QU’EST-CE qu’une bonne actrice, indépendamment de toute appréciation sur son talent ? Quelqu’un qui parvient à imposer un type de personnage que le public prend plaisir à retrouver, l’identifiant à un emploi, un profil, un « caractère » défini une fois pour toutes ? Ou, à l’inverse, quelqu’un qui prend des risques, ose brouiller, malmener son image afin d’interpréter des rôles différents, de varier son répertoire, de surprendre ?



© Studio Canal



Cataloguée à tort à ses débuts comme jeune femme BCBG, Nathalie Baye fait son métier avec de plus en plus de gourmandise, contestant allégrement les idées toutes faites, jouant les bobonnes à l’aspirateur, les désenchantées à bagout, les adeptes de l’ivresse sexuelle, les fofolles, les alcooliques. Elle s’offre ici une nouvelle composition, terrifiante, en mère dévorante. Redonnant une actualité à la fameuse réflexion d’Alfred Hitchcock : « Le film sera meilleur encore si le méchant est réussi. »

La méchante est très réussie dansMonfils à moi, où, sans grimace ni prothèse, Nathalie Baye est monstrueuse.Onla découvre dans un pavillon petit-bourgeois d’une ville de province, s’adonnant avec son fils Julien, adolescent, à une sorte de fox-trot au milieu du salon familial. Mère et fils ne semblent jamais plus heureux que lorsqu’ils sont seul à seul. Un couple fusionnel, que l’on retrouve peu après jouant à s’affubler de vieux vêtements déballés d’une malle.

Très vite, on se rend compte que le gamin est pris en otage dans cette relation arbitrairement complice. La mère est capable d’arborer un merveilleux sourire, plein de tendresse, tout autant que d’exercer une autorité de fer, un chantage affectif insidieux. Elle surveille avec une intraitable vigilance les résultats scolaires du gamin, ses exercices de piano, l’appétit avec lequel il accueille les petits plats qu’elle a mitonnés pour lui.

Mais Julien est de moins en moins dans son assiette. L’amour vampirique de sa mère le contraint à se dédoubler. Epanoui dehors, tifs en bataille, chemise hors du pantalon, espiègle avec sa grandmère, romantique avec sa copine de classe, il est renfermé chez lui, proie d’odieux soupçons, cible de la tyrannie ordinaire, objet de répressions rageuses, de plus en plus violentes, qui s’exercent sur ses vêtements, son intimité.

Exclusion du père
C’est à un processus d’étouffement par inceste platonique que nous assistons, à une mainmise destructrice avec exclusion du père, qui a démissionné, se réfugie lâchement dans ses copies à corriger (il est professeur) ou son sport, sourd, aveugle, impuissant, lâche. Le film captive parce qu’il dépeint subtilement un cas de rapt assez fréquent, et qu’il montre jusqu’où peuvent aboutir les ravages.

Car ici, cette femme qui considère son fils comme « son » homme et ne supporte pas de le voir lui échapper devient un cas clinique. Le huis clos familial tourne au fait divers dramatique. Martial Fougeron s’interdit tout pathos, et réussit à ce que l’on sortedu film bouleversé.

Source : J.-L. D. / LE MONDE du 7 mars 2007

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Liste technique et artistique

Acteurs
la mère Nathalie Baye
Julien Victor Sévaux
le père Olivier Gourmet
Suzanne Marie Kremer
la grand-mère Emmanuelle Riva
la proviseur Michèle Moretti
un policier Ludmila Ruoso
Sam Thomas Silberstein
Alice Valentine Stach

Production
Producteur Frédéric Niedermayer / Pascal Caucheteux
Producteur associé Yorgos Arvanitis

Scénario
Scénariste Martial Fougeron / Florence Eliakim

Equipe technique
Directeur de la photographie Yorgos Arvanitis
Compositeur Fabrice Dumont / Frédéric Fortuny
Monteuse Laurence Briaud
Chef décorateur Eric Barboza
Costumière Nathalie Raoul
Coiffeur Cédric Chami
Maquilleuse Thi-Thanh-Tu Nguyen
Directrice du casting Laure Cochener
Directeur de production Isabelle Tillou

Sortie en salles : 7 mars 2007