L'acteur et comédien Jean-Pierre Cassel, Crochon de son vrai nom, est mort hier à l'âge de 74 ans. Plus présent sur les planches et le petit écran les derniers temps, c'est bien avec le cinéma qu'il est devenu célèbre. Quels sont les grands films et les tournants qui ont marqué sa carrière ?



Crédit photo : Carole Bellaïche


- Ce sont les films de Philippe de Broca qui l'ont révélé au grand public. Jean-Pierre Cassel a environ 27 ans lorsqu'arrive la nouvelle vague. C'est à ce moment-là que le jeune assistant de Truffaut et de Chabrol, le remarque. Philippe de Broca engage ce jeune comédien, qui lui ressemble mais avec de plus grandes jambes, et le fait danser dans ses films. Jean-Pierre Cassel incarne alors un jeune homme joyeux avec uniquement du soleil dans la tête.

Très vite, les réalisateurs se rendent compte qu'il est un grand acteur, et pas seulement un grand danseur.

A la fin des années 60, il commence alors à composer des rôles plus profonds. Cela se remarque notamment dans l'adaptation du "Mariage de Figaro" de Beaumarchais, par Claude Barma, où il incarne figaro avec de la profondeur tout en restant dans la légèreté. Ou encore dans "la fable" de Michel Deville, aux côtés de Brigitte Bardot ou bien dans l'armée des ombres de Melville.

Jean-Pierre Cassel a également accéder à la notoriété par la télévision; il a longtemps animé une émission de télévision avec des invités, où il dansait. Il était, à ce moment-là, la bonne humeur française!

Dans les années 80, il se lance dans le théâtre et se met à jouer des rôles d'intellectuels sur le déclin, qui se reprennent. Il reste toujours aussi charmant mais ne joue plus le jeune premier toujours enjoué.

A cette période, il avait quelque chose de douloureux dans le jeu mais son corps lui donnait toujours une espèce d'impulsion joyeuse. C'était un instrument de musique formidable.

Comment qualifieriez-vous sa carrière ?

Ce fut une belle mais curieuse carrière. Il a été en quelque sorte un chef de file à son époque.

Comme les jolies actrices, Jean-Pierre Cassel a eu une double carrière. La première, lorsqu'il était jeune, et qu'il était lui-même, la seconde, à l'âge mûr, lorsqu'il était les autres en composant magnifiquement.

La transition a certainement été difficile, car c'est dur de passer du jeune premier à l'homme d'âge mûr plus torturé, mais il ne se plaignait jamais. En fait, c'était un acteur pour Beaumarchais, il détenait cette profondeur dans la légèreté et je n'ai jamais eu le sentiment d'une modernité chez lui, il incarnait toujours une certaine intemporalité.

Queques mots pour définir l'homme ?

Il était à la fois d'une extraordinaire politesse et courtoisie, il me donnait l'impression de sortir d'une pièce de Guitry, et, en même temps, il adorait raconter des blagues salaces!

C'était un morceau d'éducation française, affectueusement classique et capable d'une certaine gauloiserie. J'aimais vraiment beaucoup cet homme.

Source : Le Nouvel Obs / Alain Riou - Propos recueillis par Charlotte Clidi
directeur de production producteur cinema television productrice tournage plateau comedien directrice
Filmographie sélective

Cinéma

* 1950 : Pigalle St-Germain-des-Prés d'André Berthomieu
* 1957 : La Route joyeuse (The Happy Road) de Gene Kelly
* 1960 : Les Jeux de l'amour de Philippe de Broca
* 1960 : Le Farceur de Philippe de Broca
* 1961 : Candide ou l'optimisme du XXe siècle de Norbert Carbonnaux
* 1962 : La Gamberge de Norbert Carbonnaux
* 1962 : Le Caporal épinglé de Jean Renoir
* 1963 : Cyrano et d'Artagnan d'Abel Gance
* 1965 : Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines de Ken Annakin
* 1965 : Paris brûle-t-il ? de René Clément
* 1967 : Jeu de massacre d'Alain Jessua
* 1969 : L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville
* 1970 : L'ours et la poupée avec Brigitte Bardot
* 1970 : La Rupture de Claude Chabrol
* 1970 : Le Bateau sur l'herbe de Gérard Brach
* 1971 : Malpertuis d'Harry Kümel
* 1972 : Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel
* 1973 : Les Trois Mousquetaires (The Three Musketeers) de Richard Lester
* 1974 : Le Mouton enragé de Michel Deville
* 1974 : Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet
* 1975 : Dr Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli
* 1976 : Folies bourgeoises de Claude Chabrol
* 1978 : Je te tiens, tu me tiens par la barbichette de Jean Yanne
* 1980 : Le Soleil en face de Pierre Kast
* 1981 : La vie continue de Moshé Mizrahi
* 1982 : La Truite de Joseph Losey
* 1983 : Vive la sociale ! de Gérard Mordillat
* 1984 : Tranches de vie de François Leterrier
* 1987 : Chouans ! de Philippe de Broca
* 1988 : Mangeclous de Moshé Mizrahi
* 1992 : Pétain de Jean Marboeuf
* 1992 : L'Oeil écarlate de Dominique Roulet
* 1992 : Coup de jeune de Xavier Gélin
* 1992 : Prêt-à-porter de Robert Altman
* 1993 : Casque bleu de Gérard Jugnot
* 1995 : La Cérémonie de Claude Chabrol
* 1995 : Les Bidochon, de Serge Korber
* 1998 : La Patinoire de Jean-Philippe Toussaint
* 1998 : Le Plus beau pays du monde de Marcel Bluwal
* 1998 : Sade de Benoît Jacquot
* 2000 : Les Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz
* 2003 : Michel Vaillant de Louis-Pascal Couvelaire
* 2003 : La Caméra de bois (The Wooden camera) de Ntshaveni Wa Lurul
* 2004 : Virgil de Mabrouk El Mechri
* 2004 : Narco de Tristan Aurouet et Gilles Lellouche
* 2005 : Judas de Nicolas Bary (court-métrage)
* 2005 : Bunker paradise de Stefan Liberski
* 2005 : J'aurais voulu être un danseur d’Alain Berliner
* 2006 : Congorama de Philippe Falardeau au Québec
* 2006 : Mauvaise foi de Roschdy Zem
* 2007 : Contre-enquête de Franck Mancuso

Télévision

* 1984 : Dernier Banco de Claude de Givray
* 1993 : La Treizième voiture de Alain Bonnot
* 1995 : Le Fils de Paul de Didier Grousset
* 2000 : Rastignac ou les ambitieux de Alain Tasma
* 2003 : La Maison du canal d'Alain Berliner
* 2005 : La Femme Coquelicot de Jérôme Foulon