Coups de gueule Parfois, on cause, on cause, et on se prend les pieds dans le tapis. Retour sur images : Sophie Marceau, en plein jet-lag moral, parle des enfants souffrants devant un parterre médusé. Théo Angepoulos, austère et arrogant reçoit son Grand Prix avec une insatisfaction tangible (il courait pour la palme ou rien). Avec une extrême courtoisie, Lars von Trier, vexé de voir son « Europa » humilié par un hochet technique, remercie le « nain » (en anglais dwarf) du jury en fixant le président Roman Polanski. Spike Lee, sur le banc de touche avec « Do the Right Thing », invective par voie de presse ce « raciste » de Wim Wenders, lui promettant un lifting à la batte de base-ball. Maurice Pialat, lève un poing fermé que d’aucun ont pris pour un bras d’honneur, assenant un « Vous ne m’aimez pas, je ne vous aime pas non plus ». Parfois à Cannes, il vaudrait mieux la fermer.

Coup de vent L’a-t-elle fait exprès ou pas ? Il y a deux ans, la robe de Sophie Marceau a chu côté épaule, dévoilant un sein chanté par Julien Clerc (chanson dont elle avait pris ombrage). On en a fait des gorges chaudes. L’année suivante, pas de souci côté haut, solidement arrimé, mais, côté bas, la robe s’envole. Décidément, le vent fripon ne souffle pas que sur le pont des Arts.

Coup de boule Les jurés sont tenus au secret. Seulement, voilà, parfois, les langues se délient à cause d’un rien, ou d’un trop plein.... En 1979, Françoise Sagan, très colère contre le Festival qui refuse de lui payer ses frais (l’équivalent de 1820 €) et sa note de téléphone (395 €), déballe tout. Selon elle, c’est « Le Tambour » qui aurait dû seul recevoir la Palme, alors que sous diverses pressions, le jury l’a dédoublée pour couronner « Apocalypse Now ». Depuis, d’invérifiables rumeurs circulent à chaque palmarès.

Coups de sifflet Parmi les films qui ont déclenché des véritables batailles d’Hernani, avec empaillage et cris, on trouve « La grande bouffe de Ferreri », où quelques compères se font mourir de mangeaille, « Irréversible » de Gaspard Noé où Monica Belluci se fait violer pendant 8 minutes qui semblent 20, « La maman et la putain » de Jean Eustache, tellement moderne et cru, et tout récemment « Brown Bunny » de Vincent Gallo, réalisateur et acteur dont tout le monde put admirer le gros bazar. De toute manière, une sélection sans un film scandaleux n’est pas une sélection réussie.

Coup de théâtre Cannes se passe en mai et, même en 68, semble coupé du monde. Mais voilà, il y a en a qui écoutent la radio. Résultat, chacun à un bout, François Truffaut et Claude Lelouch s’accrochent au rideau de scène pour l’empêcher de se lever sur la projection. Branle bas de combat entre les pour et les contre (l’arrêt du festival), pugilat sur scène au milieu des hortensias (si, si). Le festival a été annulé, mais l’année suivante, les horribles hortensias qui décoraient (sic) la scène étaient de retour, faute de goût. 1968 qui avait eu tant d’effet sur la société n’a rien pu faire contre les hortensias cannois.

Quatre cents coups C’est dans une baignoire que furent servis les spaghettis de la fête donnée en l’honneur de la « Dolce Vita » tandis que les bouteilles prenaient le frais dans la piscine, en compagnie de quelques invités en grande tenue tombés dedans par mégarde ou malveillance. C’était le bon temps... Jeanne Moreau et Mélina Mercouri dansaient sur les tables et cassaient les verres à la russe. Rendez-nous les orgies d’antan !

Coup de balai Les lofteurs (les premiers éjectés de la première édition) déambulent sur la Croisette, mais le délégué général du festival a été formel : pas de marches pour ces sous-produits de la télé-poubelle. Aziz, David et Delphine sont acclamés par la foule, mais pas de tapis rouge. Autre jour, autres moeurs. La conférence de presse des hot d’or doit se tenir dans le bar de grand hôtel. Au bout de 10 mn, bimbos dépoitraillées et photographes se retrouvent sur le trottoir. L’hôtel, pas au courant de la manifestation désapprouve, craint pour ses étoiles, ses clients, sa pudeur. Cachez ces seins...

Coup de blues Robert Mitchum, sexy comme c’est pas possible, ses grandes mains sur les seins d’une starlette, Simone Sylva. À lui la gloire et les films, à elle le soutif d’un instantané. Le PDG de Cinémonde, oublié à une réception, convoque en duel (au pistolet et petit jour) le président du comité d’accueil. C’est tout de même autre chose que les débords de Samy Nacéri. Danielle Darrieux et la môme Moineau, sont à deux mèches d’un crêpage de chignon sur un yacht. Dans les couloirs du Carlton, à la nuit tombée, Cary Grant court, littéralement, après Lana Turner qui se laisse attraper. On a dit qu’ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs. Qui sait, en 2057, on se souviendra, peut-être, la larmichette au coin de l’oeil du 60e festival 2007.

Nombres d’or
19 : Nombre de feuilles de la Palme
24 : Nombre de marches
999 : Longs métrages présentés en 2006 toutes sections confondues
2 220 : Nombre de sièges dans la grande salle du Palais
25 000 € : la suite de palace la plus chère
70 000 : Nombre d’habitants à Cannes hors festival
300 000 : Nombre d’habitants à Cannes pendant le festival
110 000 000 € : Retombées économiques de 10 jours de festival

Sucres de Cannes Des anecdotes à la pelle, des photos belles, une préface de la main d’Isabelle Adjani, c’est « La légende de Cannes », un livre d’Henry-Jean Servat (chez Assouline), un garçon qui a très bonne mémoire et qui connaît toutes les stars personnellement. De A à Z, d’Académiciens, qu’on colle parfois dans le jury, à Zanzibar, comme ce bar anciennement à marins, désormais à gays où l’on dit que Visconti trouva fiancés, il ne manque pas une seule pépite. C’est encore mieux que si on y était !

Source : www.reponseatout.com - 7 juin 2007