Synopsis
1815. Jacquou, jeune paysan du Périgord, vit heureux avec ses parents. Par la faute d'un noble cruel et arrogant, le comte de Nansac, il devient orphelin et misérable. Jurant de se venger, Jacquou va grandir et s'épanouir sous la protection du bon curé Bonal qui le recueille. Grâce à des amis sûrs et à Lina, une jeune fille patiente et lumineuse, il deviendra en quelques années un jeune homme déterminé et séduisant. Il saura transformer son désir de vengeance en un combat contre l'injustice, et prouver qu'un simple croquant n'est pas dénué de grandeur.

Un film, ça ne se finit pas, ça s’abandonne"

D’où vous est venue l’idée d’adapter Jacquou Le Croquant ? De la nostalgie du feuilleton télévisé qui avait ému la France entière à la fin des années 60 ?
Il se trouve qu’un jour, il y a quatre ou cinq ans, j’ai revu le feuilleton par hasard. Je n’en gardais qu’un vague souvenir, j’étais tout petit à l’époque. En le revoyant, j’ai été frappé par la force de l’histoire et je me suis dit qu’il y avait là matière à un beau film. Du coup, cela m’a ramené au roman d’Eugène Le Roy. Je l’ai acheté et je l’ai lu. C’est un roman très noir mais très fort...

Qu’est-ce qui, dans ce roman, vous donnait envie d’en faire un film ?
C’est un livre qui a une structure assez classique mais dont les éléments me touchent beaucoup, comme je pense qu’ils peuvent toucher tout le monde. Une enfance malheureuse marquée par la perte d’êtres chers, la solitude heureusement brisée par de belles rencontres, la promesse de vengeance, puis, à l’âge adulte, l’amour et l’amitié, la juste revanche contre l’injustice, l’accomplissement d’un destin romanesque... et aussi les champs, la campagne, la nature.





Dans quel esprit, avez-vous travaillé à l’adaptation ?
Notre premier travail, avec Franck Moisnard, a été d’éliminer, de réduire... Car si on avait adapté le livre tel quel, le film aurait fait plus de huit heures ! Adapter, ça veut dire choisir, changer, transformer, et parfois simplifier. On n’a gardé que ce qui nous paraissait le plus excitant, et le plus cinématographique. On a fondu plusieurs scènes ensemble, on en a inventé d’autres, on a cristallisé plusieurs personnages dans un seul, on en a imaginé d’autres... Alors que dans le livre, Eugène Le Roy raconte la vie de Jacquou jusqu’à 90 ans, on a tout de suite été d’accord pour se consacrer à l’enfance et à la jeunesse de Jacquou. Et pour traiter de manière à peu près équivalente ces deux parties du film. La première partie - l’enfance - touche à des émotions extrêmement fortes liées à la perte de sa mère et de son père, à la solitude, au désespoir. Dans la deuxième partie, l’émotion devient action. Elle est alors de nature différente, d’autant qu’entrent en jeu les relations amoureuses... Mais les deux parties sont indissociables. Chacune éclaire l’autre. Et lorsqu’arrive Jacquou adulte, il bénéficie de tout ce qu’on a vu avant, et son affrontement avec le comte de Nansac va prendre tout son poids...

Et alors, qu’avez-vous fait ?
J’ai toujours eu de bons rapports avec Richard Pezet pour lequel j’ai beaucoup d’estime et qui avait distribué mon premier film, Giorgino. On ne s’était jamais perdus de vue depuis. Je suis allé le voir chez Pathé avec un premier traitement de Jacquou le Croquant et il a été emballé.... et le projet a été lancé. On a mis alors en place une équipe de production menée par Romain Le Grand et Dominique Boutonnat, mon frère.

C’est un film d’époque, il y a des reconstitutions, des décors, des costumes, des figurants, tout cela coûte cher... Très vite, on s’est demandé où le tourner. J’ai d’abord sillonné la Dordogne, le Périgord noir, où se déroule l’action du livre.. Et puis, nous sommes allés repérer aussi à l’étranger... Et c’est en Roumanie, dans les Carpates, que j’ai trouvé des décors extraordinaires : des grandes forêts de feuillus, des collines, de grands espaces sans pylônes électriques et sans construction. C’était la Dordogne telle que je me la représentais du temps de Jacquou le Croquant. On y a tourné une partie du film. Cela apporte toujours beaucoup à un film de se retrouver à l’étranger, d’être dans des pays qui ne sont pas forcément faciles. Cela renforce les liens, ça fait des aventures humaines peu banales. Puis on est revenu tourner en Dordogne, sur les lieux mêmes de l’action. On y a trouvé beaucoup de gens encore très marqués par l’importance du mythe de Jacquou le Croquant, véritable héros local, et très enthousiastes à l’idée de le faire revivre au cinéma.

