Pourquoi quitter les Guignols de l’Info, en juin, à la fin de la saison?
Ça me semble logique après seize ans de bons et loyaux services d’écriture ! Les Guignols ont toujours fonctionné par cycles politiques : les années Balladur de 92 à 95, l’arrivée de Chirac à l’Elysée, la dissolution de 97, etc. Avec la fin du cycle Jacques Chirac, une page se tourne. Il me semble que le moment est opportun pour partir. Comme en 1995 et en 2002, nous allons faire des spéciales de trois quarts d’heure au premier et au deuxième tour. Après il y aura les législatives, et enfin, je tirerai ma révérence. Canal me propose des projets extraordinaires dans le domaine de la fiction, dont je ne peux malheureusement pas parler davantage pour l’instant. (Il est à la tête de la fiction française de la chaîne cryptée depuis deux ans, ndlr.) Mais bon, si Chirac reste, je reste (rires)!




Vous ne prenez pas beaucoup de risques ! Les autres auteurs ne vont pas se sentir orphelins ?
Julien Hervé, Ahmed Hamidi et Lionel Dutemple se débrouilleront très bien sans moi, ils sont fin prêts. On parle de mon départ depuis septembre, tout se fait dans la joie. Cela fait longtemps que j’ai envie de partir, mais ce n’était jamais le moment. En 2001, avec le plan social à Canal, je n’aurais jamais pu abandonner le navire ! Ensuite, il y a eu cette histoire d’espionnage (1). Maintenant que le climat est apaisé, je peux m’éclipser tranquille. Mais les meilleurs souvenirs que je garderai de cette aventure, c’est le contact avec les équipes des Guignols. Au final, ces gens, je les ai plus vus que ma propre famille !

« Les Guignols » resteront comme un des programmes les plus marquants de Canal +. Quelle a été votre marionnette préférée ?
PPDA, sans hésiter ! Même si Poivre D’Arvor quittait TF1, notre PPD resterait tant il est devenu un journaliste à part entière. C’est le meilleur de France, il peut compatir avec ses invités, mais c’est lui qui pose les meilleures questions aux politiques. J’ai aussi beaucoup aimé écrire la marionnette de Jacques Chirac, qui est là depuis le début. Mais il faut dire que l’original nous fournissait du tout cuit ! A l’inverse, j’ai toujours trouvé difficile d’écrire la partition de Jean-Marie Le Pen. Car pour faire un bon dialogue, il faut s’identifier. Lorsque tu te mets dans la peau de Le Pen, tu te mets à faire des mauvaises blagues, à friser le racisme. Et je t’assure que ce n’est pas un bon moment.

(1) En 2005, un ex-agent de la DGSE a affirmé avoir filé Bruno Gaccio à la demande de Gilles Kaehlin, ancien chef de la sécurité de Canal +.

Recueilli par Raphaëlle BAILLOT pour 20 minutes
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