Mardi 3 juillet, vers 18 heures, la direction générale du travail a soufflé : les principaux syndicats du secteur, le syndicat national des techniciens et travailleurs de la production cinématographique (SNTPCT), le syndicat national des techniciens et réalisateurs (SNTR-CGT) et le syndicat général des travailleurs de l'industrie du film SGTIF-CGT, signaient un "accord d'étape" répondant à des revendications immédiates, et posant des principes forts pour l'avenir.

Un peu plus tôt dans l'après-midi, les techniciens du cinéma, réunis à la Bourse du travail, à Paris, avaient mandaté leurs syndicats pour approuver ce texte, à une très forte majorité (221 pour, 24 contre et 36 abstentions).

L'ensemble des producteurs ont paraphé l'accord, mais seuls trois d'entre eux ont approuvé la "revalorisation des niveaux de salaires de la grille 39 heures, à hauteur de 1,14 %" à compter du 1er juillet et pour une durée de 15 mois : l'association des producteurs indépendants (API, qui regroupe UGC, Pathé, Gaumont, MK2), l'association des producteurs de cinéma (APC) et l'Union des producteurs de films (UPF). Le principe d'une grille de 48 heures avancée en mai par l'APC, qui avait soulevé la colère des techniciens, est donc écarté. Des négociations vont s'ouvrir sur les heures supplémentaires et les jours fériés.

"La revalorisation des salaires est nécessaire mais non suffisante. Il faut résoudre la question du soutien aux films fragiles", explique Marc-Olivier Sebbag, du syndicat des producteurs indépendants (SPI, films d'auteur), pour justifier son refus d'appliquer la nouvelle mesure. L'accord prévoit que les signataires "s'engagent à se rapprocher pour prendre en compte les films les plus fragiles, qui représentent une part importante des emplois du secteur", et "appellent à la réunion d'états généraux du cinéma".

La partie n'était pas gagnée. "C'est une avancée sérieuse car depuis les années 1950, nous n'avions signé qu'avec une seule organisation de producteurs", souligne Laurent Blois, délégué général du SNRT-CGT. Jeudi 28 juin, tandis que les partenaires sociaux essayaient de déminer le conflit, l'UPF passait un accord avec le SNTPCT, le syndicat le plus arc-bouté : le producteur s'engageait à reconduire la convention collective en échange de la garantie que les tournages de ses propres films ne seraient pas perturbés. Une attitude jugée scandaleuse par les autres protagonistes. Ainsi, le film d'Eric Besnard, Cash, dont le producteur Pulsar Production est affilié à l'UPF, n'a pas été gêné par la grève.

LE VOTE DES TECHNICIENS CGT

D'autres tournages ont en revanche été sérieusement perturbés. "Nous avons modifié le plan de travail pour ne pas être bloqués", explique François Hamel, directeur de production de Faubourg 36, de Christophe Barratier. "C'est un film d'époque, coûteux. On avait prévu six journées de tournage à Paris, l'une d'elles sera finalement réalisée en République tchèque."

A la suite d'un vote des techniciens CGT, le long métrage de Laurent Chouchan, Ça se soigne, n'a pas été perturbé. Le tournage du prochain film d'Etienne Chatilliez a été reporté de plusieurs semaines. Celui de Jean-François Richer sur Mesrine, L'Ennemi public numéro 1, a été retardé d'un jour. Son producteur Jean Cottin (La Petite Reine), membre de l'APC, faisait ce constat, en fin de journée : "Le paradoxe, c'est que les grèves ont eu lieu surtout dans les films où les gens sont bien payés, par solidarité."

Source : LE MONDE / Clarisse Fabre et Nicole Vulser
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