JULIEN (Éric Caravaca), qui a des ambitions littéraires, rêve de quitter sa province pour se faire un nom à Paris. L'occasion lui en est offerte par le fils d'un éditeur parisien qui a fait le chemin inverse, pour fuir la capitale. Grâce à sa recommandation, Julien doit être reçu par la directrice littéraire Judith Zahn (Karin Viard). Ils vont se révéler aussi roués l'un que l'autre, se séduire, se piéger, se trahir, se venger, jusqu'à ce qu'amour s'ensuive.

« À la fin, après s'être écharpés pendant tout le film, ces deux arrivistes se sont débarrassés du côté négatif de l'ambition », dit Catherine Corsini, qui tenait à finir sur une note heureuse. Même avec des notes sombres, Les Ambitieux penche résolument du côté de la comédie, et la réalisatrice a une prédilection pour la comédie américaine de Blake Edwards ou de Howard Hawks : « Leurs films ont des côtés mal élevés que je trouve succulents, et il y a souvent chez les femmes comme Katharine Hepburn une insolence virile qui les rend plus drôles ». Pour le rôle de Judith, « archétype de ces femmes de 40 ans qui ont réussi et sont dans la domination », elle a retrouvé Karin Viard, qui avait déjà interprété sa Nouvelle Ève (1998). « C'est une actrice qui me correspond bien, dit-elle, directe, sans minauderie mais avec la distance de l'humour et la faculté d'émotion. » Il y a de cela chez Corsini, avec son naturel un peu mec, à la fois carré et pudique, sa franchise nuancée de timidités.

De sa formation au Conservatoire, sous la houlette de Michel Bouquet et d'Antoine Vitez, Catherine Corsini a gardé la connaissance des acteurs, expérience précieuse car, dit-elle, « ce sont les acteurs qui font qu'un film est bon. Et il faut pouvoir les rejoindre dans leur envie de créer ».

Prédisposée à la mise en scène

À quel moment la réalisatrice est-elle apparue sous l'actrice en herbe ? « Il faut beaucoup de patience pour être acteur, et j'avais une impatience terrible. Je suis plus à l'aise dans la fabrication que dans l'abandon de l'interprète. J'ai vite préféré faire travailler mes camarades, c'était plus facile de les défendre que de me défendre moi-même. J'ai travaillé avec des gens de l'Idhec et là tout a pris forme plus vite. » Mais si l'on remonte plus loin, dès l'enfance, Catherine Corsini avait cette prédisposition à la mise en scène : « J'ai perdu mon père très petite, et j'ai eu une enfance chahutée. Alors je me suis réfugiée dans le rêve. J'habitais dans ma tête. J'ai découvert tôt le plaisir de la lecture, avec Dumas, Dickens, Balzac, les grands romans épiques, et qui font peur, aussi. Je donnais des tas de rôles à des copains, et leurs parents étaient inquiets parce qu'ils trouvaient que je»gouroutisais*. Au fond, je suis payée maintenant pour continuer mes jeux d'enfants. »

Le parcours de Catherine Corsini présente des similitudes avec celui de son personnage Julien : elle a été cette jeune provinciale (qui a grandi en Normandie et en Seine-et-Marne) qui cultivait le mythe de Paris : « Je n'imaginais pas apprendre la comédie ailleurs qu'au Conservatoire de Paris ». Ambitieuse ? « Mais oui, je crois qu'il faut avoir de l'ambition. C'est un moteur pour se dépasser, pour oser un geste créateur. On a tous envie d'atteindre un certain sommet. Mais, bien sûr, ce désir assez noble est entaché de tas de choses qui le sont moins, égoïsmes, frustrations et, si on réussit, le goût du pouvoir et de l'emprise sur les autres. »

Les Ambitieux Comédie de Catherine Corsini avec Karin Viard, Éric Caravaca, Jacques Weber, Gilles Cohen. Durée : 1 h 30.

Source : MARIE-NOËLLE TRANCHANT - L'Express du 24 janvier 2007

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