De Versailles à la cour du Palais Royal, le chemin fut au cours des siècles longtemps parcouru par le carrosse du roi. C’est ce même chemin qu’emprunte aujourd’hui Christine Albanel, cinquante et un ans (elle est née le 25 juin 1955), la présidente de l’Établissement du château de Versailles tout juste nommée ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement Fillon.


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La SACD, la société des auteurs, s’est aussitôt félicitée que Nicolas Sarkozy ait finalement renoncé à regrouper l’Éducation et la Culture au sein d’un seul et même ministère. « C’est une femme qui connaît bien son boulot. Elle a toujours défendu la culture », a déclaré au Point, Pascal Rogard, le président de la SACD. Notamment lorsque de 1995 à 2000, elle fut conseillère pour l’éducation et la culture auprès de Jacques Chirac à l’Élysée.

À la tête du Château de Versailles, un poste qu’elle doit à Chirac, Christine Albanel a entrepris une ample rénovation avec l’aide de mécènes privés : le mur des fermiers généraux a été reconstruit pour supporter une « grille royale » ; les fenêtres ont été repeintes en jaune or ; la statue équestre de Louis XIV a été déplacée ; le Bosquet des Trois Fontaines a été reconstitué. Ce chantier a suscité la controverse. Deux architectes des Monuments historiques contestent les sources documentaires à partir desquelles les travaux de restauration ont été entrepris, qui doivent restituer au château son aspect Louis XVI et aux jardins leur configuration du temps du Roi Soleil.

Tout juste nommée au ministère de la Culture, Christine Albanel a confié à Jean-François Hébert la direction de son cabinet. Cet énarque (promotion « Droits de l’Homme ») de cinquante ans est président de la Cité des sciences à la Villette depuis octobre 2002. En 2003, le ministère de la Culture lui a confié la mission visant à améliorer l’accueil des personnes handicapées dans les établissements culturels.

C’est un fait, Christine Albanel a été piochée par François Fillon au coeur même de la Chiraquie. Elle en est l’une des figures féminines les plus fidèles. Sa plume d’agrégée de lettres modernes a longtemps été mise au service de Jacques Chirac de la mairie de Paris (dès 1982) à l’Élysée en passant par Matignon (entre 1986 et 1988).

Cependant, c’est d’abord sous Giscard que cette enseignante (elle n’a professé qu’un an) entre au contact de la sphère politique en rejoignant le service de presse du président Giscard de 1979 à la victoire de Mitterrand.

Née à Toulouse, cette fille de médecin est passionnée de théâtre. Elle s’essaie à l’écriture dramaturgique et publie trois pièces : Les Palhasses (1983) qui sera jouée au théâtre Essaïon, à Paris ; Hotel Sawat de la plage, en 1984 ; Barrio Chino en 1987. Dans cette dernière pièce, Christine Albanel peint la rencontre amoureuse entre une femme mûre pleine de truculence et un jeune journaliste d’agence.

Elle abandonne la plume durant de longues années avant de publier un roman, en 1994, chez Flammarion. Une mère insensée raconte les retrouvailles de deux soeurs à l’occasion d’un accident survenu à leur mère. L’une, divorcée, galeriste, est un peintre manqué. L’autre laisse, derrière elle, mari et enfants.

Rue de Valois, quelques dossiers techniques attendent la ministre fraîchement nommée. La question des intermittents du spectacle n’a été que partiellement réglée. Le nouveau régime doit désormais faire le tri entre les métiers qui ont accès au statut de l’intermittence et ceux qui basculeront dans le droit commun.

Elle devra, en principe, mener la réforme du Conseil supérieur de l’audiovisuel dont le système de nomination ne satisfait pas les exigences républicaines de Nicolas Sarkozy. Le président de la République a promis d’ouvrir à France Télévisions un financement publicitaire plus ample tout en exigeant du service public davantage de programmes culturels aux heures de grande écoute. Les aides à la presse devraient, selon les promesses du candidat, être rehaussées de manière urgente. Enfin, Christine Albanel, en rapport avec Rachida Dati, le garde des Sceaux, aura son mot à dire dans l’élaboration d’une défense législative du secret des sources des journalistes. Là aussi, une promesse du candidat Sarkozy.

Sa feuille de route est ainsi tracée. À Christine Albanel de prendre, maintenant, les commandes.

Source : Emmanuel Berretta / LE POINT
Christine Albanel est la fille de Jean-Claude Albanel, médecin, et de Lucile Bez. Elle a été mariée à Philippe Guilhot de Lagarde, dont elle est divorcée, et a un enfant, Antoine Valroff.
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