ils ont enchaînés pour construire une histoire de six minutes projetée dans le petit cinéma installé pour l'occasion au Grand Palais, pendant laquelle on voyage de La Bête humaine , en compagnie de Gabin, jusqu'aux Poupées russes avec Romain Duris.

500 demandes de tournage

«Le voyage est un temps libre pendant lequel tout peut arriver, constate Serge Garcin. C'est pour cela qu'il excite l'imagination. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de demandes de tournage que reçoit la SNCF. C'est colossal.» Effectivement, cette année, la société a satisfait la grande majorité des quelque 500 demandes qui lui sont parvenues pour le besoin de films, de documentaires ou encore d'émissions de télévision.

Mais la SNCF ne fait pas qu'inspirer les créateurs, elle les embauche au besoin. Ainsi pourra-t-on découvrir une magnifique collection d'affiches vantant le rail signées Savignac, Dufy, Buffet ou même Dali, ou encore apprécier le nouveau design intérieur des TGV, imaginé en rouge et violet par Christian Lacroix. Le styliste est aussi à l'origine de la garde-robe actuelle du personnel de bord qui avait auparavant pu procéder au « contrôle des billets s'il vous plaît » en Balsan ou en Balenciaga.

Un souci de l'esthétique auquel les trains eux-mêmes n'échappent pas. En imaginant la motrice du TGV orange vif, Philippe Mirville, qui préside la Cité du train deMulhouse, rappelle ainsi « que cette livrée avait été choisie pour être en rupture totale avec le traditionnel vert des trains. Et si son nez très profilé lui permettait un meilleur coefficient d'insertion dans l'air, il lui donnait auss i cette forme de flèche qui ne ressemblait à aucun autre train ». L'exposition n'oublie pas non plus les gares et leur architecture calculée pour être, certes, pratique, mais aussi emblématique. Est-ce la raison pour laquelle Georges Perec se demandait : « Peut-être le bonheur n'est-il que dans les gares ? » Pour quelques jours, il est sans doute un peu au Grand Palais.

Source : Marie-Douce Albert / Le Figaro
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