Synopsis

Judith Ralitzer, femme fatale, auteur à succès, est en quête de personnages pour son prochain best-seller. Un tueur en série vient de s'échapper de la prison de la santé ! Huguette, midinette, coiffeuse dans un grand salon parisien, va changer leur destin. Il y a des rencontres plus fatales que d'autres...






Claude Lelouch, ou le zigoto du cinéma français, n’en finit pas de nous étonner. Il n’est pas rare que les critiques le clouent au pilori ou le vouent aux gémonies. Lui, tel le phénix, renaît sans cesse de ses cendres. Combien de fois ne l’a-t-on pas annoncé perdu, fini, notamment pour son avant-dernier film, Les Parisiens dont on ne verra pas la suite de si tôt paraît-il, obligé qu’il s’est cru d’abord de prendre le pseudonyme de Hervé Picard (en réalité, son ancien entraîneur de tennis) pour annoncer son dernier opus, puis en révéler à tous la paternité au moment de Cannes. Il n’empêche, même sans l’adorer, on peut quand même constater qu’il est le dernier cinéaste populaire français encore vivant et ce n’est pas rien, car le cinéma, cet art modeste, se doit avant tout d’intéresser le peuple, si tant est qu’on sache encore ce qui se cache derrière ce trop vaste concept.

Avec Roman de gare, on peut dire que Claude Lelouch nous revient en pleine forme avec un film du samedi soir, entre thriller et amourette, avec comme titre un pied de nez évident à la critique, venant de celui à qui on a souvent reproché une inspiration gentiment fleur bleue ou mièvre. Bref, assisté de Pierre Uytterhoeven, il nous livre ici un bon policier en reprenant la méthode du scénario alambiqué qui retombe toujours sur ses pattes. Les médias s’en sont chargés avant nous, du coup nous ne vous raconterons pas l’intrigue du film. On vous laisse découvrir les secrets mystérieux de cette histoire policière presque haletante. Comme si Alejandro Gonzalez Inarritu n’avait rien inventé, Claude Lelouch s’amuse à raconter une histoire abracadabrantesque où le suspense le dispute au roman de gare, et les considérations métaphysiques à un agréable jeu de séduction. On ne s’ennuie jamais et les situations sont toujours très bien rendues même lorsqu’elles flirtent avec l’invraisemblable : la coiffeuse putain et son improbable famille, la soeur du nègre d’un auteur à succès à la colle avec le flic chargé de l’affaire, le serial-killer qui a les même tics que ledit nègre, etc. Mais en fait, ça fonctionne parce que c’est ça toute la magie du film du samedi soir et, en ce sens, on peut dire que Lelouch a réussi son coup.

Entouré de grands acteurs, comme Dominique Pinon, Zinedine Soualem et Michèle Bernier, ce film a aussi le mérite de nous faire découvrir une grande actrice de théâtre, une jeune femme de 30 ans, Audrey Dana, que d’aucuns comparent déjà à Arletty. Il faut dire qu’elle assure dans un rôle qui n’était pas joué d’avance, puisqu’elle doit être à la fois hystérique mais pas trop, amoureuse mais pas toujours et vulgaire sans trop forcer la note tout le temps. Et aussi étrange que cela puisse paraître, elle y arrive surtout dans les scènes où elle est campée de sa fille de cinéma, la très jolie Shaya Lelouch, la fille de son père.

Enfin, the last but not the least, Fanny Ardant brosse ici le rôle d’une écrivaine névrosée, genre Mary Higgins Clark, auteur à très grand succès de nombre de polars, en réalité peut-être écrits par un nègre (vous me suivez ?). Fanny Ardant joue alors à merveille de son horripilant accent snob pour se tourner, qui sait ?, en dérision. Claude Lelouch ne donne pas ici son véritable chef-d’œuvre, mais un film qui se tient bien. Et dire qu’il aurait pu ne pas le signer, à la manière de Romain Gary, en se faisant passer simplement et modestement pour le producteur.

