ON CONNAISSAIT sa curiosité toujours en éveil, son goût de la fresque historique et de l'aventure humaine qui l'ont conduit à réaliser des drames aussi surprenants que La Guerre du feu, L'Ours, Le Nom de la rose. Avec Sa Majesté Minor, Jean-Jacques Annaud brave les interdits, joue au satyre, part sur les chemins de traverse avec gourmandise et une passion décuplée. Bref, il ose signer une farce antique, iconoclaste, baroque dans le droit fil du Satyricon de Fellini et du Décaméron de Boccace revu et corrigé par Pier Paolo Pasolini.

XVIIe siècle avant notre ère dans une île grecque des Cyclades. Minor (José Garcia), un orphelin muet, vit dans la porcherie avec une truie, Mauricette, sa mère nourricière. Par une belle journée d'été, vagabondant dans la forêt, Minor rencontre le dieu Pan (Vincent Cassel), créature mi-homme mi-bouc, qui l'initie au plaisir de la chair. Une découverte qu'il met immédiatement en pratique avec Clytia (Mélanie Bernier), la fille du patriarche du village (Jean-Luc Bideau) pourtant fiancée au poète Karkos (Sergio Peris-Mencheta). Alors qu'il contemple sa bien aimée couchée sur une branche d'olivier, Minor tombe de l'arbre et meurt. Pas longtemps. Il ressuscite et recouvre la parole. Les sages du village (Claude Brasseur, Rufus, Taïra) n'en reviennent pas. Sur les conseils du devin (Bernard Haller), Minor est sacré roi...

Satyricon et Décaméron

« C'est un ovni, une fable jubilatoire sur le bonheur des sens avant l'existence du péché originel et de la notion judéo-chrétienne de la culpabilité, explique Jean-Jacques Annaud. Lors de la préparation, j'ai revu, bien sûr, le Satyricon de Fellini et le Décaméron de Pasolini et je me suis donc inspiré de ces deux maîtres italiens pour donner vie au petit monde créé par mon complice, le scénariste Gérard Brach. »

Scénariste de nombreux cinéastes, Roman Polanski (Cul de sac, Chinatown, Le Bal des vampires), Antonioni, Berri, Ferreri, Konchalosky, Gérard Brach a aussi été le plus proche collaborateur de Jean-Jacques Annaud en cosignant le scénario de quatre de ses films : La Guerre du feu, Le Nom de la rose, l'Ours, l'Amant.

« Gérard était un immense scénariste, précise ce dernier. Très sollicité par les jeunes cinéastes, il ne voulait plus écrire. Il trouvait que le cinéma actuel était trop formaté, tout se ressemblait, sans imagination aucune. Brach avait été formé à l'école du surréalisme. Il était l'ami de Breton. Retiré du monde, il a eu cette dernière fulgurance, cette envie de surprendre et de s'étonner soi-même. J'ai donc reçu dans ma boîte aux lettres, juste avant Noël 2004, quelques pages du Grand Pan, tel était le titre de départ, du nom du dieu grec des bergers, des forêts et de la puissance sexuelle. J'ai lu avec délice ce texte inspiré de la mythologie grecque et qu'il définissait lui-même comme »insolent, manipulateur, iconoclaste, grotesque*. Il s'était amusé à dévier les mythes, bousculer les tabous, les idées reçues, braver les interdits. C'était flamboyant, fou, illuminé. Du Brach dans toute sa splendeur, sa force vive, son délire créateur. Nous avons travaillé ensemble dans le bonheur. Nous savions que c'était notre dernier opus ensemble. Fatigué par la maladie, il avait retrouvé une fougue, une vigueur de jeune homme. Il est mort heureux en septembre 2006, quatre jours après le début du tournage. »

Jean-Jacques Annaud a mis ainsi tout son coeur pour exaucer et matérialiser le dernier voeu de son ami à qui il dédie ce film.

Sa Majesté Minor Comédie de Jean-Jacques Annaud, avec José Garcia, Vincent Cassel, Mélanie Bernier.
Durée : 1 h 41

Source : www.lefigaro.fr
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