Par quoi avez-vous commencé le casting ?
C’était un an avant le début du tournage. A l’époque, j’avais déjà mon idée de Jacquou adulte... mais la première étape a été de trouver Jacquou enfant. La directrice de casting, Françoise Ménidrey en a rencontrés entre 300 et 400, qu’elle a filmés. J’ai vu toutes les cassettes. Très vite Léo a retenu mon attention. Il était timide et se cachait derrière ses cheveux longs, mais quand il était face caméra, il se passait un truc magique. Il avait beau être mal à l’aise, je sentais quelque chose de vraiment intéressant, une blessure dans le regard et une vraie photogénie... Et en plus, il avait cette correspondance physique crédible avec l’idée que je me faisais de Jacquou adulte... Gaspard.

Qu’est-ce qui vous faisait penser que Gaspard Ulliel ferait un bon Jacquou adulte ?
C’est quelqu’un qui crève l’écran ! Il y a quelque chose qui me séduisait beaucoup chez lui. On s’est rencontrés, je lui ai donné le scénario. Il a hésité, il m’a dit oui, il m’a dit non, il m’a redit oui, il m’a redit non... Il venait de faire Un long dimanche de fiançailles, il craignait d’enchaîner deux «gros» films, deux films en costumes, deux films «spectaculaires» et populaires. En plus, il lui fallait se battre, il n’était pas très chaud. Et puis, de conversation en rencontre, il a finalement accepté ! Il semble avoir pris un grand plaisir à s’entraîner et à se battre. Et il m’a vraiment impressionné par sa maturité et son travail intensif de préparation. Dans la vie, il a quelque chose de léger, d’aérien, sur lequel d’ailleurs le cinéma, jusqu’ici, a beaucoup joué. Là, il est plus massif - et ce n’est pas dû qu’à l’entraînement physique. C’est passionnant de voir un personnage qu’on a écrit prendre réellement corps, tel qu’on l’avait rêvé et même... mieux qu’on l’avait rêvé ! Gaspard dégage quelque chose de magique. Jacquou, c’est quelqu’un qui se bat, qui se venge, mais qui, en même temps, est un peu dépassé par ce qu’il lui arrive. Ce n’est pas un super-héros. Gaspard a rendu Jacquou extrêmement touchant et ça ne tient pas qu’à l’histoire qu’on raconte mais à la bonté que Gaspard lui-même dégage, à la lumière de son regard... En plus, sur un plateau, c’est un bonheur !

Et comment c’était de travailler avec un enfant comme Léo ?
J’ai été très impressionné par sa détermination et sa capacité de travail. Il est à la fois capable d’aplomb et de retenue, sans parler de son pouvoir d’émotion...

D’ailleurs, ça n’a pas été très facile au début pour Léo. Comme s’il lui fallait un peu de temps pour réaliser ce qu’on attendait de lui. Et, au bout d’une quinzaine de jours de tournage, quelque chose s’est libéré chez lui. Il a été incroyable.

N’avez-vous pas hésité à confier le rôle du «méchant», le comte de Nansac, à Jocelyn Quivrin qui devait vieillir de quasiment quinze ans entre les deux périodes du film ?
En fait, je ne le connaissais pas. C’est la directrice de casting qui m’en a parlé et m’a montré une photo de lui. Lorsque j’ai vu son visage, son allure, j’ai dit : « C’est le comte de Nansac, mais bien sûr il est trop jeune...» On était plutôt parti en effet sur l’idée d’un type de 40 ans qui pouvait faire aussi bien 35 que 50. Et puis, elle m’a donné une cassette de Rastignac qu’il avait fait pour France Télévisions et je l’ai trouvé formidable. On s’est donc quand même rencontrés. Je lui ai donné le scénario à lire et... une autre proposition de rôle ! Mais je n’étais pas convaincu, et, en fait, lui non plus ! Je ne pouvais pas m’empêcher de le voir en Nansac. Alors, on a fait des essais de vieillissement avec Didier Lavergne le maquilleur pour voir si ça fonctionnait. Ça marchait très bien. On percevait déjà tout ce que Jocelyn allait apporter, par son attitude, sa façon de bouger, sa manière de jouer... En plus, tout d’un coup, avoir ces deux jeunes comédiens, Gaspard et Jocelyn, face à face ça rendait le projet pour Pathé encore plus excitant, ça lui apportait une modernité évidente. Ils ont tout de suite accroché. Et je pense qu’on ne s’est vraiment pas trompé.

Et pour le reste du casting, ensuite, comment avez-vous procédé ?
Albert Dupontel est un ami de longue date, que j’estime et que j’aime beaucoup. Nous avions déjà travaillé ensemble. En plus d’être un très bon acteur, avec une palette de rôles étonnants, il a aussi un contact formidable avec les enfants. C’était essentiel pour la relation de Jacquou avec son père. Et aussi un côté très physique qui correspondait parfaitement à son rôle d’ancien officier voltigeur de Napoléon.

