On la connaît pétulante, décidée, le verbe haut et le rire prompt. Véronique Genest, alias Julie Lescaut, impose la personnalité roborative de l’efficace commissaire, depuis 1992 sur TF1. Lundi 12 mars, on la découvrira bien différente dans ses robes fleuries et gilets de laine, toujours chaleureuse mais plongée dans le maelström de l’Histoire, celle de la guerre et de la persécution des juifs.

Dans La Dame d’Izieu, elle prête ses traits et sa silhouette à Sabine Zlatin, cette Française d’origine polonaise qui fonda en 1943 la « colonie d’enfants réfugiés de l’Hérault » dans ce village de l’Ain. Durant un an, elle les cacha et les protégea, dans une ambiance solidaire et généreuse. Jusqu’au 6 avril 1944, jour de la rafle effectuée par la Gestapo de Lyon, à la demande de Klaus Barbie…

« J’ai bien conscience que la popularité de Julie Lescaut et mes relations de confiance avec TF1 m’ont permis de proposer – et de voir accepter – ce projet où l’on ne m’attendait pas forcément, confie Véronique Genest. J’aspire aujourd’hui à aller vers ce type de rôle, à raconter des histoires fortes. Être ma propre productrice me donne plus d’autonomie et la faculté d’impulser des sujets. »

Quand la comédienne se fait productrice
La comédienne, à l’instar de Corinne Touzet – autre star de la Une grâce à son emploi récurrent de « Femme d’honneur » – a fondé, en effet, sa propre maison de production. Avec son mari, Meyer Bokobza, elle est aux commandes de « Sam et compagnie» et, même si elle prétend que « c’est lui qui fait tout le sale boulot », Véronique Genest s’appuie sur cette structure pour donner vie à ses idées. Dans sa première production télévisée, Une femme si parfaite, réalisée par Bernard Uzan, elle partageait l’affiche avec Philippe Caroit.

Sans entrer dans les détails, elle évoque désormais aussi bien des désirs de théâtre, de cinéma (« sans obligatoirement être moi-même à l’affiche ») et même d’écriture : « Je mets la dernière main à un livre très autobiographique, à partir des souvenirs de ma prime jeunesse. »

Mais c’est surtout le petit écran qui a bâti la notoriété de Véronique Genest. « On me dit souvent que je suis mariée avec TF1 mais ce n’est pas tout à fait vrai. Certes, jusqu’ici, ils acceptent toutes mes propositions. Alors pourquoi irais-je voir ailleurs ? lance-t-elle en riant. Ce qui m’amuse, c’est que les films que je tourne pour la Une pourraient parfaitement convenir à France 2, vu leurs sujets. »

Le tournage a été " intense mais très dur"
Pour se préparer à La Dame d’Izieu, la comédienne s’est imposé la lecture de nombreux témoignages, le visionnage d’images d’archives, la visite des lieux aujourd’hui devenus musées « pour s’imprégner de l’atmosphère de l’époque et faire naître petit à petit le personnage ». On conçoit volontiers que cette artiste à la forte présence charnelle – qui s’est exprimée dès sa remarquable incarnation de Nana, d’après Zola, en 1980 sous la caméra de Maurice Cazeneuve – ait besoin de ce contact avec la réalité sensible des décors, des objets et des gens, pour construire son interprétation.

Elle évoque sans détour « un tournage intense mais très dur, pendant dix semaines (ce qui est long à la télévision) de canicule à laquelle les vêtements des personnages étaient bien peu adaptés ! À cette fatigue physique, s’ajoutait, bien entendu, une lourde charge émotionnelle. »

Fille d’un médecin et d’une secrétaire de direction, Véronique Genest (Véronique Combouilhaud de son vrai nom) a su très vite que le goût de la communication l’habitait. Elle avait à peine 8 ans qu’elle se glissait dans la salle d’attente de son père pour interviewer les patients interloqués et complaisants face à cette journaliste en herbe…

Une figure familière du petit écran
Elle effectue ses premiers pas sur scène à 15 ans, dans une troupe amateur mais, montée à Paris, échoue à l’entrée au Conservatoire. Pourtant, sa gouaille, son éclat et sa sensualité la désignent pour incarner la fascinante et misérable Nana.

Quelques rôles sans grande envergure au cinéma ponctuent une carrière en demi-teinte, jusqu’au phénomène Julie Lescaut : dès les premiers épisodes des aventures de la commissaire au franc-parler et à l’intuition sans faille, mère de deux charmantes filles et animatrice cordiale d’une équipe d’enquêteurs dévoués, l’audience est au rendez-vous et restera au firmament.

Pour 8 à 10 millions de fidèles en moyenne, Véronique-Julie devient une figure familière. Elle obtient trois Sept d’or en 1996, 1999 et 2001. Avec les risques du genre : l’enfermement dans un rôle et l’usure inévitable d’un filon à succès, atteint année après année par une certaine paresse à se renouveler. Mais, toujours sur le pont, la verve de Julie Lescaut ne s’épuise pas et Véronique Genest maintient le cap de la série.

Collaboration familiale
Même si elle craint que « la concurrence des autres programmes diffusés lundi soir soit sévère pour “sa” Dame d’Izieu » et qu’elle ne s’attend pas à capter l’audience spectaculaire de la commissaire des Clairières, Véronique Genest espère que « le film saura susciter des discussions, provoquer le désir chez les plus jeunes d’en savoir davantage sur une histoire récente et encore si sensible. Avec mon fils qui joue dans le film (10 ans au moment du tournage), j’ai beaucoup parlé, beaucoup échangé. Cela nous a marqués l’un comme l’autre… C’est amusant, car au départ il ne tenait pas tellement à participer à l’aventure. Peut-être parce qu’il voyait ce tournage durant les vacances scolaires davantage plus comme une contrainte que comme une source de plaisir. Ce qui l’a convaincu c’est d’avoir à interpréter un enfant un peu plus âgé que lui. L’idée d’incarner un “grand” devenait tout à coup bien séduisante ! »

Cette collaboration familiale laisse un beau souvenir à Véronique Genest . Mais la comédienne précise qu’elle n’envisage aucunement d’en faire une habitude ni un « argument marketing».

Consciente qu’« il sera difficile de jouer autre chose après un rôle aussi dense », la comédienne refuse pour autant de se créer des exigences artificielles : « J’aime tout jouer, toute la gamme des émotions : le léger, le romantique, le comique, le grave… sans exclusive ! » Nature et sans affectation : telle est Véronique Genest , authentique actrice populaire.

Emmanuelle GIULIANI

La Dame d’Izieu, fiction en deux parties d’Alain Wermus sur un scénario de Stéphane Kaminka et Alain Stern.Lundi 12 et lundi 19 mars, à 20 h 50 sur TF1.

Source : LA CROIX
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