En 2004, Agnès Jaoui s’était adressée au ministre de la Culture lors de la cérémonie des césars. L’année suivante, ce fut au tour de Lambert Wilson. Entre-temps, Sanseverino s’était exprimé aux victoires de la musique sur le sujet. Ce sera au tour de l’acteur Nicolas Boucheau d’évoquer la question qui fâche lors de la soirée des molières en 2006, quelques jours après une soirée des césars mouvementée qui avait provoqué la sortie de Robert Guédiguian et d’Ariane Ascaride du Théâtre du Châtelet.

Pour Juliette Binoche, « il faut résister »

Cette année, Pascale Ferran a fait une intervention remarquée (lire ci-dessous). Juliette Binoche a saisi la balle au bond, ne souhaitant rien ajouter de plus, sinon un « il faut résister » qui a dû siffler étrangement aux oreilles du encore ministre de la Culture dont le sourire semblait figé dans le marbre. Si l’on ajoute à ces noms ceux de milliers d’intermittents restés à l’ombre des sunlights, voilà un beau casting pour une belle lutte.

Le cinéma, c’est l’art du montage. Pascale Ferran ne l’ignore pas - c’est le moins que l’on puisse dire - qui a su raconter l’histoire d’un système qui aujourd’hui donne toujours plus aux plus riches et chaque fois moins aux plus pauvres. Et c’est la même histoire pour les intermittents.

Il a fallu une ambition - politique, un dépassement de son propre intérêt vers l’intérêt général pour que le - cinéma français devienne l’un des plus grands à l’échelle mondiale en termes de production, comme l’un des plus performants en termes de protection de ceux qui, précisément, participent de sa créativité et de son rayonnement. Cela s’appelle l’exception culturelle. Jusqu’à quand ?

favoriser les plus riches et précariser les plus pauvres

En s’attaquant au système mutualiste qui régit l’assurance chômage des intermittents, en faisant des artistes et des techniciens la variable d’ajustement, c’est l’exception culturelle qui est le coeur de cible du MEDEF. Et de tous ceux qui, dans les coulisses du pouvoir, manoeuvrent de conserve. En donnant le compte à rebours, Pascale Ferran a interpellé les hommes politiques présents dans la salle. Qu’avez-vous fait de vos cinq ans ? disait-elle à qui de droit. Mais son interpellation était aussi - destinée aux absents. Son « qu’attendez-vous pour prononcer le mot culture ? » disait l’urgence, la nécessité et la détermination de ne plus se contenter de vagues promesses qui n’engagent que ceux qui les croient. Mettre en conformité ses actes avec ses paroles.

la perversion du nouveau système d’assurance chômage

Savoir entendre l’ambition de toute une profession qui, en dénonçant la perversité du nouveau système d’assurance-chômage, s’inquiète des dérives du système de production ou encore du formatage du goût du public.

La balle est dans le camp des formations politiques. Pour ce qui est des artistes et techniciens du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel, remettre sur le métier l’intermittence ne leur fait pas peur. Cela fait même partie de leur savoir-faire. Eux sont prêts à imaginer un autre système pour les trente années à venir. Les dirigeants politiques auront-ils le courage de s’y mettre ?

Source : Marie-José Sirach / LIBERATION
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