Marie-Josée Croze, je l’avais beaucoup aimée dans Les Invasions Barbares. Quand je l’ai rencontrée, j’ai été très frappé par le magnétisme qu’elle dégage, mais aussi par sa ressemblance étonnante avec Léo. C’était tout naturellement la mère de Jacquou. Pour Olivier Gourmet, qui joue le prêtre qui recueille Jacquou et qui l’élève, il s’est passé un peu la même chose que pour Jocelyn. On me disait qu’il était trop jeune pour le rôle. Quand je l’ai rencontré, je ne me posais vraiment plus de question. C’était évident ! Quant à Tchéky Karyo, je trouve aujourd’hui qu’il dégage quelque chose de bon et de sage qui convenait parfaitement au rôle du Chevalier. Je pourrais vous parler longtemps de chacun d’entre eux : aussi de Malik Zidi dont la présence très forte était indispensable au personnage de Touffu qui ne parle pas beaucoup, de Gérald Thomassin, Jérôme Kircher, Dora Doll...

Il y a également deux nouvelles venues, entre lesquelles le cœur de Jacquou va balancer...
Effectivement nous avons trouvé deux jeunes actrices avec peu d’expérience. La première, Judith Davis, joue le rôle de Lina, l’amour de Jacquou depuis qu’ils sont enfants. Et la seconde, Bojana Panic, joue La Galiote, la fille du comte de Nansac qui doit être l’opposé de Lina. Autant l’une est lumineuse, blonde aux yeux bleus, amicale, chaleureuse, autant l’autre est brune aux yeux noirs, mystérieuse et dangereuse... Judith, je l’ai trouvée assez vite. Il y avait comme une évidence : sa beauté, sa grâce, son regard... C’était Lina.

Pour le rôle de La Galiote, ça a mis plus de temps. J’ai vu beaucoup de jeunes actrices, de photos, des bouts d’essai... Et puis Juliette Ménager, qui a travaillé aussi au casting, m’a montré une cassette vidéo avec cinq filles d’origine étrangère. Parmi elles, il y avait Bojana. Elle est Serbe et mannequin. J’ai demandé à Juliette qu’elle lui fasse passer des tests en anglais. Elle était très bien. J’ai vu tout de suite à la façon dont elle répondait aux directions qu’elle comprenait vite, qu’elle était plus que juste et qu’elle avait une forte présence. On l’a engagée, elle a appris le français en deux mois à raison de 4 heures par jour tous les jours. Cela lui a permis de jouer en français, de comprendre ce qui se disait et ce qui se faisait.

Avez-vous fait une lecture avec tous les acteurs avant le tournage ?
Non très peu. En fait, on a plus parlé au moment des scènes elles-mêmes qu’avant. Ce que j’aime bien c’est saisir ce qui peut se passer sur le plateau. C’est pour ça que je ne fais pratiquement pas de répétitions - sauf pour des scènes très physiques ou des mises en place compliquées. Je préfère filmer tout de suite. Il y a souvent dans ces moments-là quelque chose de neuf, quelque chose qu’on n’avait pas forcément appréhendé ni prévu et qu’il ne faut pas laisser passer. Ce sont des choses qu’il est très difficile ensuite de retrouver...

On sait l’attention que vous portez à la lumière, aux décors et aux costumes. Vous avez pourtant choisi des collaborateurs avec lesquels vous n’aviez jamais travaillé...
Ça s’est fait comme ça. Un concours de circonstances qui fait qu’on s’est rencontrés et que j’ai eu envie de travailler avec eux. La seule personne avec qui j’avais déjà travaillé et que j’aime beaucoup, c’est Didier Lavergne, le chef maquilleur, mais tous les autres, y compris Olivier Cocaul, le chef opérateur et Stan Collet le chef monteur, ce sont de nouveaux collaborateurs. Pour la lumière, comme pour les images, j’aime bien les choses un peu brutes, que ce soit beau mais à condition que ce soit vivant.

Et pour les costumes et les décors, c’est pareil. J’aime bien les décors et les costumes «sales», dont on sent qu’ils ont vécu. Christian Marti, le chef décorateur, et Jean-Daniel Vuillermoz, le créateur des costumes ont fait un travail énorme et très cohérent. Ça a été difficile pour eux parce que nous avions peu de temps pour la mise en route des chantiers et pour la fabrication des costumes. Ensemble, on a beaucoup parlé, on s’est inspiré de beaucoup de tableaux et gravures, évidemment les peintres du XIXème, Millet et les autres, mais aussi beaucoup de tableaux russes, et notamment l’œuvre d’un peintre qui s’appelle Ilia Répine dont j’aime énormément les atmosphères, même si ce sont des datchas qu’il peint et pas des maisons du Périgord !