Jean-Max Méjean / www.iletaitunefoislecinema.com

directeur de production producteur cinema television productrice tournage plateau comedien directrice
A propos du travail de Gérard de Battista sur "Roman de gare" de Claude Lelouch

Roman de gare est le quarantième film de Claude Lelouch en cinquante ans de carrière. Il s’inscrit dans le paysage cannois de l’année 2007 pour un hommage rendu à ce cinéaste français connu dans le monde entier. Et aussi connu par de nombreuses générations – au moins deux ! – puisque Cannes fête, lors de cet hommage, ses cinquante ans de cinéma !
C’est une deuxième collaboration pour Gérard de Battista qui avait déjà tourné Les Parisiens en 2004. Claude Lelouch a fait appel à Gérard surtout pour son expérience des tournages en HD et parce qu’il avait remarqué son excellent travail sur La Petite Lili de Claude Miller.

Claude Lelouch tourne beaucoup, il tourne vite, il a la réputation d’impressionner des kilomètres de pellicule… Alors, avoir une cassette de 45 minutes à disposition, sans couper, on comprend évidemment que la HD l’a tout de suite séduit.

Roman de gare est un film qui se regarde comme on lit un roman acheté dans une gare pour le dévorer le temps du voyage. Une comédie policière, un roman populaire, avec des clins d’œil de Lelouch à Lelouch. Surtout à la fin du film, lorsque, contre toute attente, tout finit bien, que les rencontres se font, que Gilbert Bécaud nous fait fondre et que le ton d’ Un homme et une femme nous revient en mémoire. Lelouch, égal à lui-même quarante ans après " chabada bada "… Mais le tournage en HD séduit aussi Lelouch pour la possibilité que cela offre de tourner en basse lumière. Par exemple, les plans subjectifs de l’intérieur de la voiture vers l’autoroute, pouvoir filmer les phares des voitures qui croisent en gardant une lisibilité du bord de la voiture. Tourner vite, voilà ce qui caractérise Roman de gare. Un tournage de six semaines, pratiquement tourné dans l’ordre chronologique.


CLAUDE LELOUCH ET GERARD DE BATTISTA


Gérard se souvient que le premier jour était une nuit, toute l’équipe est arrivée avec ses valises devant la prison de la Santé car, après le premier plan, départ sur l’autoroute, tournage sur l’autoroute, puis arrivée à Beaune pour une première semaine de travail. Ce premier plan, l’évasion de la prison de la Santé, est un subjectif des mains qui glissent le long des draps noués. Un sac à dos qui contient la caméra est installé sur le dos du cascadeur, un périscope permet de mettre l’optique au niveau de ses yeux.

Deux caméras en permanence permettent de tourner les scènes de comédie en champ contre champ en même temps. Ce n’est pas le plus facile pour un directeur de la photographie ! Il faut utiliser des longues focales pour pouvoir éclairer, soigner autant la lumière sur Fanny Ardent que sur Dominique Pinon…

Tourner en HD peut aussi désorienter certains comédiens habitués aux plateaux très éclairés. Gérard nous relate une de ses anecdotes favorites : Jean-Pierre Marielle, sur La Petite Lili, demandant : « Mais, où est le plateau ? » En effet, les scènes d’intérieurs soir sont souvent éclairées par des ampoules plus fortes dans les lampes, des cubes discrets ici et là (les Lucioles)… Claude Lelouch est extrêmement " rôdé " aux tournages. Il disait à Gérard :« Six semaines de tournage, quarante ans de prépa ! », les gens autour de lui fonctionnent avec ses codes. Habitué à cadrer lui-même – du temps du 35 mm ! –, il ne disait pas « Moteur ! », mais « Son, moteur ! » et Harald Maury, son collaborateur ingénieur du son depuis au moins dix-sept films, répondait toujours « Ça tourne », même s’il n’était pas tout à fait prêt, il finissait pendant le clap… Et Lelouch déclenchait la caméra. Sauf que sur ce film, les deux cadreurs doivent se synchroniser, et tourner à « Son, moteur ! », même s’ils ne sont pas tout à fait prêts… Et même si Gérard n’est pas tout à fait prêt non plus ! Et puis en HD, il n’y a pas besoin de clap !

Le matériel était relativement léger : deux caméras Sony 900R – sortie direct à l’arrière en HD, donc plus besoin du Miranda (elles sont donc un peu moins longues et un peu plus légères) –, deux zoom Canon 7,5x21 (équivalent d’un 18-400 en 35 mm), une série fixe Canon HD et un autre zoom ponctuellement pour les effets très longues focales, un 40x10 (équivalent d’un 25-1 000 en 35 mm). Gérard fait remarquer qu’il est quand même formidable de pouvoir tourner à l’épaule avec un zoom, le 7,5x21, qui proposent de telles focales. Les courbes de base de la caméra ont été conservées, sauf le contour qui a été considérablement réduit. Le signal enregistré était plutôt doux, plutôt plat, pour pouvoir travailler facilement à l’étalonnage.

