Un jugement rendu le 11 janvier par le tribunal de grande instance de Nanterre, qui vient d'être publié, a donné raison au réalisateur Jean-Jacques Beineix, qui attaquait StudioCanal Image SA, détenteur du plus important catalogue de films en Europe, pour avoir laissé dénaturer son film Diva aux Etats-Unis.

Sorti en mars 1981, ce long métrage produit par les Films Galaxie, avait très mal démarré sa carrière - il a longtemps été projeté dans une seule salle à Paris, le Panthéon -, avant de devenir un succès dans l'Hexagone un an plus tard (4 millions d'entrées), couronné par quatre Césars en 1982. Mais aussi à l'étranger, avec notamment 13 millions de dollars de recettes au box-office aux Etats-Unis au début des années 1980.

La bande-son de Diva (dialogues et musique) était monophonique. A la suite de concentrations et de rachats, StudioCanal Image a récupéré ce film dans son catalogue. Cette société a autorisé son distributeur américain Anchor Bay Entertainment à faire un « remixage » en stéréo pour les besoins d'un nouveau DVD qui comportait aussi un entretien avec Beineix, donné en 1997. Mais sans l'autorisation de Beineix.

« CHOIX ESTHÉTIQUES »

Constatant la violation du droit moral du réalisateur, le tribunal a condamné StudioCanal Image à payer à M. Beineix 30 000 euros de dommages et intérêts et 8 000 euros en application de l'article 700 du nouveau code de procédure civile.

La Société civile des auteurs compositeurs dramatiques (SACD) et celle des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP) soutenaient le réalisateur. « Ce jugement illustre les difficultés de la concentration des catalogues de films et rappelle le principe de responsabilité de la société qui autorise l'exploitation d'un film dans un autre pays », souligne Michel Gomez, délégué général de l'ARP. Il ajoute que ce jugement va à l'encontre du « pseudo-déterminisme technique fait à l'encontre des choix esthétiques des artistes ».

Jean-Jacques Beineix rappelle que Columbia a renoncé à son projet de DVD en stéréo pour son film 37,2° le matin. L'avocate de StudioCanal Image, Me Anne Boissard, n'envisage pas, « a priori, de faire appel ».

Nicole Vulser

Source : LE MONDE
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