Fin 2004. Tandis qu'Olivier Dahan prépare La Môme, kaléidoscope de la vie d'Edith Piaf, Ginou Richer, assistante et confidente de l'illustre chanteuse, rassemble ses souvenirs, cocasses et émouvants, dans un livre: Piaf, mon amie. 2005. A quelques semaines du tournage, le réalisateur découvre l'ouvrage et demande à son auteur un avis consultatif sur le scénario. Un an et demi plus tard, elle nous donne un avis consultatif sur le film.

La Môme est-elle fidèle au souvenir que vous avez gardé d'Edith Piaf?
Oh, oui! Olivier Dahan est un extraterrestre. Ou un médium. Après avoir, pendant trois ans, tout lu sur Edith, y compris son courrier déposé à la Bibliothèque nationale, il en a sorti une synthèse extrêmement juste, sans demander conseil à personne, agrémentée de situations racontées nulle part, mais qu'il a devinées.

Vous n'êtes donc pas du tout intervenue sur le scénario? Sur une chose seulement: le personnage de Loulou Barrier (joué par Pascal Greggory), l'imprésario arrivé dans la vie d'Edith en 1946, trop en retrait dans le scénario. En fait, il a été amoureux d'elle jusqu'à la fin - mais en secret. Cet amour n'a jamais été mentionné. Seuls les intimes d'Edith s'en doutaient.

Pourquoi le film passe-t-il sous silence la période 1939-1945, après laquelle Edith Piaf fut traînée dans la boue pour avoir chanté devant les Allemands?
Parce que ce n'était pas utile. A la Libération, elle a effectivement été traduite devant un tribunal, mais une trentaine d'hommes prisonniers en Allemagne ont témoigné pour elle. Quand elle est allée chanter là-bas, elle leur a apporté de faux papiers. Une belle histoire, mais hors sujet pour le film. Et propice, pour certains esprits malintentionnés, à réactiver une polémique qui n'avait pas lieu d'être. Olivier ne voulait aucune ombre sur le personnage.

On la découvre quand même toxicomane...
Oui, mais cela, on ne pouvait pas le zapper. Je précise dans mon livre les conditions de cette descente aux Enfers: dans un accident de voiture avec Charles Aznavour, Edith a un bras cassé, deux côtes enfoncées et une jambe ouverte. Pour calmer la douleur, on lui injecte de la morphine. Mais sans baisser les doses au fur et à mesure de sa guérison. C'est ainsi qu'Edith est devenue accro.

Avez-vous nourri Marion Cotillard de vos souvenirs?
- Pas trop. Nous nous sommes vues toute une journée, avant le tournage. J'ai senti qu'elle était déjà habitée. Je n'ai même pas remarqué la différence de taille: Edith mesurait 1,46 mètre; Marion, 1,70 mètre. Après avoir vu et revu le film, je suis rentrée chez moi, à Cannes, totalement déphasée pendant dix jours, ne sachant plus si Edith était vraiment partie ou pas.

Propos recueillis par Christophe Carrière pour L'Express du 7 février 2007

La Môme, d'Olivier Dahan. Sortie le 14 février.
Piaf, mon amie, par Ginou Richer. Denoël, 256 p., 18 €.
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