Quant au retour vidéo, Claude ne s’en sert pas. Il y avait pour Gérard un retour 9 pouces qu’il appelle sa « cellule », un vrai moniteur avec un vrai tube HD devant lequel s’engouffre Gérard – obscurité oblige – pour régler son diaph. Ce moniteur a été calibré chez Eclair où toute la postproduction a été effectuée. La même LUT (" look up table ") y a été appliquée que celle utilisée à l’étalonnage numérique. La chaîne, chez Eclair, est très au point ; Bruno Patin a suivi toutes les étapes jusqu’aux copies et Gérard a beaucoup apprécié de n’avoir qu’un seul interlocuteur. La formation d’étalonneur photochimique de Bruno lui permet de réfléchir à pourquoi quelque chose ne va pas plutôt que de se lancer tout de suite – ce que font certains étalonneurs numériques – dans un défilement de toutes sortes de solutions en espérant trouver la bonne.

La version film est en Scope, ce qui a occasionné un rapport d’agrandissement assez fort puisque l’image enregistrée est en 16/9ème. Gérard n’est pas tout à fait satisfait du rendu de certains plans avec de très hautes lumières, les blancs ne sont pas aussi beaux qu’ils auraient pu l’être en pellicule…Mais ces inconvénients photographiques sont contrebalancés par des facilités de tournage, une liberté de ton, une rapidité, une spontanéité des acteurs… Tout dépend des priorités du metteur en scène, tout est une question de choix.

Tournage jubilatoire, enthousiasme, excitation sans énervement, sentiment d’équipe très fort, les tournages avec Lelouch sont tout cela à la fois ; les scènes suivantes sont déjà en ébullition, pas de découpage prévu à l’avance, il saura où mettre les caméras presque instinctivement, les acteurs improvisent, il veut être au plus près d’eux, avec le moins de tricherie possible… Avant le tournage des Parisiens, il a dit à Gérard : « Les jouets du cinéma, je les ai tous eus, les grues, les hélicos, ça ne m’amuse plus, je veux être là où sont les acteurs ».

Si vous voulez en savoir plus, regardez donc le court métrage qu’il a réalisé pour répondre à la commande du Festival de Cannes – un certain nombre de réalisateurs récompensés d’une Palme d’or réalisent un film de trois minutes. Seul impératif : cela se passe dans une salle obscure !). Merci maman, merci papa raconte, en trois minutes, des moments de sa vie de cinéaste !

Article rédigé par Brigitte Barbier, après s’être entrenue avec Gérard de Battista

Source : www.afcinema.com

Casting complet

Réalisateur Claude Lelouch

Acteurs
Dominique Pinon
Fanny Ardant
Audrey Dana
Zinedine Soualem
Myriam Boyer
Marc Rioufol
Michèle Bernier
Eric Delcourt
Boris Ventura Diaz
Thomas Le Douarec
Cyrille Eldin
Gilles Lemaire
Shaya Lelouch
Dominique Pellissier
Ilva Scali
Serge Moati
Eve Bitoun
Marie-Victoire Debré
Jérôme Cachon
Rebecca Blanc
Sarah Lelouch
Fred Musa
Bertrand Philippot

Producteur Claude Lelouch - Les Films 13

Scénariste Claude Lelouch
Dialoguiste Claude Lelouch / Pierre Uytterhoeven
Adaptateur Claude Lelouch / Pierre Uytterhoeven

Equipe technique
Directeur de la photographie Gérard De Batista
Compositeur Alex Jaffray
Musiques additionnelles (compositeur) Gilbert Bécaud
Monteur Stephane Mazalaigue
Chef décorateur François Chauvaud
Costumière Marité Coutard
Maquilleuse Lucia Bretonnes-Mendez
Assistant réalisateur Do Combe
Ingénieur du son Harald Maury / Jean-Charles Martel
Scripte Marion Pin
Directeur de production Rémi Bergman
Régisseur Philippe Lenfant