Quand vous réalisiez des clips, on pouvait dire que la musique était le moteur des images. Pour Jacquou le Croquant, le fait que le moteur soit l’histoire a-t-il changé votre manière de travailler ?
Non. Parce que, même quand je faisais des clips, j’ai toujours tourné sans musique ! En fait, je m’amusais à faire des petits films qui avaient un vague rapport avec la chanson et sur lesquels, après, je montais la musique. De toute manière, pour moi, comme j’ai toujours touché et à la musique et à l’image, les deux sont liées. Ainsi, composer la musique pour Jacquou le Croquant, ça s’inscrit tout naturellement dans le processus de fabrication du film. Ce n’est pas une chose en plus. C’est une étape au même titre que la préparation, le tournage, le montage...

Aviez-vous une idée précise de la musique quand vous avez commencé le tournage ?
J’ai composé pas mal de choses avant le tournage. C’est souvent chez moi lié à l’évocation des images. Quand on travaillait sur le script ou avant le tournage, j’ai composé des thèmes que m’inspiraient certaines séquences. J’engrangeais et au moment du montage, j’ai adapté ce que j’avais composé aux images. Mais le travail était loin d’être terminé !

Faites-vous partie des metteurs en scène qui réécrivent le film au moment du montage ?
Pour moi, le montage est un travail aussi important que l’écriture du scénario. D’ailleurs, le rapport qu’on a alors avec le monteur est de la même nature que celui qu’on a avec le scénariste. Il y a des scènes qui sont très belles dans un scénario, qui sont encore plus belles quand elles sont filmées, et qui, pourtant, lorsqu’elles s’enchaînent avec d’autres scènes s’effacent d’elles-mêmes. Mais ça on ne le sait que lorsqu’on les voit montées l’une à la suite de l’autre... Un film, ça bouge sans arrêt, entre le moment où on le rêve, où on l’écrit, et le moment où on le tourne, où on le monte. Ce qui est agréable, c’est lorsque, à la fin du processus, ressurgissent les premiers sentiments qui vous ont poussé à faire le film. Ces premières impressions que j’ai eues quand j’ai lu le livre et qui ont réveillé chez moi des sensations de mon enfance. Tous ces éléments qui m’ont attiré, qui m’ont donné envie de faire Jacquou le Croquant et qui ne sont pas forcément d’ordre rationnel : ce sont parfois des petits morceaux de scène de rien du tout. Tout ça, ensuite, a été balayé par les problèmes de financement, de préparation, par l’aventure énorme du tournage. Jusqu’au moment où ça revient. Mais là encore, entre toutes les finitions, surtout que je suis un peu maniaque, le travail n’est jamais fini. On pourrait ne jamais terminer. En fait, un film, ça ne se finit pas, ça s’abandonne !

Maintenant que le film est terminé, avec le recul, qu’est-ce qui vous touche le plus dans le personnage de Jacquou ?
Je crois que ce qui me touche le plus, c’est ce qu’il est devenu avec Gaspard et aussi Léo. Ce personnage de chair et de sang qui existe à travers eux. J’en reviens toujours à la même chose : Gaspard et Léo ont rendu Jacquou particulièrement humain.

attaché de presse : Jean-Yves Gloor Source : Pathé

Liste artistique
Jacquou Le Croquant Gaspard Ulliel
La mère de Jacquou Marie-Josée Croze
Le père de Jacquou Albert Dupontel
le Comte de Nansac Jocelyn Quivrin
Le chevalier Tchéky Karyo
Touffu Malik Zidi
Jacquou enfant Léo Legrand
le curé Bonal Olivier Gourmet
Lina Judith Davis
L'avocat Jérôme Kircher
Le Bigleux Gérald Thomassin
Fantille Dora Doll

Liste technique
Producteur Romain Le Grand / Dominique Boutonnat
Production Pathé Renn Productions, France
TF1 Films Production, France
Heathcliff, France
SPI, France
CP Medien AG, Allemagne
Scénariste Laurent Boutonnat / Franck Moisnard
D'après l'oeuvre de Eugène Le Roy

Directeur de la photographie Oliver Cocaul
Compositeur Laurent Boutonnat
monteur Stan Collet
Chef décorateur Christian Marti
Costumier Jean-Daniel Vuillermoz
1er assistant réalisateur Mircea Hategan
Ingénieur du son Jean Goudier / François-Joseph Hors / Eric Rophé
Scripte Valentine Traclet
Directeur de production Francis Barrois / Jacques Foussat
Attaché de presse Jean-Yves Gloor
directeur de production producteur cinema television productrice tournage plateau comedien directrice